La Commission diocésaine du Tourisme se mobilise pour exprimer sa solidarité envers les opérateurs et les employés de cette industrie en cette période de crise économique. C’est ainsi qu’une messe à l’intention des acteurs de ce secteur s’est déroulée semaine. Le père Philippe Goupille, aumônier de cette Commission, compare la situation actuelle, qui est « remplie d’incertitudes et d’inquiétudes » à un « cyclone invisible mondial » dont on ne connaît pas la durée. Il explique au Mauricien la démarche de cette Commission dans le contexte de la pandémie du coronavirus.

Habituellement, la messe du Tourisme fait partie de l’événementiel dans le pays.  Dans quel état d’esprit l’avez-vous célébrée en pleine pandémie ?

D’habitude, la messe du Tourisme, qui est organisée lors de la Journée mondiale du Tourisme, est une belle fête et c’est vrai que cette célébration constitue un grand événement chaque année car tous les stakeholders y participent. Mais dans le contexte actuel, on ne peut se réjouir, car il y a beaucoup d’incertitudes et de tristesse.
Cette célébration, qui a eu lieu dans la petite chapelle du Couvent des Filles de Marie, à Grand-Gaube, avait pour but de rester en lien avec le monde du tourisme en attendant la Journée mondiale du Tourisme. Il y a une grande souffrance en ce moment et la Commission ne peut rester indifférente.

Vous êtes bien familier aux rouages de cette industrie. Comment qualifieriez-vous le bouleversement auquel elle est confrontée ?

Le cyclone est synonyme de destruction et c’est l’ennemi du tourisme. Les Mauriciens ont l’habitude des cyclones et nous avons connu quelques-uns très dévastateurs et qui ont mis le pays à genoux. Je pense par exemple aux cyclones Alix, Carol, Gervaise, Firinga et Hollanda. Mais nous savons que le cyclone aura une fin et nous savons aussi que nous avons le courage et la solidarité de rebâtir et de reconstruire le pays.
Mais cette fois, nous avons affaire à un cyclone invisible et mondial. Et c’est un cyclone que nous ne pouvons maîtriser et nous ne savons pas non plus quand il prendra fin et quand nous allons pouvoir reprendre une vie normale.

Comment la Commission diocésaine du Tourisme vit cette crise sanitaire qui attaque de plein fouet ce secteur clé de l’économie ?

D’abord, je voudrais rappeler que la Commission diocésaine du Tourisme a été fondée il y a plus de 30 ans par le cardinal Jean Margéot à la suite de sa lettre pastorale intitulée « Le tourisme est une chance à ne pas perdre ».
À l’époque, beaucoup de personnes parmi les bien-pensants de toutes les religions confondues avaient exprimé certaines opinions dans une tentative de freiner le développement du tourisme, car à leur avis, il devait impacter sur les valeurs morales et introduire un laisser-aller dans notre société.
Le cardinal Margéot a pris à contre-pied les détracteurs et s’est positionné en faveur du développement du tourisme qu’il a qualifié de « chance pour l’avenir de notre pays ». Et depuis, nous avons eu une belle industrie. Mais aujourd’hui, cette industrie vit des difficultés sérieuses et il est normal que la Commission diocésaine soit solidaire et continue d’accompagner toutes les personnes qui vivent et dépendent de ce secteur.
Nous n’avons pas de solution technique ni économique, mais nous pouvons être fidèles à notre mission d’accompagnement de ces personnes en partageant leurs joies et leurs peines ainsi que leurs espérances et leurs échecs en faisant un bout de chemin avec eux.

Y a-t-il une contribution que cette Commission pourrait apporter à la relance de cette industrie de laquelle dépendent des dizaines de milliers de familles mauriciennes ?

Comme je vous l’ai dit, nous ne pouvons apporter de contribution dans le domaine économique ou technique. En revanche, nous pouvons aider les employés du tourisme et ceux dans d’autres métiers qui vivent de cette industrie, en leur donnant un soutien moral, psychologique et spirituel car cette pandémie et la période de confinement national ont affecté aussi la vie des Mauriciens dans ces trois domaines.
La Commission travaille ainsi sur un projet visant à offrir un service d’écoute et d’assistance psychologique aux employés du tourisme et  nous sommes en pourparlers avec des spécialistes dans ce domaine. Nous serons en mesure de proposer quelque chose dans ce sens incessamment. À travers nos antennes, nous allons recueillir les idées et propositions des employés et aussi celles des étudiants en tourisme dans le but de nourrir la réflexion, et après cet exercice nous serons en mesure de faire des propositions aux décideurs du tourisme pour relancer l’industrie.

L’Église a beaucoup insisté lors de la Fête du Travail sur la solidarité à tous les niveaux en ce temps difficile. De quelle manière cette Commission peut témoigner d’une solidarité concrète envers les travailleurs du tourisme qui ont besoin d’aide ces jours-ci ?

La Commission est déjà en train de réfléchir sur les moyens à mettre en place pour exprimer sa solidarité avec les travailleurs qui auraient besoin d’une aide immédiate. Dans l’esprit de ce que le père Jean-Maurice Labour a si bien dit le 1er mai, il nous faut continuer à motiver les personnes et les citoyens pour le partage et pour vivre concrètement la solidarité. Nous viendrons bientôt avec des propositions concrètes permettant aux citoyens, qui le désirent, de vivre une solidarité et de partager avec les travailleurs de cette industrie.