Il n’empêche qu’après analyse des faits et des conditions existantes, la Commission Boraine a écarté la possibilité de recommander le versement d’une compensation financière aux descendants d’esclaves pour le grave préjudice irréparable causé.
Le rapport privilégie des « recommendations directed towards Social Justice » et propose un pardon national venant de ceux qui sont connectés historiquement à l’esclavage et à l’engagisme, en l’occurrence l’Église catholique, la Chambre de commerce et d’industrie, et l’industrie sucrière, par le biais de la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA). Tout un chapitre du rapport traite des cas de confiscations de terrains, dont ont été victimes principalement des descendants d’esclaves avec des critiques acerbes contre le « morally corrupt system » en place pour protéger les accapareurs.
Le rapport de la Commission Justice et Vérité laissera sur leur faim ceux qui mènent une lutte inlassable réclamant le versement d’une compensation financière aux descendants d’esclaves, en particulier les frères Michel des Verts Fraternels. Tout en rendant un vibrant hommage à ces derniers, qui se sont battus contre vents et marées en faveur de l’institution de la Commission Justice et Vérité, le rapport Boraine n’est pas parvenu à satisfaire leur principale revendication.
L’Executive Summary du rapport confirme que le volet de la compensation financière aux descendants d’esclaves a fait l’objet d’intenses débats au sein de la Commission Justice et Vérité sans compter les nombreux mémoires plaidant en faveur de cette éventualité. « The Commission considered very carefully, and debated at length, what its Reparation Policy should be in the light of its findings », lit-on à la page 9 du premier volume du rapport. Néanmoins, la Commission n’a pas retenu la possibilité de cette compensation pour des raisons pratiques.
« The Commission has received several memoranda highlighting the need for compensation to slave descendants in view of the damaging after-effects of slavery during the past 176 years. Many such requests refer to cash compensation. In the past, payment of cash compensation to people banished from the Diego Archipelagos (sic) has proved damaging », soutient la Commision Justice et Vérité pour justifier sa prise de position sur cette question éminemment politique.
Poursuivant, le rapport Boraine ajoute que « given the difficulty to identify broadly people of slave descent from among the general population, this can end up in frustration. » La Commission opte pour un plan de réhabilitation intégré et l’adoption de pratiques de discrimination positive en faveur des descendants d’esclaves dont, entre autres, l’éducation des enfants, des conditions de logement nettement améliorées, l’élimination de la discrimination sur le marché du travail, que ce soit dans le secteur public ou dans le privé, et une réforme du système électoral pour une meilleure prise en charge des circonscriptions concernées.
« This was considered the better and more enduring option. In other words, the Commission has resolved that the focus should be on the median long term, rather than the short term, solutions. Our recommendations therefore are directed towards Social Justice for all », affirme le rapport, qui concède que « however substantial our recommendations are, they cannot adequately respond to the hurt, the suffering and the loss of dignity which any Mauritians have experienced in the past. We cannot bring back the dead, but of the measures we propose are implemented, it will markedly improve the quality of life for descendants of both slaves and indentured labourers who have suffered during the colonial period ». En tout cas, Sylvio Michel et ses camarades des Verts Farternels ne tarderont pas à faire entendre leurs objections à cette démarche de la Commission Justice et Vérité.