La Commission Justice et Vérité, qui dispose d’une période de 30 mois pour compléter ses travaux sur les séquelles de l’esclavage à Maurice, devra terminer d’ici septembre ses auditions. Environ 300 personnes ont déjà été entendues lors de ces auditions, qui durent plus d’un an et demi. Le rapport devra, quant à lui, être soumis avant la fin de l’année. La rédaction du document, a déclaré au Mauricien Benjamin Mootoo, a déjà débuté. « Nous avons fait le tour de tout ce qu’on nous avait demandé pour donner une vraie version de l’histoire de l’esclavage et des immigrants indiens », a précisé l’historien et le commissaire de la CJV.
La Commission Justice et Vérité se réunit aujourd’hui pour une séance avec les professionnels du corps légal. Cette séance ne sera toutefois pas ouverte au public, indique le commissaire. Deux autres auditions prévues le mois prochain devraient clore cette session de travail de la Commission. « Nous en sommes déjà au stade du drafting du rapport et sur une base très professionnelle et scientifique, nous avons fait le tour de tout ce qu’on nous avait demandé », souligne Benjamin Mootoo. Il fait également ressortir que les travaux de la Commission Justice et Vérité ont également bénéficié du soutien de certaines organisations internationales de renom. « Nos recherches sur l’esclavage, les immigrants indiens, les gens de couleur ainsi que ceux qui ont été dépossédés ont fait l’objet d’un travail très élaboré qui sera présenté en plusieurs volumes », précise Benjamin Mootoo. Ainsi, confirme-t-il, le rapport sera prêt avant la fin de cette année.
Les premières auditions de la Commission ont débuté en mai 2009 et quelque 300 personnes ont déposé. Plusieurs personnes ayant déposé un dossier sont intervenues sur les diverses séquelles de l’esclavage dans la société mauricienne. Vu le délai dont elle dispose pour soumettre ses recommandations, la Commission se consacre déjà à la deuxième phase de ses travaux, soit la rédaction du rapport. Cette période comprend un travail de recherche et de consultation parmi les membres en vue de présenter les recommandations jugées nécessaires. La Commission Justice et Vérité disposait d’une période de 27 mois pour soumettre son rapport, mais elle a dû demander une extension de trois mois. Ses recommandations seront peut-être financières, symboliques ou autres, et c’est au gouvernement qu’il reviendra de prendre la décision finale.
Rappelons que quelque temps après le début des travaux, la Commission a dû interrompre les sessions en raison de l’absence de son président d’alors, Robert Shell. Initialement, les autorités mauriciennes avaient choisi le Pr Shell pour présider la Commission Justice et Vérité, mais suite à ses problèmes relationnels avec les membres de cette instance, les autorités mauriciennes ont pris la décision de mettre un terme à son contrat. Les membres de la Commission lui reprochaient son manque d’engagement envers celle-ci. Robert Shell a ainsi été remplacé par Alex Boraine.
Le Truth and Justice Bill sur la création d’une Commission pour évaluer les conséquences de l’esclavage et de l’engagisme à Maurice, de la période coloniale à ce jour, a été adopté au Parlement en avril 2009. Le but du texte de loi est de faire une analyse approfondie sur l’esclavage et l’engagisme dans l’île. Au fil des années, beaucoup de documents et de recherches publiés par des universitaires et des historiens ont permis de connaître l’histoire de l’esclavage à Maurice. Mais c’est la première fois que l’État jette tout son poids dans l’exercice visant à lever le voile sur les parties les plus sombres de l’histoire de Maurice.