Séance on ne peut plus houleuse hier des travaux de la commission d’enquête sur la drogue. Et pour cause : le président de cette instance, Paul Lam Shang Leen, ne s’est nullement laissé impressionner par la grosse armada de légistes déployée par le Deputy Speaker de l’Assemblée nationale, Sanjeev Teeluckdharry, qui était appelé à déposer. Le nom de cet avocat et MP du MSM avait été balancé par un de ses « juniors », en l’occurrence Erickson Mooneeapillay, quand ce dernier avait déposé devant la commission le 19 juin dernier. Et lors de l’audition, il s’est avéré que le numéro de téléphone de Sanjeev Teeluckdharry a bien été en contact avec Rudolf Jean-Jacques, dit Gro Derek, et ce à huit reprises entre 2014 et 2016.
Contacts téléphoniques avec Gro Derek ainsi qu’un autre détenu, “unsolicited visits” à plusieurs détenus incarcérés, « et surtout des trafiquants de drogue notoires ! » – pour reprendre les mots du président de la commission d’enquête sur la drogue – ainsi qu’une « possibilité que vous ayez favorisé des échanges de cartes sim, entre autres, entre des détenus qui ne partagent pas le même bloc et qui ont été réunis dans un espace commun par vous »… Ainsi ont été les principaux axes de la déposition du Deputy Speaker de l’Assemblée nationale. Paul Lam Shang Leen n’a pas eu la tâche facile avec la déposition de Sanjeev Teeluckdharry. Le président de la commission est allé droit au but en demandant à l’homme de loi son numéro de téléphone. À la confirmation de cet élément, la session est entrée dans le vif du sujet.
Paul Lam Shang Leen : Unfortunately for you, your phone has been traced for having been in contact with at least two numbers that have been secured by the team at the prison, and that were found with prisoners…
Sanjeev Teeluckdharry : Can I have sight of the alleged itemized bill ?
PLSL : What “alleged” ? Its not “alleged” ! We have it here !
ST : Can I know what period these calls have been made ?
PLSL :I am coming to it ! Why are you in a hurry ? Vous avez ce téléphone dont nous vous avons communiqué le numéro et vous l’avez confirmé. En avez-vous d’autres que nous ne connaissons pas ?
ST : Je n’en ai eu qu’un seul depuis 2001.
PLSL : Nous avons des raisons de croire que votre numéro a été en contact avec un détenu du nom de Rudolf Jean-Jacques. Le connaissez-vous ?
ST : Oui.
PLSL : C’est intrigant, voyez-vous… Vous êtes bien le seul à utiliser votre téléphone ? Parce que nous avons des indications qui prouvent que votre téléphone a été en contact avec ce détenu le 27 avril 2015 pendant quelques minutes. Je vous fais remarquer que le téléphone qui était avec ce prisonnier a été saisi après cet échange entre vous et lui. Et à ce que je sais, Rudolf Jean-Jacques n’est pas votre client ! Pourtant, je dénombre… huit appels entre vous. Six appels ont été passés par le détenu… S’agissant de l’autre numéro, comme je vous l’ai dit, nous n’avons pas réussi à tracer le détenu qui l’utilisait. Cependant, pour en revenir à Rudolf Jean-Jacques, vous avez dit à un certain moment que vous ne le connaissiez pas et que vous n’avez pas souvenir de lui avoir parlé. Alors à qui avez-vous parlé au téléphone ?
ST : Je ne sais pas… Il faut que je vérifie mes appels. Il se peut que Rudolf Jean-Jacques ait déjà retenu mes services. Je dois dire que je reçois beaucoup d’appels des Prison Welfare Officers. Cela m’est assez difficile de savoir quand il s’agit d’un numéro provenant de la prison ou d’ailleurs…
PLSL : Je vais vous détailler les appels : le 24 juin 2015, ce détenu vous a appelé pendant au moins deux minutes. Puis le 11 août de la même année, la personne vous a envoyé des SMS et vous avez répondu. Ensuite, le 14 avril 2016, le détenu vous a appelé pendant environ… quatre minutes. C’est loin d’être un “miss call” ! Le 18 juin également, le détenu vous a appelé et vous avez rappelé… Une autre chose que nous voudrions savoir : qui sont ceux qui ont été vos “juniors” ? Est-ce que Erickson Mooneeapillay était l’un d’eux ?
ST : Il a en effet été l’un de mes “juniors” à quelques reprises…
PLSL : Voyez-vous, aussi longtemps que toutes les procédures légales sont respectées, je n’ai aucun problème. Quand des avocats contournent les règles et les lois, cela m’interpelle… C’est ainsi que les “unsolicited visits” des avocats à des détenus, notamment à des trafiquants notoires, comme Peroumal Veeren, m’intriguent. Et encore une fois, je suis triste de vous dire que vous faites partie de ces avocats qui font des “unsolicited visits”.
Sanjeev Teeluckdharry interrompt à diverses reprises Paul Lam Shang Leen à ce moment, offrant des explications qui amènent le président de la commission à secouer la tête à plusieurs reprises.
PLSL : Écoutez-moi ! Évidemment, nous savons que vous faites votre travail. C’est même très bien…
ST : Il se peut qu’il ait fait appel à moi, comme nombre de détenus, parce qu’ils ont d’autres affaires en cour, et c’est pour cette raison que je vais les voir.
PLSL : Vous ne m’écoutez toujours pas ! Je vous ai expliqué dès le départ que je vais énumérer les éléments sur lesquels je souhaiterais que vous apportiez des éclaircissements. Why are you in a hurry ? Je vous parle de “unsolicited visits” où des Prison Welfare Officers n’ont pas été approchés par les détenus.
ST : Il se peut également que des proches et parents de détenus retiennent mes services. Ou je reçois aussi des lettres émanant d’eux, que ce soit pour revoir les sentences ou faire une demande de pourvoi en grâce…
Une pause fut à ce stade proposée par le président Lam Shang Leen afin de calmer les esprits. Le reste de la déposition concerna les diverses “unsolicited visits” de Me Teeluckdharry à la prison et, surtout, les détenus à qui il a rendu visite. Le Deputy Speaker dispose d’un mois pour produire des éléments de réponses aux questions soulevées par la commission d’enquête.