La Commission Éducation du MMM dresse un constat alarmant de l’enseignement supérieur après le licenciement du vice-chancelier de l’Université de Maurice (UoM), le Pr Rughooputh, mais aussi la « dégringolade » de l’UoM dans un classement international, l’affaire d’escroquerie alléguée au préjudice d’étudiants népalais et indiens, le système d’attribution de bourses additionnelles selon les critères sociaux, ou encore « l’ingérence » ministérielle, entre autres. Lors d’une conférence de presse cette semaine, les membres du MMM ont ciblé ceux qu’ils estiment responsables de la « crise » que traverse l’enseignement supérieur, en l’occurrence le Premier ministre et le ministre Jeetah.
« C’est un secteur clé qui est actuellement déstabilisé. La responsabilité du Premier ministre est engagée. » Ces propos sont ceux de Steve Obeegadoo, responsable de la Commission Éducation du MMM. En guise de premier chapitre d’une conférence de presse, ce dernier a abordé le limogeage du vice-chancelier de l’Université de Maurice, le Pr Rughooputh. Steve Obeegadoo se dit ainsi d’autant plus indigné qu’il s’agirait, dit-il, du sixième vice-chancelier en quatre ans à l’UoM qui, selon lui, n’a jamais connu autant de crises. « Cela a terni l’image de cette institution. Plus personne ne voudra postuler pour ce poste », a-t-il soutenu. Le responsable de la Commission Éducation des mauves cherche ainsi à connaître les raisons expliquant le licenciement du Pr Rughooputh. « Le MMM est troublé et inquiet », a-t-il déclaré.
Mais l’ancien ministre de l’Éducation dit aussi déplorer le manque de ressources et d’infrastructures à l’UoM qui, affirme-t-il, n’arrive plus « à contenir » le nombre d’étudiants. Il a également décrié la « dégringolade » de l’université, de la 37e à la 97e place au World University Web Ranking. Selon lui, la qualité de l’enseignement a été sacrifiée pour favoriser la quantité. Et de déplorer dans le même temps « l’absence de pertinence » de certains cours, des diplômes « non reconnus » et le domaine de la recherche qui, dit-il encore, serait « en panne depuis des années ».
Prenant la parole, Françoise Labelle a abordé le sujet de l’octroi de bourses additionnelles aux élèves ayant décroché le HSC, selon des critères sociaux, et dont la liste a été récemment publiée. Tout en déplorant que cette liste ait été publiée à peine quelques semaines avant la rentrée universitaire, la députée estime nécessaire de revoir les critères pour l’allocation des bourses, tout en réclamant par la même occasion davantage de transparence dans l’attribution de ces bourses d’études. Selon Mme Labelle, les critères d’octroi, outre celui du revenu familial, devraient être étendus à d’autres facteurs, tels le nombre d’enfants de la famille, le montant du loyer des familles, et le fait de savoir si les familles comptent ou non des handicapés. Selon Françoise Labelle, la formule actuelle ne favoriserait en effet pas les démunis.
Cette dernière a également lourdement insisté pour que le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, fasse connaître le nom du représentant de l’Equal Opportunity Commission, qui siège au comité de sélection pour l’octroi des bourses, car selon ses informations, « aucun représentant » de cette commission n’était présent. Reprenant sur le même thème, Steve Obeegadoo a, à son tour, demandé au ministre de déposer à la bibliothèque de l’Assemblée nationale la liste des bénéficiaires dont le plafond de revenu familial est de Rs 6 200. Et ce, dit-il, afin « d’éliminer tout soupçon » et pour « plus de transparence ».
Passivité de la TEC
Lysie Ribot a abordé de son côté l’épisode de l’escroquerie alléguée au préjudice d’un groupe d’étudiants en provenance du Népal et d’Inde. Elle devait faire état du « calvaire » d’une quarantaine d’étudiants et de grandes promesses en vue de les attirer sur le sol mauricien. Certains auraient même été forcés à travailler dans des hôtels sans être rémunérés. Lysie Ribot réclame donc qu’une enquête « serrée » soit menée et que les coupables soient mis au jour. « Nous tenons la Tertiary Education Commission (TEC) et le ministère de l’Enseignement supérieur entièrement responsables de la situation », lance Mme Ribot. La responsabilité de la TEC, qui n’a d’ailleurs toujours pas nommé de directeur, est mise en cause, estime cette dernière : « La TEC a-t-elle scruté le package offert par ces institutions ? S’est-elle assuré que les conditions d’accueil et d’hébergement soient correctes et conformes à celles mentionnées dans les publicités ? Y a-t-il un monitoring ? » s’interroge la députée mauve, qui a attribué la situation à l’absence de régulation et, plus particulièrement, au ministre Jeetah qui, dit-elle, « privilégie le nombre à la qualité ». Et Lysie Ribot de poursuivre : « Ce n’est pas comme ça qu’on arrivera à devenir un knowledge hub ! »
Poursuivant son « réquisitoire », le MMM estime que l’avenir des étudiants et du secteur tertiaire est mis en péril, entachant du coup la réputation de Maurice, et ce en raison de la politique visant à « favoriser la quantité aux dépens de la qualité », de la politique de « laisser-faire » vis-à-vis des institutions privées ou étrangères, ainsi que de l’absence d’un cadre régulateur et d’un mécanisme efficace pour le monitoring de la qualité. De plus, le « non-respect de l’autonomie de l’UoM, l’ingérence ministérielle et la politisation outrancière de l’UTM et des institutions du tertiaire », estime le parti, « déstabiliserait dangereusement » le secteur.