Session animée, mercredi 20 avril, à la Commission d’enquête sur la drogue. Et pour cause, c’est le bouillant syndicaliste et politique aguerri Jack Bizlall qui déposait. Au nom de l’Observatoire de la Démocratie, il a milité en faveur de la légalisation du cannabis, et surtout fait remonter que « les véritables trafiquants, aujourd’hui, sont des financiers. Ce ne sont pas les dénonciations qui les feront tomber. Mais un travail d’enquête sur leurs avoirs ». Pour cela, il suggère « la création d’une unité au sein de la police qui enquêtera sur la fraude fiscale, avec le soutien de la Financial Intelligence Unit (FIU), et l’aide d’Interpol, par rapport aux transits de l’argent et le blanchiment ».
« Nous ne sommes plus dans les années 80, où l’on savait qui se cachait derrière le sobriquet du « Roi du Nord » ou du centre ou autre », a déclaré hier Jack Bizlall devant l’ex-juge Paul Lam Shang Leen, président de la Commission d’enquête sur la drogue. Le militant, syndicaliste et politicien a brossé un tableau réaliste et lucide de la problématique actuelle du trafic de drogue à Maurice : « Les trafiquants d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Ceux qui s’adonnent au trafic aujourd’hui sont des financiers. Ils ne se droguent pas, ne touchent pas à ces produits et je me demande même s’ils sauront distinguer entre héroïne, morphine et cocaïne ».
Jack Bizlall a été catégorique, répétant plus d’une fois : « Maurice est une plaque tournante pour ce qui est de l’héroïne. Le cargo arrive chez nous de diverses provenances. Une petite partie reste dans le pays, mais le gros du cargo est expédié vers d’autres destinations, dont l’Europe ». Maurice, a-t-il continué, « est devenu la destination favorite pour ces transits, pour différentes raisons, notamment parce que des bateaux et des avions font le va-et-vient. Et aussi parce que le niveau de vie est favorable à ces types de trafic ». Poursuivant sur cette même lignée, il a laissé comprendre qu’au niveau de l’aéroport, « une troisième voie d’accès a longtemps été utilisée et est peut-être encore existante pour permettre l’entrée des produits illicites ». « Nous oublions souvent que Plaisance n’accueille pas que les vols commerciaux. Il y a aussi des jets privés qui atterrissent, et leurs passagers ne sont pas soumis aux mêmes contrôles que les autres. Eux n’empruntent pas la “green line” ou la voie où l’on a quelque chose à déclarer aux douanes, qui sont toutes les deux gratuites. Non, ces “personnalités” passent par une troisième voie, qui, moyennant quelques dollars, leur ouvre la porte sur Maurice, sans faire examiner leurs bagages ! Sait-on ce qu’ils transportent ? »
Puisque c’est une question de gros sous, devait poursuivre celui qui déposait au nom de l’Observatoire de la Démocratie, « je suggère, tout simplement, que les autorités frappent là où ils auront mal : sur leurs richesses ! Pour cela, que l’on traque ces blanchisseurs d’argent en mettant à profit la FIU, Interpol et en créant une unité au sein de la police qui enquête sur les fraudes fiscales ». Pour étayer ses propos, Jack Bizlall a établi un parallèle avec le mythique américain Eliott Ness et « l’unité de la police qui sévit aux États-Unis durant la prohibition, et qui a fait tomber le caïd Al Capone, non pas pour trafic, mais pour évasion fiscale ! C’est de cette manière que nous pourrons nous aussi mettre au jour le trafic et ceux qui s’y adonnent ».
De fait, a résumé Jack Bizlall, « dénoncer n’est pas une finalité. Si cette commission souhaite venir à bout du trafic, tel qu’il se fait, actuellement, il faut absolument traquer l’argent sale ». Le Chairman de la commission, Paul Lam Shang Leen a, une fois encore, sollicité des noms de celui qui déposait : « Pouvez-vous en donner à la commission ? », évoquant les liens entre le financement des partis politiques et les trafiquants de drogue. Le Chairman a également demandé à Jack Bizlall de « réfléchir s’il souhaite aller de l’avant et dénoncer en toute sécurité. Je vous garantis que personne ne saura qui a dénoncé qui… »
Dans un autre registre, le représentant de l’Observatoire de la Démocratie devait faire ressortir que parmi les résolutions de cet organisme figure « une campagne contre toutes les drogues qui causent la mort ».