Forte mobilisation des proches de Siddick Islam, dont son épouse, Naserah Vavra, la « reine » de Plaine Verte, hier aux abords de la Cour commerciale où se déroulent les travaux de la Commission d’enquête sur la drogue. Attendu pour déposer, Siddick Islam, dit Ner, est arrivé encadré de plusieurs détachements d’officiers de la prison et de la police. La déposition de ce trafiquant qui purge une peine de 30 ans a été pour la majeure partie à huis clos. Cela après que le principal concerné s’est, à un certain moment, rétracté, puis est revenu sur sa décision de tout déballer en circuit fermé…
« Je ne dirai rien. (…) Aster la mo pa pou dir narien. Mo pou ekrir enn let ofisiel. Lerla ou va konpran ». C’est en ces termes que pendant un bon bout de temps Siddick Islam a voulu faire volte-face et ne pas poursuivre sa déposition devant la Commission Lam Shang Leen, alors qu’il avait lui-même souhaité déposer devant l’ancien juge et ses assesseurs. Paul Lam Shang Leen devait, à ce titre, indiquer que « vous nous avez envoyé une correspondance où vous avez énuméré quelques éléments sur lesquels vous souhaitez vous étendre. Il y a la question des avocats, la corruption en prison et comment la drogue arrive en prison. Nous vous donnons la parole, le temps de vous expliquer. Dites-nous ce que vous souhaitez dire devant cette Commission, et par la suite, je vous poserai des questions ».
D’entrée de jeu, le détenu s’est montré très loquace : « D’abord, sur une question de sécurité, je souhaiterais qu’il n’y ait pas représailles sur mes proches, surtout ma femme. Elle a déjà des soucis en cour… » Puis, Siddick Islam devait noter que « ce n’est pas un secret qu’il y a des connexions… Entre un avocat qui est proche d’un juge… » De là, le détenu a enchaîné sur son propre cas, remontant le temps et donnant force détails.
Paul Lam Shang Leen devait l’interrompre, en lui rappelant que « ce n’est malheureusement pas le forum où vous pouvez faire état de vos doléances. Ici, c’est la Commission d’enquête sur le trafic de drogue. Vous nous avez parlé de certaines choses très précises qui nous intéressent également. Je comprends que vous soyez amer envers des avocats, mais pour faire votre requête en ce sens, il vous faut vous adresser soit au Bar Council, soit à la Cour suprême ».
Le président de la Commission voulu savoir de Siddick Islam qui est son représentant légal actuellement. Le détenu devait répondre « Noor Hussenee ». Paul Lam Shang Leen lui a alors demandé : « Comment est-il devenu votre avocat ? » Pour l’habitant de Terre-Rouge incarcéré depuis 2005 pour trafic de drogue, « Noor Hussenee inn gard enn pitie pou moi… » Il devait relater qu’« un panel d’avocats s’était rendu à la prison. Roshi Bhadain inn pran Rs 300 000 ek moi. Linn ale enn sel ale. Mo pann retrouv li ditou ! Par la suite, Noor Hussenee m’a dit de ne pas m’en faire ».
Revenant en plusieurs occasions à la charge sur son cas précis, Siddick Islam devait mener Paul Lam Shang Leen à lui répéter qu’« ici, c’est la Commission d’enquête. Je ne peux malheureusement pas revenir sur ce qui s’est passé ». Mais le détenu devait arguer qu’« il y a eu maldonne dans mon cas ». Mentionnant plusieurs professionnels du barreau, nommément Raouf Gulbul, Yousuf Mohamed, Navin Ramchurn et Dev Hurnam, il ne voulait pas en démordre et voulait élaborer sur son cas précis.
Paul Lam Shang Leen : Cela n’intéresse pas la Commission. Ce que nous voulons savoir, c’est si dans votre cas, il y a eu des avocats qui ont agi à l’encontre de la profession ? Si je m’en souviens bien, il y a eu la déposition de Farhad Sheriff contre vous…
Siddick Islam : Oui, en effet. En cour, il a changé sa version
PLSL : Qui était l’avocat de Farhad Sheriff ?
SI : A cette époque-là, je crois que c’était Me Chummun
PLSL : Et qui était votre avocat ?
SI : Raouf Gulbul
PLSL : Quand vous aviez donné votre déposition, vous aviez nié et vous aviez dit que vous étiez au casino, ce soir-là ?
SI : Oui
PLSL : Ces avocats étaient affectés à votre cas. Dès qu’il y avait un problème, ils répondaient présents ?
SI : Oui
PLSL : Comment faisiez-vous pour les payer, puisque vos biens étaient gelés ?
SI : Mon argent était géré par Yousouf Abdul Rahman. Je l’appelais pour lui donner mes instructions et il donnait l’argent à ma femme
PLSL : Vous l’appeliez ? Comment vous faisiez pour avoir un téléphone ? Nous savons que vous avez eu un grand nombre de téléphones alors que vous êtes en prison. Comment est-ce que cela se passe ?
SI : Je ne vais rien dire sur cela. Pa aster la. Mo pou ekrir enn let ofisyel ladan mo pou mett tou
PLSL : Si vous avez des informations, dites le nous…
SI : Apre mo pou dir…
PLSL : Pourquoi pas maintenant ?
SI : Mo ti panse sa pou deroul enn lot fason…
PLSL : Dans votre lettre, vous avez aussi parlé du trafic à l’intérieur de la prison. Parlez-nous de ça…
SI : Non, je ne vais rien dire
PLSL : Vous savez, la Commission a ses propres pouvoirs… Vous avez votre propre réseau en prison, n’est-ce pas ?
SI : Oui
PLSL : Qui sont ceux qui en font partie ?
SI : Mo na pa pou koz narien !
PLSL : Parce qu’il y a des journalistes dans la salle ?
SI : Mo pa per personn moi ! Kan ou otoriz moi ekrir mo let, mo va explik ou
PLSL : Vous avez peur ?
SI : Non, je n’ai peur de personne
PLSL : Alors pourquoi vous avez fait une demande pour venir déposer, et maintenant vous changez d’avis ?
SI : Je pensais que ça allait se dérouler autrement…
PLSL : Vous voulez dire que je n’ai pas le droit de vous poser des questions ?
SI : Non. J’ai mes raisons
PLSL : Vous avez déjà commencé à parler par rapport aux avocats que vous aviez payé. Qu’y a-t-il d’autre ?
SI : Absolument ! Sa bann avoka-la trouv moi kouma enn masinn a sou ! Sanjay Backory, Yousuf Mohamed, Raouf Gulbul… Zot kone mo ena cash. Zot pran tou. Gras a moi zot finn gagn boukou cash. Mwa mo pann gagn naryen !
PLSL : Vous en parlez dans votre lettre…
SI : J’ai payé des avocats pour aller en Angleterre pour défendre mon cas. Me Azimah, Jagai ek Hurhangee inn devir lanket Farhad Sheriff ! (ndr : en colère) Hurhangee inn aste lanket !
PLSL : M. Islam, je comprends votre amertume. Mais vous faites là une allégation très grave. De quel Azima vous parlez ?
SI : Le policier de l’ADSU
PLSL : C’est très sérieux ce que vous dites là !
Siddick Islam fait une parenthèse et parle à nouveau de son affaire. « Je ne sais ni lire, ni écrire. Je ne parle pas anglais. Mais il y a eu des choses qui se sont passées dans mon enquête. Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas d’images vidéo de ma présence dans le casino à l’heure où on a porté des accusations contre moi ? »
Paul Lam Shang Leen devait demander à Siddick Islam si « des avocats vous ont déjà demandé de changer votre version dans une déposition ? » Réponse : « Hurhangee inn dir Farhad li pou larg li… Kifer pann pran sanction kont Hurhangee ? » Voyant le détenu opter pour le silence, alors qu’il a brandi quelques répliques selon lesquelles il n’allait plus rien dire à la Commission, Paul Lam Shang Leen devait lui demander si « à huis clos, êtes-vous disposé à tout nous dire ? » Siddick Islam devait répondre « oui ». Dans la foulée, l’ancien juge lui a rappelé que « vous êtes sous serment. Je vais vous poser des questions s’agissant de votre réseau en prison. Il faudra que vous répondiez… » Siddick Islam devait accepter. La séance s’est poursuivie à huis clos une fois la salle vidée des membres de la presse et des officiers de la prison. Ce n’est que vers 15 h 30 que Siddick Islam a finalement fait son apparition, toujours entouré de gardes-chiourmes et de policiers, arborant un gilet pare-balles. Mais ce qui a surtout frappé, c’est le grand sourire qu’il affichait, contrairement aux signes d’agacement et d’irritation qu’il avait donnés avant que ne démarre la session à huis clos.