Les deux anciens “good friends” de Raouf Gulbul, Mes Samad Goolamaully et Ashley Hurhangee, respectivement campaign manager et deputy campaign manager du candidat battu du MSM dans la circonscription No 3 (Port-Louis Est/Port-Louis Maritime) ont déposé devant la commission d’enquête sur la drogue hier. Les deux hommes de loi ont relaté, dans presque les mêmes détails, le déroulement du rendez-vous du 24 novembre 2014 à Saint-Pierre. Durant laquelle, selon la commission, « un colis contenant Rs 9,7 M a été placé dans le coffre de la voiture de Samad Goolamaully ». Information confirmée par les deux avocats, même s’ils concèdent ne pas avoir vu de leurs propres yeux les billets de banque contenus dans le colis. Également au menu d’hier : une nouvelle rencontre, le 10 juillet dernier dans les environs d’Ébène, durant laquelle « Raouf Gulbul avait menacé de se suicider si nous n’acceptions pas de “challenge” la commission », ont déclaré les deux avocats.
Raouf Gulbul, candidat battu du MSM lors des élections de décembre 2014 dans la circonscription No 3, était une nouvelle fois au centre des travaux de la commission d’enquête sur la drogue.  Les deux hommes ont, tour à tour, livré leur version – quasi identiques d’ailleurs – du déroulement de la soirée du 24 novembre 2014, durant laquelle le « colis de Rs 9,7 M avait été placé dans le coffre de la voiture de Samad Goolamaully ». De même, ils sont revenus sur une deuxième rencontre, évoquée par le président Lam Shang Leen, le 9 novembre dernier, lors du 4e passage de Raouf Gulbul devant la commission, qui se serait déroulée le 10 juillet dernier à Ébène.
L’ancien juge Lam Shang Leen a été droit au but : « La raison de votre convocation devant la commission concerne votre implication comme campaign manager de Raouf Gulbul, la rencontre de Saint-Pierre et celle d’Ébène. » Samad Goolamaully a qualifié son « ancien ami » – le président de la GRA et de la Law Reform – de « Brutus », et ce car « il n’hésite pas à poignarder les autres dans le dos ». Pour étayer ses arguments, Me Goolamaully a, à diverses reprises, rappelé que « Me Hurhangee et moi-même avions une confiance sans bornes en Raouf Gulbul, mais nous avons changé d’avis il y a peu ».
Il a fait allusion à l’épisode de Saint-Pierre : « Quand je me suis rendu compte à quel point il s’est servi de nous, cela m’a profondément dégoûté. » La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la rencontre de juillet dernier, à Ébène. « Raouf Gulbul nous a imposés une “body search” avant de nous demander de “challenge” la commission. Là, j’ai réalisé à quel type de personnage nous avions affaire. »
Lam Shang Leen : Il nous revient que les deux autres candidats de l’Alliance Lepep évitaient votre poulain. Est-ce vrai ??
Goolamaully : Il est vrai qu’il y avait beaucoup de tension entre eux… Abbad-Mamode connaît la région et y est connu, tandis que Anwar Husnoo est quelqu’un de très respecté. Mais tous étaient “uneasy” de l’entourage de Raouf Gulbul. Si ça avait été de bonnes personnes, il n’y aurait pas eu de problèmes. Il y a deux autres raisons. Il y a ainsi le fait que Raouf Gulbul est quelqu’un de très arrogant. Il se vantait d’ailleurs d’être le prochain vice-Premier ministre – j’ai des messages qui peuvent témoigner de cela. Il ne serrait pas la main des autres et avait cet air de supériorité. J’ai déjà travaillé pour d’autres candidats, en l’occurrence Sam Lauthan, qui siège sur cette commission. Je peux vous dire que dans son cas, c’était un « produit » que je pouvais vendre facilement. Ce qui n’était pas du tout le cas avec Raouf Gulbul !
PLSL : Venons-en à la réunion de Saint-Pierre, en novembre 2014. Officiellement, Raouf Gulbul se sert de son numéro de téléphone 57… et d’un autre, 59…
SG : Oui, j’ai en effet appris qu’il y a ce numéro enregistré au nom de son épouse et qu’il utilisait non pas pour des appels à un certain opérateur, mais pour des conversations d’ordre privé.
PLSL : Nous sommes un peu confus car Athon Murday a dit ici même qu’il était dans sa propre voiture et que c’est lui qui était le chauffeur attitré de Raouf Gulbul, tandis que vous dites qu’il était avec vous.
SG : Je pense que M. Murday se trompe… Durant toute la campagne, Athon Murday a roulé avec nous dans le même véhicule. Tandis que Raouf Gulbul n’était véhiculé que par Sabir Gungapersad. Il n’y a qu’en trois occasions que Raouf Gulbul n’a pas voyagé avec Sabir Gungapersad, mais celui-ci nous suivait même là… Je peux dire à 99% que Sabir Gungapersad était le chauffeur de Raouf Gulbul.
PLSL : Mais Athon Murday pensait que le colis avait été placé dans sa voiture…
SG : Sa voiture et celle de Ashley Hurhangee étaient stationnées tout le temps rue Magon, à Plaine-Verte, durant la campagne.
Me Goolamaully poursuit en récapitulant les événements de la soirée du 24 novembre 2017, notamment comment Me Hurhangee et lui étaient « fatigués d’attendre, à un certain point même à ne rien faire, à Saint Pierre ». Il poursuit :« Me Hurhangee a alors eu une conversation assez houleuse avec Raouf Gulbul au téléphone, mais le candidat nous a dit de ne pas bouger car il avait besoin de nous. »
Il relate comment « à l’issue de la réunion avec le Maulana, Raouf Gulbul nous a demandé de le suivre ». Et d’ajouter : « Le trajet n’a duré que deux minutes environ. Puis il est sorti du 4×4 que Sabir Gungapersad conduisait et a demandé à mon chauffeur, Salim, de sortir. Celui-ci a obtempéré. Raouf Gulbul est entré dans une maison où il y avait de la lumière et en est ressorti avec un “big black bag” qu’il a demandé à Salim de placer dans le coffre de notre voiture. Ensuite, on a repris la route vers Port-Louis. »
PLSL : Et vous n’avez jamais demandé à Raouf Gulbul ce que contenait ce sac ?
SG : J’avais demandé à Salim quand il est entré dans la voiture et il m’a répondu qu’on lui a dit qu’il y avait là des tracts donnés par le maulana et qui devaient être distribués au sein de la communauté par rapport à l’élection. Quelques jours plus tard, j’ai demandé à Raouf Gulbul, qui m’a dit que Noor Hussenee s’est chargé de la distribution des tracts en question. Mais j’étais profondément dégoûté… Cependant, lors d’une conversation avec Salim, il m’a été donné de comprendre quelque chose. Mon chauffeur m’a demandé, un peu sur un ton badin, et comme s’il savait que je ne comprenais pas où il voulait en venir : « Eski ou kone ki ti ena dan sa sak-la ?? » Il devait m’expliquer : « Zame mo’nn trouv sa kantite larzan-la dan mo lavi. » Je dois dire que sur le coup, je ne l’ai pas cru. Puis, quand j’en ai entendu parler via les journaux, je me suis rendu compte que Raouf Gulbul s’était vraiment foutu de nous ! Là j’étais franchement dégoûté !
PLSL : Vous avez mis trois ans à comprendre cela. Que s’est-il passé ??
SG : Me Hurhangee et moi-même avions été sollicités pour une interview de presse. Nous y avons abordé la rencontre de Saint-Pierre et nous avons dit ce que nous savions. Or, Raouf Gulbul a été très en colère de cette interview. Il nous a contactés et nous a donné rendez-vous. Une première fois sur le parking de Jumbo Phoenix. Puis, il nous a dit de descendre jusqu’à l’église de Saint-Jean. Là encore, il a déclaré que ce n’était pas un lieu approprié et de le suivre. On a roulé comme des fous dans Ébène jusqu’à ce qu’on s’arrête finalement. Une fois que nous sommes  sortis des voitures, il nous a imposé une fouille corporelle individuelle, nous invitant à le fouiller également. J’ai trouvé cela révoltant et je lui ai dit qu’il n’avait pas confiance en nous. Je lui ai demandé quel était son problème et il m’a demandé, en retour, ce que nous allions dire devant la commission concernant l’épisode de Saint-Pierre et le colis dans le coffre. On lui a répondu qu’on allait dire la vérité parce qu’on n’avait rien à cacher. Il nous a alors rétorqué que si on évoquait le colis, il devrait se suicider. Then, he walked off as a madman.
PLSL : Pourtant, ici, il a dit ne pas se souvenir de cette rencontre…
SG : Vous pouvez demander à vos officiers de vérifier son téléphone et ceux de Ashley Hurhangee et Athon Murday. On verra que les communications ont été relayées par les antennes de la région d’Ébène. Mais j’ai été encore plus estomaqué par Gulbul quand il m’a proposé d’utiliser l’intervention chirurgicale que j’ai subie il y a quelques mois comme couverture pour esquiver la commission. Cela m’a dégoûté ! Lors de cette rencontre, il nous a demandé de ne pas témoigner contre lui, qu’il allait s’occuper de nous, et en revanche, de “challenge” la commission… Notamment vous, M. le président, s’agissant de l’affaire Lesage. Puis, via des communications téléphoniques, il vous a traité de tois les noms avec des propos racistes. (Le témoin cite verbatim les extraits.) J’ai ces échanges sur mon téléphone. Il voulait absolument qu’on ne vienne pas témoigner ici et qu’on complote en sa faveur. Ce sont ces choses-là qui m’ont fait couper tous les ponts avec lui. Au point où je ne parle plus de lui en utilisant son prénom de Raouf, car mon père s’appelle aussi Raouf. Je préfère le qualifier de Judas, comme l’a fait mon collègue Hurhangee… J’ai été beaucoup bouleversé par la manière de faire de Raouf Gulbul. Il ne pense qu’à sa petite personne ! Alors que durant la campagne, il y a eu un incident, un journaliste ici présent en avait été témoin, nous, Me Hurhangee et moi-même, avions risqué nos vies pour lui. Mais lui, il n’a pas hésité à jouer avec nous, trahissant notre confiance en nous faisant porter cet argent dans la voiture.
PLSL : Voilà donc une autre tentative de “devir lanket” ! Et Peroumal Veeren, vous le connaissez ? Il dit qu’il vous a payé avec de l’argent provenant du trafic de drogue ?
SG : Non, je ne le connais pas personnellement. Et c’est totalement faux. Il me doit encore mes honoraires.
PLSL : Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans l’affaire Jeeva en tant qu’avocat de Altaf Jeeva, le frère de Parwiza Jeeva ??
SG : C’est Raouf Gulbul qui m’a demandé de le faire. Parce qu’il y voyait un conflit d’intérêts.
PLSL : Et Altaf Jeeva a, devant vous, nié toute implication de Peroumal Veeren dans l’affaire, alors qu’il avait déjà donné deux “statements” affirmant le contraire…
SG : En effet. Cela a été un choc quand l’officier de l’ADSU a lu la déposition d’Altaf Jeeva et que celui-ci a changé sa version à 360 degrés ! Je l’ai alors interpellé pour lui dire cela et il a acquiescé. À aucun moment je ne lui ai donné d’instructions pour changer sa version. Quand j’ai parlé à Raouf Gulbul par la suite, pour lui dire ce qui s’était passé, il m’a dit qu’il était au courant.
PLSL : Vous n’avez jamais reçu d’instructions comme certains des juniors de Me Gulbul ?
SG : Je pense qu’il sait qu’avec Me Hurhangee et moi, cela n’allait pas pouvoir être possible de donner des instructions pour faire telle ou telle chose pour des prisonniers.
PLSL : Donc, Sabir Gungapersad a été uniquement le chauffeur de Raouf Gulbul durant la campagne ?
SG : Non, il faut savoir que Sabir Gungapersad, que je connais comme étant un gentil garçon d’ailleurs, avait pour mission de s’occuper de tout par rapport à Raouf Gulbul. Et il y a eu une “issue” quand il ne pouvait accéder à l’école car Raouf Gulbul est candidat. Alors il s’est enregistré comme candidat lui aussi.
PLSL : Pour quel parti ??
SG : En indépendant. De ce fait, il pouvait avoir accès aux écoles, tout comme Raouf Gulbul.
PLSL : Peroumal Veeren a déclaré qu’il avait déboursé entre Rs 20 et 30 M, sommes qu’il a données à un seul parti lors des élections de 2014. Comment vous expliquez cela ??
SG : Pour moi, Peroumal Veeren s’est laissé mener en bateau. On lui a fait comprendre que s’il donnait cet argent, cela atterrirait dans les coffres du MSM et qu’une fois au pouvoir, son “case” serait rouvert. Il a eu cet espoir… Mais je tiens de source sûre que la somme de Rs 10 M a été donnée par Peroumal Veeren. Somme de laquelle Rs 300 000 ont été remises à un “rider” dont je ne connais pas l’identité.
Samad Goolamaully a aussi confirmé la participation de Noor Hussenee « comme directeur financier de Raouf Gulbul lors des élections de 2014 ». Il a communiqué des détails relatifs au dénommé Salim, qui officiait comme chauffeur à ses côtés à la commission. L’homme de loi a fait un appel à la commission s’agissant des toxicomanes et “petits dealers” à l’effet que « les condamner à de lourdes peines d’emprisonnement équivaut à faire d’eux de vrais trafiquants ». Pour lui, « il faudrait revoir cet aspect ».