Les « héritiers » de Mathurin Jeannot déposent depuis plus d’un an devant la Commission Justice et Vérité pour obtenir la propriété d’un terrain à Gros Cailloux/Canot. Ils soutiennent que ce terrain de 159 arpents, dont une grande partie est en friche depuis des années, est un legacy d’un de leurs ancêtres. « Plusieurs personnes sont en train de fausser le débat autour de mon arrière-grand-père. Il n’était pas un esclave affranchi ! », a déclaré au Mauricien  Josiane Jeannot.
« Mathurin Jeannot est le fils de Laurent Jeannot et de Michèle de Palente. Il est originaire de Loume, département de la Charente Inférieure en France, et possède son cimetière familial. Un esclave n’avait même pas droit à un écu, comment aurait-il pu alors avoir une tombe à son nom ? », s’insurge Josiane Jeannot. L’arrière-petite-fille de M. Jeannot invoque : « D’autres personnes qui se disent être des héritiers de mon arrière-grand-père font tout pour nous intimider afin de s’accaparer du terrain qui vaut des millions de roupies. »
Josiane Jeannot précise que le terrain en question a été acquis à 4 500 écus d’or par Mathurin Jeannot et occupé par son père Joseph Jeannot pendant plusieurs années, et ce jusqu’à sa mort. Notre interlocutrice soutient d’ailleurs être en possession de tous les documents prouvant qui était Mathurin Jeannot et qui a acquis ce terrain actuellement occupé par la propriété sucrière de Médine.
Josiane Jeannot déplore que plusieurs personnes « faussent le débat en disant que Mathurin Jeannot était un esclave affranchi ». « C’est pour porter atteinte à l’image et à la réputation de la famille et surtout pour encourager certains malintentionnés, qui sont venus devant la Commission Justice et Vérité (CJV) pour clamer la propriété du terrain », avance-t-elle. « Bien sûr que sur notre île il y a eu des métissages et nul ne peut prétendre être un pur sang. L’historique de la famille Jeannot a déjà été faite par feu Daniel Appave quand on avait essayé d’écraser le cimetière familial des Jeannot le 11 décembre 1984. »
Certaines personnes, poursuit Mme Jeannot, « ont jonché le cimetière de morceaux de bêtes mortes en état de décomposition » lorsque ses proches ont fait une déposition à la police à ce sujet. « De plus, lors d’une récente visite des archéologues de la CJV, des personnes ont obstrué les passages du cimetière avec des roues des gros véhicules. » Se disant dépassée par la situation, elle compte porter plainte une fois de plus à la police pour « ces menaces et persécutions à l’égard de sa famille ».
Du côté de la CJV, l’on explique que ce dossier aurait une certaine solidité car à une des auditions, l’historien et commissaire Benjamin Moutou a évoqué « un début de preuves » que les Jeannot pourraient utiliser devant des instances légales en vue d’établir leur propriété du terrain en question. Au cours de son enquête, la commission a trouvé une lettre en date de 1962 rédigée par un ex-administrateur du groupe sucrier qui confirme que le terrain « appartient » effectivement à la famille Jeannot, qui avait instruit une action judiciaire contre Médine durant les années 70, puis 90. Le terrain en litige était connu à l’origine sous le nom de La Cantine. Un cimetière familial de la famille Jeannot s’y trouve toujours.