L’historienne Vijaya Teelock a lancé un appel au ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo, pour mettre en oeuvre une des recommandations de la Commission Justice et Vérité, soit l’ouverture d’un musée des esclaves, qui permettra à tout un chacun de se réconcilier avec le passé. C’était jeudi dernier, lors du lancement de l’ouvrage « Traites, esclavage et transition vers l’engagisme ». Cérémonie au cours de laquelle le directeur du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, Jimmy Harmon, a aussi évoqué un des mandats du centre fondé sur une recommandation de la commission.
Revenant sur les travaux de la commission, Vijaya Teelock observe que l’accent était mis sur « truth and justice » et que « la réconciliation avait été oubliée et tel est le cas jusqu’aujourd’hui ». Selon elle, « la réconciliation est essentielle pour l’île Maurice moderne ». Dans ce sillage, elle lance un appel au ministre Baboo lui rappelant les recommandations de la commission, dont une a trait à la mise en place d’un musée des esclaves. Pour elle, cette année serait idéale pour un tel projet, car l’on célèbre le tricentenaire de l’arrivée des premiers Français à Maurice, à l’endroit même où « Labourdonnais avait soigné six esclaves, soit au sein de l’hôpital Militaire » qui se trouve à proximité du Aapravasi Ghat, premier site mauricien classé patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.
Revenant à la triple cérémonie du jour, Vijaya Teelock indique que le jour du souvenir de l’abolition de la traite négrière est tout aussi important que l’arrivée du capitaine Guillaume Dufresne D’Arsel à Maurice, le 27 août 1715. La date signe le début de la colonisation française dans l’île. Si les Hollandais ont failli, dit-elle, c’est parce qu’ils avaient un manque de main-d’oeuvre. Or, la colonisation française et l’esclavage qui fournissaient la main-d’oeuvre nécessaire sont dramatiquement allés de pair pour le développement. D’où l’importance de se souvenir des deux événements.
L’historienne constate qu’à Maurice l’histoire se fait dans des compartiments séparés – celui des esclaves, celui des colons, etc. – alors qu’il faudrait les étudier comme un ensemble. « This is no longer acceptable in Mauritius, we share one common history and one common heritage ». C’est ce que les participants de la conférence de 2011 ont voulu ramener ensemble et selon elle, la seule manière de se réconcilier avec l’histoire est que tout le monde apporte son point de vue.
Vijaya Teelock observe qu’il y a 30 ans, lorsqu’elle faisait des recherches sur le sujet, les gens avaient peur de leurs « bourzwa ». Aujourd’hui, dit-elle, les choses ont changé, l’université de Maurice, le centre Nelson Mandela pour la culture africaine, l’Aapravasi Ghat Trust Fund et le Morne Heritage Trust Fund font des études sur ces sujets et les gens n’ont plus peur. « Nous avons parcouru un long chemin, mais il y a encore du chemin à faire », conclut-elle.