Lam Shang Leen (chairman) : « Je suis en faveur de la proposition de l’Église de décentraliser l’accès aux soins plutôt que de le restreindre aux seuls centres de Ste Croix et l’hôpital de Mahébourg »
L’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, et le vicaire général, Jean-Maurice Labour, ont déposé hier devant la Commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ex-juge Paul Lam Shang Leen. D’emblée, Mgr Piat a pris le taureau par les cornes, s’attardant sur la menace des Nouvelles drogues synthétiques (NDS). Évoquant la « démotivation » des travailleurs sociaux, Mgr Maurice Piat devait plaider pour « un renforcement du partenariat état et société civile ».
D’entrée de jeu, l’évêque de Port-Louis a déclaré que « la menace actuelle concerne les Nouvelles drogues synthétiques (NDS) ». Et de poursuivre : « Nos recherches et nos informations recueillies nous indiquent que les très jeunes de la société, les élèves du primaire et du secondaire, ne sont pas à l’abri. Ces produits, qui sont des mélanges de substances dangereuses, et qui ne sont pas réalisés selon une formule standard, sont déjà présents dans nos établissements scolaires. Il faut donc absolument s’attaquer à ce problème au plus vite. » Mgr Piat devait souligner qu’« avec ces produits qui évoluent rapidement, nous sommes conscients que même les autorités, comme la police, ont fort à faire pour en venir à bout. Il faut donc une action concertée afin d’avoir une réponse adéquate. »
Évoquant le fait que « les toxicomanes sont, par définition, des malades », l’évêque de Port-Louis a affirmé : « On ne traite pas un malade par la répression. Il faut une approche humaine et un encadrement pour détecter les symptômes, observer où se trouve le mal-être et aider ces malades à sortir de l’enfer des drogues pour se reprendre en mains. » La répression a certes son importance, dit-il, mais « la prévention et la réhabilitation sont tout aussi importantes. Ce sont des aspects sur lesquels l’Église est activement engagée ». Pour l’évêque de Port-Louis, « il serait mieux que la répression soit utilisée surtout envers les trafiquants que les consommateurs. Nos peines et nos sanctions envers eux devraient être plus sévères. »
Rebondissant sur le même thème, Mgr Piat devait plaider pour « un meilleur partenariat et dialogue entre les organismes de l’État, les ministères et la société civile ; surtout celles des Ong, qui ont fait leurs preuves sur le terrain ». Concédant qu’« il existe un certain nombre d’Ong, qui ont poussé comme des champignons et qui n’ont d’autre intérêt que de se remplir les poches », l’Évêque de Port-Louis a tenu à faire ressortir qu’« une différence doit être faite entre ces pseudos Ong, qui bénéficient de protections énigmatiques, et celles qui sont motivées par un réel désir de travailler avec l’humain, le remettre sur pieds et qui sont mues par une philosophie spirituelle. Celles-là ne se permettront pas de faire de l’argent sur le malheur des autres. »
Dans son intervention, suivant celle de Mgr Piat, le vicaire général, Jean-Maurice Labour devait, lui aussi, plaider en faveur d’une « meilleure considération de l’état à l’égard des Ong ». Mgr Piat a relevé la « démotivation au sein de la communauté des travailleurs sociaux, qui pourtant abattent un travail formidable et magnifique. » Pour le père Labour, « le gouvernement a les moyens financiers et la logistique ; mais pas les ressources humaines. Mais les Ong l’ont ». Et d’ajouter : « Les officiels des ministères ne peuvent être présents sur le terrain après 17 h, et ce jusque tard dans la nuit. Les animateurs sociaux et les travailleurs sociaux, si ! Eux, sont disponibles et surtout, ont cette approche humaine qui amène les gens à leur confier leurs souffrances. » C’est dans cette optique, ont déclaré les deux représentants de l’Église, que « nous souhaiterions un meilleur partenariat entre ces deux éléments clés dans le combat contre la drogue ».
Mgr Piat et le père Labour ont aussi abordé la question des « pharmacies et médecins véreux et complices qui vendent des substances dangereuses et illicites ». Ils ont soulevé la question, à savoir « pourquoi le Dangerous Drugs Tribunal n’officie plus ? » Ils ont émis la suggestion que « le Medical Council prenne la responsabilité… » Le chairman Lam Shang Leen devait, lors de son intervention, rassurer les deux représentants de l’Église sur cette question : « Nous avons déjà réfléchi à la question… En temps et lieu, on vous communiquera ce qui a été décidé. »
L’ancien juge Lam Shang Leen et l’assesseur Sam Lauthan ont salué l’initiative prise par les deux représentants de l’Église de venir déposer devant la commission. Rappelant que « les plateformes religieuses sont idéales pour fédérer et passer des messages forts aux parents et aux jeunes, afin qu’ils ne succombent pas aux tentations faciles et factices ».