Me Shameer Hossenbaccus questionné sur ses contacts téléphoniques avec des détenus et sur le cas d’une Malgache qui aurait « subi des pressions pour modifier sa déposition »
Deux avocats étaient au menu des travaux de la Commission d’enquête sur la drogue hier : Shameer Hossenbaccus, qui a fait parler de lui récemment à propos des inculpés dans l’affaire L’Amicale, et Jenny Moteealloo, qui a été l’avocate de Jimmy Marthe (Colosso) dans l’affaire Gro Derek. Le premier nommé a eu du mal à convaincre le président Paul Lam Shang Leen quant à ses appels téléphoniques à des détenus incarcérés, entre autres. Tandis que l’ancienne membre du MMM s’est dite « really surprised » quand Paul Lam Shang Leen lui a appris qu’une conversation de neuf minutes a été retracée entre son téléphone et celui de Peroumal Veeren.
Le défilé des membres du barreau devant la Commission Lam Shang Leen se poursuit. Me Shameer Hossenbaccus a déposé en premier, hier. Il est reproché au jeune avocat, qui a prêté serment en janvier 2011, « plusieurs manquements », notamment, « d’avoir parlé via téléphone portable à des détenus qui sont incarcérés, des “unsolicited visits” à la prison, le fait que votre compte bancaire ne traduit pas dans la transparence comment vous remboursez un emprunt pour l’achat d’un terrain valant plus de Rs 5 M, et aussi votre éventuelle implication dans la déposition d’un témoin dans une affaire de drogue », le président Lam Shang Leen questionnant sur ce dernier point si l’avocat a demandé à cette personne de « modifier sa déposition », avant d’avertir : « Si cela se révèle vrai, you are in deep trouble ! »
Shameer Hossenbaccus a préféré rester sur ses gardes et réclamer « du temps pour fouiller dans mes dossiers, et ramener les réponses » aux questions de l’ancien juge. Le président de la Commission d’enquête lui a de plus fait remarquer que « votre numéro de téléphone a été retracé par l’équipe des enquêteurs au sein de la prison, par le biais des téléphones et cartes SIM saisis ». Trois numéros de portables ont été présentés à l’avocat, qui a déclaré ne pas se souvenir d’eux et a demandé du temps pour se renseigner.
L’un des détenus avec qui Me Hossenbaccus aurait entretenu des liens serait Gérald Prosper. Cependant, l’homme de loi a nié connaître cet ancien condamné. S’agissant d’un des trois numéros, Paul Lam Shang Leen a émis des doutes selon lesquels « ce détenu, qui a été retracé à la prison de Petit Verger, a aussi téléphoné à une détenue qui a été à de nombreuses reprises citée par la Commission, en l’occurrence Lina Gentil ». Shameer Hossenbaccus a expliqué au président Lam Shang Leen qu’il « ne connaît pas cette détenue, ni ai-je été retenu pour quelconque affaire la concernant ».
En revanche, ses derniers contacts avec Gérald Prosper remontent à « mars 2016 », a noté Paul Lam Shang Leen, soulignant que « ce n’est pas aussi loin que cela ». Dans la foulée, l’ancien juge a demandé à l’avocat si ses services avaient été retenus par Louis Wensley Jasmin, qui a été récemment arrêté. Une fois encore, Shameer Hossenbaccus a répondu par la négative.
Le président de la Commission d’enquête a expliqué que « bien que nos enquêteurs n’aient pu retracer exactement qui étaient les détenus qui ont utilisé les téléphones qui ont été trouvés en contact avec vous, il demeure que vous avez commis un délit ». En effet, a ajouté l’ancien juge, « vous avez parlé à des prisonniers via des “unlawful means” ». À sa décharge, l’avocat a indiqué que « je n’ai aucun moyen de savoir si la personne qui m’appelle se trouve en prison ». Et de préciser : « Peut-être qu’elle omet délibérément de me le dire pour que je ne coupe pas la conversation abruptement, car je suis conscient que c’est un délit de faire une telle chose ». Paul Lam Shang Leen a décoché une remarque : « Mais vous devez savoir à qui vous parlez quand vous entretenez une conversation avec quelqu’un au téléphone, n’est-ce pas ? » Ce à quoi l’homme de loi a répondu « oui ». Il convient de noter que, selon les informations de la Commission d’enquête, « les appels ne sont pas de quelques secondes, mais de plus de deux minutes. »
Au chapitre des « unsolicited visits » en prison, il a été demandé à Me Hossenbaccus d’expliquer ses visites « à divers détenus qui ne sont pas des trafiquants notoires dont on parle souvent ici, mais des personnes qui ont été arrêtées pour des affaires liées à la drogue ». L’ancien juge a été, une fois de plus, très critique sur cet aspect : « Comprenez bien que je ne suis pas contre le fait que vous, les avocats, soyez retenus par les trafiquants. Ce qui n’est pas convenable, c’est le manque de courtoisie à l’égard des autres confrères dont les services ont été retenus par ces détenus, quand vous allez rendre visite à leurs clients ! »
Me Hossenbaccus s’est dit du même avis que le président de la Commission, précisant qu’« un même détenu peut réclamer l’assistance de plusieurs avocats pour différents dossiers ». Sur ce point, le jeune avocat a été questionné sur la raison de ses visites aux détenues Hema Saudagar et Tanuja Luchman. Paul Lam Shang Leen a insisté sur le fait que « Miss Saudagar a même refusé de vous rencontrer quand vous vous êtes présenté à la prison des femmes ». L’avocat a répondu que « parfois les détenus ne sont pas informés que leurs proches ont retenu les services d’un homme de loi ». Toutefois, a-t-il ajouté, « avant de m’aventurer à donner une réponse, je préfère me plonger dans mes dossiers et trouver les éléments de réponse exacts ».
Il a aussi été demandé à Me Shameer Hossenbaccus d’expliquer ses visites à Parwiza Jeeva, cette détenue qui a été l’amie de Peroumal Veeren et qui, lors de sa déposition devant la Commission d’enquête le 28 juin dernier, a déclaré que Me Raouf Gulbul lui avait demandé de « devir lanket » en faveur de son client. L’homme de loi a indiqué que « Parwiza Jeeva a en effet retenu mes services, mais autant que je m’en souvienne, c’est un travail que j’ai fait pro-bono (ndlr : gratuitement) ». Paul Lam Shang Leen a relevé qu’il avait « effectué 11 visites à Parwiza Jeeva en prison ».
Le président de la Commission d’enquête a également questionné l’avocat quant à « l’acquisition d’un terrain qui vaut plus de Rs 5 M », soutenant qu’« il faudra expliquer la provenance de l’argent pour cet achat ». Quand l’avocat a répondu qu’il avait contracté un emprunt, Paul Lam Shang Leen lui a fait comprendre qu’il faudra qu’il « mette de l’ordre » dans ses comptes, car « en parcourant vos relevés, nous ne trouvons aucune trace de remboursement ». Shameer Hossenbaccus dispose de deux semaines pour produire les éléments d’informations réclamés par la Commission.