La commission des femmes du MMM exprime sa colère face à la « recrudescence » de la prostitution infantile dans le pays. Selon sa présidente, Lysie Ribot, cela fait des années que les parlementaires du parti tirent la sonnette d’alarme sur ce problème sans que les autorités concernées ne réagissent. Tout ceci, déplore-t-elle, démontre un manque de volonté de s’attaquer au problème. La commission fait une série de recommandations et appuie la proposition de Me Pramila Patten, experte de la CEDAW pour l’amendement du code pénal.
« En septembre de l’année dernière, nous avons fait une conférence de presse pour dénoncer la recrudescence de la prostitution parmi nos enfants et nos jeunes. Nous avons régulièrement posé des questions parlementaires et même fait des propositions pour aborder ce problème. Nous exprimons ici notre colère, parce que nous constatons avec beaucoup de déception que rien n’a été fait depuis. » C’est en ces termes que Lysie Ribot explique le sentiment qui anime les membres de la Commission des femmes du MMM.
Revenant sur le démantèlement d’un réseau de prostitution la semaine dernière, cette dernière rappelle que ce n’est pas la première fois qu’une telle activité est mise à jour. Elle rappelle qu’en 2011, une experte des Nations unies avait démontré la vulnérabilité des enfants mauriciens à l’exploitation sexuelle, lors d’une mission dans l’île.
Des recommandations avaient alors été faites pour traiter le problème. Celles-ci préconisaient entre autres la lutte contre la pauvreté, une formation technique pour ceux en échec scolaire, un soutien psychologique aux victimes, une campagne de sensibilisation contre la prostitution et la drogue, l’identification des familles vulnérables, la mise sur pied d’un programme d’éducateurs de rue, la nomination de personnes pouvant intervenir auprès des jeunes victimes, particulièrement la nuit et la création d’infrastructures pouvant accueillir les victimes.
Mais à un jour, les statistiques démontrent qu’aucune avancée dans ces domaines n’a été faite. Pourtant, regrette Arianne Navarre-Marie, le gouvernement MMM-MSM avait déjà enclenché certaines actions entre 2000 et 2005, suite à un rapport qualitatif réalisé en 1998. Elle rappelle également que ce rapport avait été gardé dans les tiroirs par le gouvernement Ptr qui l’avait commandité. « Que voulait-on cacher ? Il ne faut pas se voiler la face », avance-elle.
Parmi les mesures mises en place alors qu’elle était elle-même ministre de la Femme, Arianne Navarre-Marie cite la création de la Brigade des mineurs, la création du bureau de l’Ombudsperson for Children, le recrutement et la formation des travailleurs de rue, la formation du personnel de la CDU et des travailleurs sociaux, le renforcement de la Child Watch Network, ainsi que la mise en place d’un drop in centre.
Toutefois, regrette la députée mauve, il n’y a pas eu de suivis appropriés de toutes ces mesures. « Combien de personnes y a-t-il aujourd’hui au sein de la Brigade des mineurs ? Quelle est leur formation ? A-t-on évalué, réactualisé le système mis en place initialement au drop in centre ? Quant aux travailleurs de rue, ils ont tout simplement été mis à la porte et doivent continuer leur travail au sein d’une ONG qui ne reçoit aucun soutien de l’État. »
Les rapports avaient identifié la pauvreté comme étant l’une des raisons de l’exploitation sexuelle des enfants. Malheureusement, note François Labelle, le combat contre la pauvreté à Maurice est un échec total, en dépit de la mise en place d’un ministère de l’Intégration sociale. Elle fait référence aux récents chiffres de Statistics Mauritius et à la déclaration du Gouverneur de la Banque de Maurice, à l’effet qu’il y a plus de pauvres à Maurice aujourd’hui.
De même, faisant référence au réseau démantelé la semaine dernière, elle se demande comment des jeunes de 13-14 ans peuvent se retrouver en dehors du circuit scolaire alors que l’éducation est obligatoire jusqu’à 16 ans. « Quel est le mécanisme en place pour suivre un enfant qui décroche ? », se demande-t-elle.
Pour la commission des femmes du MMM, le combat contre la prostitution infantile passe d’abord par l’amendement de la Child Protection Act et du code pénal afin de prévoir des sanctions plus sévères contre ceux impliqués dans ce délit, dont des étrangers. Elle suggère que les sentences soient infligées par rapport à l’âge des victimes — plus la victime est jeune, plus la sanction est sévère. Concernant l’article 11 de la Child Protection Act, la commission propose que le « duty to report » des cas de délits sexuels envers les enfants se fasse directement à la police. Celle-ci devrait à son tour avoir l’obligation d’enquêter même dans les cas de dénonciations anonymes.
La commission propose également la formation des parents de mineurs-prostitués et se demande s’il faut envisager des sanctions envers les parents comme c’est le cas dans d’autres pays. Elle recommande d’augmenter le nombre de shelters et de créer des Half Way Homes pour les victimes ayant atteint l’âge de la majorité. Un contrôle plus rigoureux des discothèques ouvertes pendant les heures de classe, ainsi que les boîtes de nuit, de même que le renforcement de la Brigade pour la protection des mineurs sont aussi préconisés.