La reprise des auditions devant la commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, a eu pour conséquence directe de placer deux institutions, soit l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) et la Gambling Regulatoiry Authority (GRA) in the line of fire. Cela ne veut pas pour autant dire que le département de la douane de la Mauritius Revenue Authority (MRA) aura été vacciné contre des infiltrations de la mafia de la drogue. Depuis mercredi dernier, avec une séance à huis clos en vue de procéder à l’audition d’un highly sensitive witness avec pour nom de code George, la commission Lam Shang Leen est passée à la vitesse supérieure vu que les informations sur le modus operandi des trafiquants de drogue devront déboucher sur des développements, qualifiés de majeurs, annoncés dans les prochains jours. Avec la confirmation des détails placés devant la commission par ce témoin, tout semble indiquer que l’ADSU, dans sa structure et sa composition actuelles, devra connaître une importante transformation à la lumière des recommandations dans le rapport officiel annoncé pour la fin de l’année. De son côté, la Gambling Regulatory Authority connaît des secousses au plus haut niveau après le passage de la Chief Executive Officer, Chayan Ringadoo, devant la commission, qui s’est intéressée aux undesirable decisions, pour ne pas dire des décisions controversables, adoptées. Néanmoins, le plus à plaindre demeure le Star Witness-in-Waiting de l’ADSU, Navind Kistnah, qui devra inéluctablement revoir dans le plus bref délai sa stratégie, car le dénommé George l’aura littéralement doublé en termes de révélations sur les rouages et les VVIP avec des connexions politiques bien placées impliquées dans le trafic de drogue.
La séance behind closed doors de la commission Lam Shang Leen de mercredi dernier et un témoin bénéficiant de mesures de haute sécurité, déposant pendant plus de quatre heures d’affilée, avec option de nouvelles séances pour des compléments d’informations, retient l’attention. Mais en fin de semaine, très peu de détails avaient transpiré quant à la teneur de ses révélations. Du côté de la commission, l’on s’appesantit sur le fait qu’une « confidentialité à toute épreuve est de mise car il y va non seulement de la sécurité de ce témoin mais aussi de l’intégrité des side enquiries initiées subséquemment.» À cet effet, des contacts stratégiquement placés ont été établis pour la prochaine étape des opérations dans la lutte contre la drogue envisagées.
Les renseignements en possession de la commission d’enquête constituent, selon des sources bien informées, un « désaveu flagrant » pour un organisme comme l’ADSU, dont la mission première est de traquer les trafiquants de drogue en vue de les mettre hors d’état de nuire. Le président de la commission d’enquête sur la drogue attend le retour de mission à l’étranger du directeur général de l’ADSU, Choolun Bhojoo, en vue de reprendre à haut niveau « des aspects délicats dans la lutte contre la drogue », surtout à la lumière des aveux du témoin George, dont la sécurité représente une préoccupation majeure. « Il est inconcevable que l’ADSU, qui assure en permanence la surveillance et le monitoring sur le terrain de la lutte contre la drogue, ait pu passer à côté des détails versés dans le dossier de la commission. Il y a matière à se ressaisir du côté de l’ADSU, au risque de se diriger à court terme vers un démantèlement à l’image des réseaux de drogue », confie-t-on dans des milieux autorisés, visiblement agacés par les derniers développements.
En tout cas, que ce soit du côté de l’ADSU ou du National Security Service (NSS), l’on est sur le qui-vive, avec la tension atant montée d’un cran quant au prochain move de la commission d’enquête sur la drogue. D’ailleurs, la séance à huis clos de mercredi dernier a pris plus d’un par surprise. Et pire, les prima facie documentary evidence de George partagées avec la commission sont jalousement gardées, sauf que trois VVIP pourront difficilement se cacher derrière la couverture des allégations pour se tirer d’affaire lors de la prochaine convocation. Les révélations de leur implication dans le trafic de drogue étant des plus directes. Dans les prochains jours, ce témoin choc de la commission, qui a déjà fait ses preuves en termes de credibility test, devra se lancer dans un autre exercice d’envergure pour apporter la preuve que « he means business » et qu’il n’est nullement question de marchandage.
Sur un autre plan, l’audition de Chayan Ringadoo, mardi dernier, a ébranlé la Gambling Regulatory Authority. Elle n’a pas eu la partie facile devant le feu roulant de questions des membres de la commission, dont entre autres cette cinglante réprimande du Dr Ravin Dhomun à l’effet que « you are defeating the GRA’s purpose concerning money laundering. » Elle a aussi dû à répondre aux questions de l’ancien juge de la Cour suprême au sujet des undesirable decisions, qui sont entérinées par le board, notamment en ce qui concerne l’octroi des permis ou le contrôle des maisons de jeu, considérées comme des lieux de prédilection pour des opérations de blanchiment de fonds. La directrice générale de la GRA ne manquera pas de souligner ouvertement que « nous avons constaté que certains parieurs, et ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent, misent toujours très gros sur les chevaux ayant la cote la plus forte. »
Haute tension
Tout comme au sein de la commission, la performance de la GRA en matière de lutte contre le blanchiment aura suscité des interrogations, le passage de Chayan Ringadoo à la commission n’aura pas été vu d’un bon oeil au sein de cette même GRA. Des tentatives en vue d’obtenir le verbatim de la déposition de Chayan Ringadoo, pour avoir le coeur net, auraient échoué lamentablement, l’ancien juge de la Cour suprême affirmant n’avoir aucun compte à rendre, sauf à la présidence de la République, à la fin des travaux. C’était en fin de semaine en guise de réponse à une demande formulée en ce sens.
De son côté, Navind Kistnah, en détention à l’ADSU depuis bientôt sept mois après la série de trois saisies d’héroïne de 157 kilos dans le port en mars dernier, pourrait se transformer en collateral damage de la première série de révélations du témoin George. La reprise de son interrogatoire par les hommes du Deputy Commissioner of Police Bhoyjoo est prévue pour mardi prochain, après un break relativement long. À la tête de la hiérarchie de l’ADSU, l’on s’attend à voir ce suspect, qui prétend collaborer à l’enquête en vue démanteler ce réseau de trafic de drogue via l’Afrique du Sud, passer à l’étape supérieure avec des dénonciations de première main au lieu de l’attitude de retenue dont il a fait preuve jusqu’ici.
Mais la question à laquelle devra répondre Navind Kistnah est de confirmer si son nom pourrait figurer sur la liste soumise par le témoin choc de la commission Lam Shang Leen. D’aucuns affirment que Navind Kistnah aura été dénoncé dans trois cas spécifiques d’importation d’héroïne avec des détails précis fournis. Mais en raison des consignes de confidentialité renforcées depuis mercredi, aucune confirmation de ce détail n’était disponible, à moins que mardi prochain il ne décide de « come clean » pour sauvegarder ce qui lui reste comme chances de bénéficier d’une immunité pour les procès de drogue à venir.
Ce qui est sûr, c’est que les prochains rendez-vous devant la commission Lam Shang Leen devront se dérouler sous haute tension en raison de l’agenda des plus délicats, que ce soit en termes de calibre des personnalités convoquées ou des dossiers abordés.