La Commission des femmes du MMM a présenté aujourd’hui une liste de propositions au gouvernement sur la prostitution infantile. Selon ces dernières, la situation est devenue alarmante et il est important d’avoir des lois et des structures appropriées pour enrayer ce fléau qui met les jeunes et les enfants en danger.
En mai 2011, une experte des Nations unies, Najat Maalla M’jid, constate lors de sa mission à Maurice que les enfants sont de plus en plus vulnérables à l’exploitation sexuelle. Les membres de la Commission des femmes du MMM se disent interpellés par ce constat, d’autant qu’un mois plus tard, un homme a été arrêté pour la quatrième fois pour prostitution infantile. Toutefois, il n’existe pas de données pour connaître l’ampleur du problème actuellement car la dernière étude remonte à 2001. « On s’étonne qu’à chaque fois que nous posons des questions à l’Assemblée, on nous réfère au rapport de 2001. Onze années ont passé depuis », dit la présidente, Lysie Ribot.
Arianne Navarre-Marie rappelle que le premier rapport qualitatif sur la prostitution des enfants date de 1998 — alors qu’elle était elle-même ministre de la Femme — et a été rendu public en 2001. Un deuxième rapport quantitatif, cette fois, a été rendu public en 2002 et faisait état de 2 600 enfants victimes. « Ce rapport recommandait entre autres mesures, un changement dans la législation, un renforcement des mécanismes et les procédures pour une action efficace contre la prostitution infantile. »
D’où la démarche de la commission des femmes du MMM de venir de l’avant avec des propositions sur les plan légal et national. « À ce jour, il n’existe pas de législations spécifiques concernant la prostitution infantile. La Child Protection Act et le Code Pénal font provision pour un tel délit, mais c’est assez vague », précise Jenny Moteealoo.
La Commission des femmes du MMM recommande ainsi que la Child Protection Act soit amendée afin d’y inclure une provision sur l’exploitation commerciale des enfants à des buts sexuels, ce qui n’existe pas actuellement. « Il faudrait déjà définir ce qu’est la prostitution infantile et élaborer et prévoir des sanctions appropriées », souligne Jenny Moteealoo. Cette dernière ajoute que notre législation devrait également faire provision pour sévir contre les étrangers car le tourisme sexuel prend de l’ampleur, selon elle.
La Commission des femmes du MMM réclame également des sanctions pénales contre ceux qui sollicitent des mineurs pour des faveurs sexuels ainsi que des sanctions sévères contre les proxénètes. « Nous nous alignons sur la proposition de Pramila Patten, experte de la CEDAW, à l’effet que le Criminal Code et la section 91 A de la Criminal Code (Supplementary) Act soient amendés in order to criminalise men who buy women and girls for sexual purposes. Pramila Patten cite l’exemple de la Suède où ces amendements ont amené une baisse conséquente dans le marché de la prostitution. »
Sur le plan national, le MMM préconise une campagne de sensibilisation d’envergure et des programmes communautaires. « Il faut introduire une éducation sexuelle de qualité et mettre sur pied une école des parents digne de ce nom », soutient Lysie Ribot. Un plus grand nombre de shelters, la création de half-way homes, un encadrement psychologique des victimes ainsi qu’un soutien aux familles sont également préconisés.
De même, la Commission des femmes du MMM réclame un contrôle rigoureux des boîtes de nuit, supposées être fermées pendant la journée. « L’accès aux mineurs devrait être interdit et la carte d’identité réclamée à l’entrée. » Lysie Ribot ajoute qu’il faut renforcer la Brigade des mineurs et revoir le fonctionnement des Drop-in-Centres. Elle est aussi d’avis qu’il faut assurer une plus grande visibilité de l’Ombudsperson pour les enfants.
La Commission des femmes du MMM rappelle également que Maurice a signé et ratifié de nombreuses conventions pour la protection des enfants et qu’elle devrait les appliquer.
En attendant, François Labelle estime qu’il est urgent de sensibiliser les parents sur la question. « Je fais un appel aux parents, surtout aux mamans : soyez vigilantes lorsque vos filles rentrent à la maison avec des cadeaux de valeur. N’acceptez surtout pas l’explication que c’est le copain qui leur a offert des cadeaux aussi chers. Apprenez aussi aux filles que sortir avec quelqu’un pour avoir des cadeaux en retour, c’est une forme de prostitution. »