Les travaux de la Commission d’enquête présidée par l’ancien juge de la Cour suprême Paul Lam Shang Leen ont repris normalement hier après le passage du « temwin sok samachar » mercredi avec les auditions du constable Jean-Noel Mestry et le jockey Reehaze Hoolash. Les deux convoqués ont subi, l’un après l’autre, un feu roulant de questions, notamment concernant leurs relevés téléphoniques ainsi que leurs transactions bancaires effectuées de leurs comptes respectifs.
« Wi mo konn Siddick Islam e li finn sonn mwa plizir fwa depi prizon ». C’est en ces termes que le jockey Reehaze Hoolash a acquiescé sa relation avec le trafiquant de drogue Siddick Islam lorsque l’assesseur de la Commission d’enquête sur la drogue Sam Lauthan lui a demandé s’il le connaissait. L’habitant de Hochet, Terre-Rouge, a en effet été principalement  interrogé sur les conversations téléphoniques, dont la commission est en présence des relevés, avec celui qui a été condamné en mars 2006 à 30 ans de prison pour trafic de drogue. Ces conversations, dont l’une d’elles ayant duré 30 minutes, ont eu lieu entre le 23 et 26 octobre 2016. Le jockey a tenté de justifier ces appels, indiquant que Siddick Islam, alias Ner, voulait s’enquérir de « bann nouvel lafami » et se confiait sur « bann diskision avek so madam (NdlR: Naseerah Vavra) ». Le trentenaire a aussi déclaré à la commission avoir effectué deux visites au trafiquant de drogue notoire à la prison. Au tout début de son audition, le jockey exerçant au Champ-de-Mars et qui avait été arrêté en mai dernier dans le sillage d’une affaire d’agression sur un policier, a été interrogé sur ses salaires ainsi que sur les retraits bancaires qu’il aurait effectués. 
Sam Lauthan : 5255****, c’est bien votre numéro de portable ?
Reehaze Hoolash : J’ai perdu ce numéro il y a deux mois.
SL : Vous connaissez Siddick Islam ?
RH : Oui. Il me connaît depuis longtemps. Mais ce n’est qu’en 2014, à la suite d’un mariage que j’ai renoué contact avec lui à travers son épouse ainsi qu’avec le frère de cette dernière. 
SL : Du 23 au 25 octobre 2016, vous avez eu des conversations avec Siddick Islam. Saviez-vous que c’était lui ? 
RH : Oui, je savais que c’était lui. Il avait l’habitude de prendre des nouvelles de la famille et était au courant qu’on organisait des sorties en compagnie de son épouse et du frère de celle-ci avec qui j’étais plus proche. D’ailleurs, depuis que le frère de Naseerah Vavra a quitté le pays en 2015, on ne se fréquente pas autant.
SL : De quoi avez-vous parlé pendant 30 minutes ?
RH : Vous savez, les prisonniers n’ont rien à faire et ils parlent de tout, pour prendre des nouvelles et savoir ce qui se passe avec les proches ainsi que les activités familiales. Je l’ai visité deux fois je crois en prison. 
SL : Saviez-vous que vous n’aviez pas le droit de parler avec les prisonniers ?
RH : Je pensais qu’il avait le droit. 
L’assesseur Ravin Domun prend la relève de Sam Lauthan et poursuit l’interrogatoire du jockey. 
Ravin Domun : Vous nous avez dit que vous avez arrêté de fréquenter l’épouse d’Islam en 2015 mais pourtant les appels datent de 2016…
RH : Oui, il avait des ennuis avec son épouse et m’en faisait part, mais je n’étais pas intéressé à intervenir dans ces problèmes-là. 
RD : Siddick Islam vous a-t-il demandé de parier sur des chevaux pour lui ? 
RH : Non. 
Au tour de Paul Lam Shang Leen de lui demander des précisions sur les montants présents sur ses comptes bancaires. 
Paul Lam Shang Leen : On voit qu’il y a beaucoup de transactions effectuées sur votre compte bancaire. 
RH : Oui. J’effectue des retraits pour jouer au casino au Caudan. 
PLSL : Le 2 août dernier, vous avez obtenu Rs 20 000 cash sur votre compte. 
RH : Je ne m’en souviens plus. 
PLSL : Vous avez la mémoire courte. Le 16 janvier 2015, vous avez versé Rs 22 000. Trois jours plus tard, Rs 10 000. Vous avez aussi des Cheque Deposits de Rs 20 000. Des sommes qui ne correspondent pas aux salaires dont vous bénéficiez des courses hippiques, qui sont de Rs 4 341 par moments. Les jockeys sont mal payés. 
RH : Je prends note des dates et je vais vérifier. 
PLSL : Vous avez aussi des “cash withdrawn” à hauteur de Rs 220 000 ou encore de Rs 205 000. 
RH : J’ai contribué pour que la famille et mon père, s’approprient un terrain. 
PLSL : Vous allez devoir nous produire les documents relatifs aux transactions que vous avez faites. 
RH : Je vous jure que je ne suis pas impliqué dans les affaires de Siddick Islam. Si je savais que j’allais me retrouver dans le box ici, j’aurais joué “away”
PLSL : J’espère que vous n’étiez pas son jockey. 
RH : Je ne suis qu’un jockey aux Champ-de-Mars. 
 
Avant Reehaze Hoolash, le constable Jean-Noel Mestry était convoqué. Le trio PLSL/SL/RD a voulu avoir des détails sur les conversations téléphoniques relevées d’une carte Sim enregistrée au nom du policier. En effet, ces appels se sont déroulés entre le numéro de portable du constable et celui du prisonnier condamné pour trafic de drogue, Curly Chavrimootoo. Les informations disponibles à la commission d’enquête indiquent qu’ils ont été en communication entre le 10 et 15 septembre 2014 en 27 occasions. Les appels étaient de 18 minutes, 20 minutes ou encore de 7 minutes par moments. 
Le policier a nié avoir été en communication avec le prisonnier Chavrimootoo, indiquant le connaître « qu’à travers des articles de presse ». Jean-Noel Mestry a aussi été pressé de questions par les assesseurs au niveau des montants affichés sur ses comptes en banque. Il n’a pu expliquer comment il a pu, à plusieurs reprises, honorer ses différents emprunts alors que ces comptes étaient presque vides. Les deux personnes auditionnées ont deux semaines pour faire parvenir les explications réclamées à la commission.