Au tour des Prison Officers d’être convoqués dans le cadre des travaux de la Commission d’enquête sur la drogue. Sachidanand Poye, Chandan Chatun et Ramesh Rambaccussing étaient convoqués hier. Le premier appelé a donné beaucoup de fil à retordre à l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, niant, d’un bout à l’autre de son interrogatoire, d’être en contact avec plusieurs détenus…
Ricardo Agathe, Rajkumar Ittoo, J. J. Alexis, J. G. B Pasnin ou encore James Stevenson Perrine : ce sont quelques noms présentés par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen au Lead Prison Officer Sachidanand Poye. Le président de la Commission d’enquête souhaitait savoir du garde-chiourme, qui compte 28 ans de service au sein des institutions pénitentiaires, s’il concède être en contact avec ces détenus. Mais à chaque question, Paul Lam Shang Leen se heurtait au déni total de l’officier Poye. « Vous avez été convoqué par la Commission parce que nous avons des informations selon lesquelles votre numéro de téléphone a été en contact avec plusieurs détenus… Vous reconnaissez ce fait ? » Sachidanand Poye devait répondre par la négative.
Lam Shang Leen : Ce numéro de téléphone (NDLR : il donne un numéro), c’est bien le vôtre ? Est-ce que, à part vous, quelqu’un d’autre, l’un de vos fils, par exemple, l’utilise ?
Sachidanand Poye : Non.
Lam Shang Leen : Avez-vous donné votre numéro de téléphone à d’autres gens ?
Poye : Oui… des amis, des collègues…
Lam Shang Leen : Et des détenus ?
Poye : Non.
Lam Shang Leen : Un certain détenu du nom de Ricardo Agathe ?
Poye : Non.
Lam Shang Leen : C’est surprenant… Parce que votre numéro figure dans le « diary book » de ce détenu… Auriez-vous un surnom ?
Poye : Satish…
Lam Shang Leen : C’est tout ? Pas d’autre ? Parce que dans le carnet du prisonnier Agathe, à côté de votre numéro de téléphone, c’est T 13 qui est inscrit… C’est un nom de code pour vous désigner ? Vous êtes conscient que si vous avez communiqué par téléphone mobile avec un détenu, il y a « breach of discipline » selon le contrat qui vous lie à la prison ?
Poye : Oui.
Lam Shang Leen : Vous savez que c’est illégal de téléphoner à un détenu, et que selon la Reforms Institutions Act, c’est même un délit criminel ? Et vous maintenez toujours que vous ne connaissez pas ce détenu ?
Poye : Oui.
Lam Shang Leen : Et Rajkumar Ittoo ?
Poye : Ce nom me dit quelque chose…
Lam Shang Leen : Donc, vous le connaissez ?
Poye : Non.
Lam Shang Leen : Selon les relevés téléphoniques que nous avons, votre numéro a été en communication avec le numéro (il donne un numéro utilisé par le détenu Ittoo) le 24 juin 2015, puis le lendemain, le 25, et encore, le 26 ?
Poye : Je ne m’en souviens pas.
Lam Shang Leen : Le 7 septembre 2015, toujours, le numéro X vous a appelé trois fois. Le lendemain, deux fois. Vous ne vous en souvenez toujours pas ? C’est pourtant le même détenu Ittoo qui utilisait un autre numéro…
Poye : Non.
Lam Shang Leen : Peut-être que 2015 est trop loin pour vous et que vous avez du mal à vous en rappeler… Vous connaissez un détenu du nom d’Alexis, J. J ?
Poye : Non.
Lam Shang Leen : Et le numéro X ?
Poye : Non.
Lam Shang Leen : Ah, ça ne vous dit vraiment rien du tout ? Pourtant, ce numéro vous a appelé 12 fois ! Et des SMS, vous en avez échangé ?
Poye : Peut-être…
Lam Shang Leen : Peut-être ? ? Quoi, « peut-être » ? Je n’attends pas de « peut-être » de votre part, M. Poye ! Vous êtes un officier qui compte 28 ans de service et vous savez quelles sont les règles en prison. Alors ne me répondez pas « peut-être » ! Le détenu Pasnin, vous connaissez ?
Poye : Non.
Lam Shang Leen : Et pourtant il a votre numéro en sa possession… C’est de la magie, sa non ? Et le 4 avril 2016, il vous a appelé et échangé des SMS avec vous ! Dites-moi, M. Poye, êtes-vous le « errand boy » de ces détenus ?
Poye : Non.
Lam Shang Leen : James Stevenson Perrine, vous le connaissez ?
Poye : Non.
Lam Shang Leen : Il y a quatre appels de lui, en mars 2016. Et vous avez aussi échangé des SMS… Toutes ces informations nous ont été rapportées. Les numéros de téléphone que je vous ai présentés ont été saisis par les policiers sur des détenus. Si ces numéros n’avaient pas été confisqués, peut-être qu’ils seraient encore en communication avec vous !
Paul Lam Shang Leen devait également questionner Sachidanand Poye sur certains dépôts en liquide : « Nous vous donnons le temps d’aller chercher des justificatifs pour expliquer ces rentrées d’argent sur votre compte en banque. » Et à plusieurs reprises, il devait attirer l’attention du Prison Officer : « Réfléchissez bien à ce que vous allez répondre… Souvenez-vous que vous êtes sous serment et que vous avez aussi prêté serment pour votre emploi. »
L’assesseur Sam Lauthan a, pour sa part, relevé que « nous sommes conscients que les trafiquants qui sont incarcérés ont des connexions diverses avec l’extérieur et font ainsi perpétuer leurs petites affaires. » Prenant l’exemple du détenu Rajkumar Ittoo, Sam Lauthan devait rappeler que « cet homme a eu maille à partir avec la justice à plusieurs reprises, notamment pour « possession d’héroïne », et même pour avoir été « found to be a traficker ». Vous maintenez toujours que vous n’avez rien à faire avec ces criminels ? » Paul Lam Shang Leen devait renchérir sur ce point : « Vous lisez la presse M. Poye ? Vous avez sûrement lu que les trafiquants mettent à profit des personnes comme vous pour faire marcher leurs affaires ? » Le témoin devait tenter d’expliquer que « quand je reçois un appel, je ne sais pas de qui il provient… Souvent la personne à l’autre bout du fil utilise une autre identité… »
Le président Lam Shang Leen devait tendre une dernière fois la perche à Poye : « S’il ne s’agissait que d’un appel téléphonique, j’aurais pu penser qu’il s’agit d’un mauvais numéro… Mais avec cette longue liste de communications entre votre numéro et les numéros des trafiquants que je vous ai donnés, c’est clair qu’il s’agit d’autre chose. À vous de nous expliquer ! »