La Commission Justice et Paix se propose d’organiser un forum national sur le logement communautaire auquel seront conviés le ministère du Logement, la National Empowerment Foundation, les représentants des entreprises et les ONG ayant une expérience dans ce domaine. Cette annonce a été faite par le vicaire général du diocèse de Port-Louis Jean-Maurice Labour lors d’une messe célébrée par Mgr Maurice Piat le dimanche 1er janvier en l’église St-François Xavier à l’occasion de la Journée mondiale de la paix.
Le vicaire général du diocèse de Port-Louis a estimé que la question de logement communautaire était d’une importance vitale pour l’avenir de la paix sociale dans le pays. Selon Jean-Maurice Labour, le forum serait l’occasion de tracer les contours d’une politique de logement communautaire qui respecte et promeut la dignité humaine des bénéficiaires et qui pose les bases d’une fructueuse collaboration gouvernement / National Empowerment Foundation (NEF) / entreprises / organisations non gouvernementales (ONG).
Jean-Maurice Labour a salué les autorités qui ont fait du logement social une des priorités des fonds générés par les entreprises à travers la Corporate Social Responsibility (CSR). « Nous saluons également la mise sur pied de la National Empowerment Foundation (NEF) et son action concertée avec les entreprises et ONG auxquelles elle s’est associée pour procurer une maison aux plus pauvres de notre pays. Le relogement de 198 familles pauvres à La Valette est une première réalisation du plan du gouvernement. Ce plan touchera en 2012 d’autres sites comme Gros Cailloux, Sottise et Riambel. »
Le vicaire général a expliqué qu’avec l’aide de plusieurs ONG présentes sur le terrain – Caritas, l’Association Pont du Tamarinier, Native Habitat, etc – et de professionnels comme Alternet, la Commission Justice et Paix a procédé à un état des lieux des logements sociaux à Maurice. « Forts de ces expériences partagées et des principes du bien commun, nous voudrions faire valoir auprès des autorités quelques principes à respecter dans l’élaboration des projets de logements communautaires. Notre but est que ces projets de logements communautaires inspirés de l’expérience de La Valette n’aboutissent pas, comme nous le craignons, à créer de nouvelles poches d’exclusion sociales, des foyers de violences potentielles pour l’avenir. Construire la paix de demain dépend de nos choix d’aujourd’hui », a-t-il souligné.
Selon Jean-Maurice Labour, il arrive que les autorités et entreprises, motivées par le besoin de résultats immédiatement visibles, ne prennent pas le temps d’établir un dialogue avec les bénéficiaires. « Il ne suffit pas d’annoncer un projet intégré pour que les populations soient effectivement “intégrées” ! Les solutions pensées dans les bureaux ne rejoignent pas toujours la complexité des problèmes humains sur le terrain, surtout quand on a affaire à des blessés de la vie », observe-t-il.
La Valette
Le vicaire général a estimé que l’accompagnement social demandait non seulement un investissement financier, mais aussi du temps et un personnel compétent. « Construire des logements est aisé, mais pourvoir des maisons demande tout un travail d’intégration humaine. » Évoquant l’expérience de La Valette, Jean-Maurice Labour a soutenu qu’elle a été en partie un échec car les ONG, qui accompagnaient les personnes, ont été évincées de la mise en oeuvre du projet.
« La mise en place de ce genre de projet, qui touche si profondément l’être humain dans sa culture, dans ses blocages et ses misères, demande une expertise de terrain, de la patience et un accompagnement dans la durée. L’État ne peut se passer de l’apport des ONG et inversement, les ONG ont besoin de l’encadrement légal et financier que seuls l’État et les entreprises peuvent apporter. »
Jean-Maurice Labour a trouvé « choquant », voire « scandaleux » que la NEF puisse planifier « la construction à la va-vite d’un millier de maisons de 25 mètres carrés au coût de… Rs 165 000 au maximum ». Il est prévu que ces « boîtes d’allumettes » comporteront deux pièces (un salon et une chambre), une petite cuisine, une salle de bains et des toilettes.
« Nous nous élevons de toutes nos forces contre ce projet de construction qui ne donne pas l’espace vital minimum nécessaire à une famille. Les ONG proposent au contraire des maisons de deux ou trois chambres minimum selon le nombre de membres de la famille bénéficiaire pour éviter les problèmes de promiscuité, source de tant de violences et de déchirement dans la société. L’île Maurice moderne ne peut-elle pas faire en sorte que les terres ne soient pas réservées uniquement aux projets hôteliers ou commerciaux ? C’est un mauvais calcul que d’économiser sur les investissements d’aujourd’hui pour avoir demain à débourser des masses financières pour gérer les problèmes sociaux créés par la timidité des investissements. Les ONG ont des propositions compétitives qui respectent en même temps la dignité des familles et les disponibilités financières », a insisté le vicaire général.
« Se laisser guider par le principe du bien commun, c’est consentir à des financements plus conséquents pour les plus pauvres afin de les associer à la dignité humaine à laquelle leurs conditions de vie actuelles ne leur donnent pas accès. L’État comme les entreprises privées trouvent bien de l’argent pour financer d’autres projets plus “rentables” ! La dignité humaine, la lutte contre l’exclusion n’ont pas de prix », a déclaré Jean-Maurice Labour.