Une première réunion tripartite sur la compensation salariale se tiendra ce mercredi. Contrairement aux années précédentes, ce rendez-vous annuel débutera par une rencontre préparatoire présidée par le ministre du Travail, Soodesh Callychurn, et non le ministre des Finances. La coïncidence de cet événement, avec les nouvelles mesures concernant la Negative Income Tax et le rapport sur le salaire minimal, éveille des soupçons chez les syndicalistes. « La compensation salariale est un sujet différent et doit être payée à tous », disent-ils.
À deux jours de la première rencontre tripartite, les différentes centrales syndicales n’ont pas encore arrêté de chiffre concernant la compensation salariale. Ils y travaillent maintenant ou attendent les derniers chiffres du bureau des statistiques. Toutefois, tous s’accordent à dire que le “timing” laisse planer « quelques doutes », car la tenue de la première réunion tripartite a été annoncée en même temps que le rehaussement du seuil pour la Negative Income Tax, passant ainsi de Rs 10 000 à Rs 20 000, alors que le rapport sur le salaire minimum est aussi attendu cette semaine. 
Rashid Imrith, président de l’All Employees Confederation, qui relève ces coïncidences, insiste pour qu’une “full compensation” soit accordée à tous les travailleurs. « La compensation salariale n’est pas une augmentation de salaire. Elle vient compenser l’érosion du pouvoir d’achat. Tout le monde est donc concerné. Cela n’a rien à voir avec le salaire minimum ou la Negative Income Tax. Je dirai même que le gouvernement doit accorder une augmentation uniforme à tous les travailleurs comme cela a été le cas en 2015, où tout le monde avait perçu Rs 600. »
 
« Compensation pour tous »
 
Ce dernier dit également noter que le seuil pour la Negative Income Tax est passé de Rs 10 000 à Rs 20 000. « Ce qui est une bonne chose qui va dans la même direction que nos recommandations faites plus tôt. Pour nous, ce chiffre de Rs 20 000 doit également être indicatif du salaire minimum. Jusqu’ici, le président du National Wage Consultative Council avait avancé un chiffre fictif de Rs 8 000 », indique-t-il.
De même, ajoute Rashid Imrith, le chiffre de Rs 20 000 devra également servir de référence pour déterminer la compensation salariale. « J’insiste sur le fait qu’il faut une compensation pour tous car on ne peut pénaliser la classe moyenne. » Le syndicaliste précise que la décision d’accorder une compensation salariale est une décision politique avant tout. « Bien sûr, il y aura une réunion technique où on viendra nous exposer tous les chiffres, mais la décision doit se prendre au niveau politique. Le fait que le ministre des Finances soit aussi Premier ministre est une raison de plus pour insister sur une décision politique car il faut ramener le “feel good factor” dans le pays. »
Narendranath Gopee insiste, lui aussi, pour qu’il n’y ait pas d’amalgame entre la compensation salariale, la Negative Income Tax et la compensation salariale. « Autrement, on est en train de noyer le poisson. L’inflation concerne tout le monde. Pour mercredi, nous écouterons ce qu’on a à nous dire. C’est lors de la deuxième réunion, en présence de Pravind Jugnauth, que nous allons défendre le dossier », disent-ils.
Ashok Subron, de la GWF, dit lui aussi attendre le comité technique avant de se prononcer sur un chiffre. Comme les autres syndicalistes, il souhaite que la Negative Income Tax ne soit pas mêlée aux débats. « La Negative Income Tax est un attrape-nigaud où on est en train de prendre l’argent de l’ensemble des travailleurs pour subventionner le patron. La compensation salariale est un droit. » Il estime également que Pravind Jugnauth doit assumer ses responsabilités et rappelle qu’il avait promis le salaire minimum peu après les élections. « Cela fait déjà trois ans qu’on attend et on entend maintenant parler de consensus. C’est le signe qu’il est en train de courber l’échine devant l’élite économique. » Ashok Subron souhaite que le mouvement syndical s’élève d’une même voix devant la situation.
 
«… surtout pour écouter »
 
Abondant dans le même sens, Radakrishna Sadien, de la GSEA, insiste sur la nécessité d’une compensation pour tous les travailleurs. « On ne peut se servir de la stratégie de la Negative Income Tax ou du salaire minimum car il y a beaucoup de travailleurs qui font des sacrifices dans ce pays. L’érosion du pouvoir d’achat touche tout le monde. » Ce dernier ne manque pas de souligner lui aussi que tous les événements coïncident. « C’est peut-être une tactique pour éviter la compensation salariale. La première aurait dû se tenir depuis fin octobre d’ailleurs. »
Jane Ragoo, de la Confédération des Travailleurs du Secteur privé, affirme pour sa part qu’elle ira à la rencontre mercredi, « surtout pour écouter ». « Il ne faut pas oublier qu’il y a le rapport sur le salaire minimum qui est aussi attendu, en plus des initiatives pour la Negative Income Tax. C’est à la lumière de tout cela que nous prendrons une décision et avancer un chiffre. » Elle ne manque pas de souligner que le comité tripartite « n’est qu’un show ». « Malheureusement, c’est le seul moyen que nous avons pour faire entendre notre voix. »
Atma Shanto, de la FTU, dénonce le fait que le ministre des Finances sera absent de la première réunion. « C’est le ministre du Travail qui présidera la réunion, alors que cela a toujours été le ministre des Finances. C’est une indication qu’on est en train de banaliser ce comité ou qu’on veut tout simplement le démanteler, comme le préconise le patronat. » Le gouvernement ayant planifié deux réunions seulement, Atma Shanto se demande si ce n’est pas un exercice qu’on tient uniquement « pour la galerie ».