C’est un officier de police travaillant sous couverture qui a été convoqué par la commission d’enquête sur la drogue ce 3 juillet. L’homme en question fait l’objet d’allégations selon lesquelles « vous auriez été payé par des trafiquants de drogue », a indiqué le président de la commission, Paul Lam Shang Leen. Le policier a de fait été questionné sur divers « versements en liquide effectués sur différents comptes bancaires ». Une partie de sa déposition s’est déroulée à huis clos de par la teneur « sensible » des informations que l’officier de police souhaitait divulguer.
Du fait de ces informations, Paul Lam Shang Leen a ainsi demandé aux médias présents dans la salle que les noms, initiales, photos ou toute indication pouvant révéler l’identité du policier ayant témoigné hier ne soient pas publiés, et ce afin de le protéger. La raison pour laquelle cet officier de police, qui a rejoint la Mauritius Police Force (MPF) en 2001, a été convoqué a cependant été présentée d’entrée de jeu par l’ancien juge. « Vous étiez membre d’une équipe qui a fait tomber un caïd en 2012. Or, par coïncidence, nous avons remarqué des rentrées d’argent – en l’occurrence de grosses sommes en liquide – sur des comptes en banque à la même époque… Tout cela est intriguant ! » devait résumer le président de la commission. Paul Lam Shang Leen a en effet expliqué : « L’arrestation de ce baron de la drogue a eu lieu en 2012. Or, dans le même temps, vous avez ouvert un compte en banque sur lequel vous avez, le même jour, effectué un dépôt de Rs 75 000. Et ce n’est pas tout ! Le même jour toujours, vous a déposé Rs 50 000 sur un autre de vos comptes bancaires… C’est très inquiétant, avouez-le ! » Et ce n’est pas tout, Paul Lam Shang Leen poursuivant : « Quelques jours plus tard, vous avez à nouveau effectué un versement de Rs 115 000 en liquide… Tous ces mouvements d’argent, coïncidant avec la période à laquelle vous avez pris part dans l’arrestation d’un caïd, nous interpellent. Selon des allégations qui ont été portées contre vous, il revient que vous auriez touché de l’argent de certains trafiquants. Ou alors que vous avez pris de l’argent dans des sommes qui ont été retrouvées chez ce parrain ! »
La balle est désormais donc le camp de cet officier de police, qui travaille sous couverture. Le président Lam Shang Leen lui a ainsi indiqué qu’il bénéficie d’un délai pour « venir nous expliquer la provenance de ces sommes en liquide sur vos comptes ». L’ancien juge a par ailleurs relevé que le policier détient « pas moins de 6 comptes » en banque, ajoutant : « Avouez que c’est plutôt curieux ! » L’homme en question lui a cependant répondu : « Mon salaire est versé sur un de ces comptes. Les autres, je les utilise pour reverser des sommes quand je fais des emprunts. » Cependant, a ensuite fait remarquer Paul Lam Shang Leen, « il y a des versements ponctuels, comme celui de cet homme qui vous verse régulièrement Rs 1 500 ». Et l’ancien juge de demander « d’où vient cet argent ? ».
Poursuivant, Paul Lam Shang Leen devait faire état de plusieurs dépôts bancaires, « de Rs 25 000, Rs 60 000, Rs 139 000, Rs 272 000… ». D’où son questionnement : « D’où vient cet argent ? Peut-être, comme le disent les allégations formulées à votre encontre, que vous l’avez perçu de trafiquants ? C’est la raison pour laquelle vous avez été convoqué ici. Et c’est à vous de vous expliquer ! »
Sur le même chapitre, l’ancien juge a relevé, en épluchant les documents bancaires du policier toujours, que « vous avez perçu Rs 50 000 comme aumône », ce qui, dit-il, « est bien intrigant, vous en conviendrez ! ». Face à ces informations, le policier n’a pas caché son grand étonnement. Ce qui lui a valu un commentaire de Paul Lam Shang Leen : « Vous paraissez surpris de ces informations ? » L’homme devait répondre : « En effet ! Je ne savais pas que des personnes faisaient des versements sur mon compte en banque… » Le policier a été invité à se documenter et à venir fournir des éclaircissements à la commission.
Par ailleurs, l’assesseur de la commission Sam Lauthan devait demander au policier de détailler « la procédure quand il y a une saisie d’argent ou de drogue ». Dans ses explications, l’officier de police devait donner un compte rendu des « procédures qui doivent être respectées en présence des Officers in Charge ainsi que des supérieurs hiérarchiques, mais aussi de l’accusé en personne, de même que son avocat, s’il en a retenu les services, avant que les items soient placés sous scellés et notés dans le livre officiel ». L’ancien ministre de la Sécurité sociale souhaitait savoir « à quel moment des officiers peuvent “tamper” avec ces éléments ». Ce à quoi le policier a répondu : « C’est impossible ! Sur toutes les affaires sur lesquelles j’ai travaillé, personne ne pouvait “prendre” ni de l’argent ni de la drogue des cargaisons ayant été saisies chez des présumés trafiquants ou autres. »