« Insuffisante et injuste ». C’est ainsi que le leader de l’opposition et du MMM a qualifié la compensation salariale décidée par le gouvernement dans la mesure où ceux qui sont au bas de l’échelle pouvaient aspirer à obtenir davantage et que ceux qui touchent plus de Rs 30 000 ont été « complètement ignorés ». Ouvrant sa conférence de presse sur ce thème, hier, Paul Bérenger s’est, par ailleurs, déclaré « bien inquiet » que le Premier ministre n’ait annoncé qu’une compensation de Rs 204 seulement pour les pensionnés, alors que les petits salariés ont, eux, obtenu Rs 330.
Aussi, il a demandé que le prochain budget fasse une provision adéquate pour les bénéficiaires d’allocations sociales comme les pensionnés, les veuves, les orphelins et les handicapés. Et bien qu’il déclare considérer la compensation comme étant « insuffisante », il a néanmoins déclaré que cela aura un impact sur les petites et moyennes entreprises et a demandé qu’un effort spécial soit fait dans le prochain budget pour ce secteur d’activités à un moment où la crise en Union Européenne les frappe directement. Demande aussi que les barèmes de l’Income Tax soient revus par au moins 10% dans le budget à venir, afin que ce qui a été accordé comme compensation ne soit pas récupéré par la taxe sur le revenu. A l’heure des questions, il a invité les autorités à écouter les solutions que proposent les PME pour sortir de la crise et à considérer aussi les difficultés auxquelles les classes moyennes sont confrontées.
Replaçant les chiffres dans leur contexte, le leader de l’opposition a aussi rappelé que la dernière compensation salariale, celle de 2011, avait été calculée et payée sur la base d’une estimation du taux d’inflation de 2,7% pour 2010 et qu’elle a finalement été de 2.9%, tandis que le taux pour 2011 a été chiffré à 6,6%. Et pour rester dans le même registre, le MMM, a dit Paul Bérenger, dénonce « le langage insultant et menaçant du ministre Shakeel Mohamed, ‘on all people’ un ministre du Travail », à l’encontre des syndicats.
Le manque de volonté politique du PM
Venant à la réforme électorale et sa rencontre d’une heure avec le professeur Guy Carcassonne durant la semaine écoulée, le leader de l’opposition a dit que c’est lui qui a évoqué la deuxième république avec le visiteur et qu’il lui a fait comprendre que le pays n’a pas besoin d’experts, mais que ce qui manque, c’est la volonté politique du côté de Navin Ramgoolam pour mener à bien cette réforme. Il a profité pour rappeler que le MMM, le PTr et le MSM, sont arrivés très loin dans leurs discussions entre eux sur cette question même s’ils ne sont pas d’accord sur tout.
Paul Bérenger a évoqué les quatre systèmes électoraux qui existent à travers le monde, ceux en cours en Grande-Bretagne et à Maurice même, le First Past The Post ou le Winner takes all, ce qui est à un extrême et, à l’autre, la proportionnelle intégrale comme pratiquée en Afrique du Sud et en Israel où l’on obtient le nombre de députés qui est en exacte adéquation avec le nombre de suffrages recueillis, que ce soit 4%, 5% ou 10%. Entre ces deux systèmes, a-t-il expliqué, un troisième où c’est le 50/50, 50% de représentants par circonscription et 50% selon la proportionnelle et, enfin, un quatrième, qui est de deux tiers désignés par les circonscriptions et un tiers par la désignation proportionnelle comme cela a cours aux Seychelles et au Sénégal.
Le leader de l’opposition a aussi rappelé que la commission Sachs s’était prononcée en faveur du deux tiers/un tiers tout comme le MMM et le PTr, soit la désignation de 30 députés à la proportionnelle, tandis que le MSM, lui, s’est prononcé pour un nombre de 20. Paul Bérenger a révélé que le professeur Carcassonne lui aurait signifié qu’il est contre la formule de deux tiers/un tiers et qu’il n’est pas difficile de prévoir que l’expert auquel Navin Ramgoolam a fait appel, de même que ses deux compères étrangers, vont proposer 10 élus à la proportionnelle, ce qui est une « toute petite dose de proportionnelle ». « On perd du temps, alors que ce qui manque, c’est purement et simplement la volonté politique pour procéder à la réforme électorale », a commenté Paul Bérenger.
Dans d’autres commentaires formulés à l’invitation de la presse, Paul Bérenger a certes reconne que le professeur Carcassonne est un grand expert constitutionnel, tout comme ses deux autres collègues britannique et espagnol, désignés par le Premier ministre, mais il a aussi souligné que Maurice a son histoire et ses spécificités, à l’instar du Best Loser System et qu’il ne fallait pas recourir à des experts pour réaliser une réforme électorale. Si le travail de ces experts, dont les recommandations sont attendues d’ici décembre, va aider le pays, tant mieux, a déclaré le leader de l’opposition, qui n’en a pas moins insisté sur le fait qu’il n’est pas « optimiste » quant à l’issue de ces travaux qui, pour lui, sont une « perte de temps ». Il n’a d’ailleurs pas trouvé étonnant que Rama Sithanen, lui-même, ait déploré que l’on revienne à la case départ.
Le recours à des experts étrangers a aussi été analysé sous un autre angle par le MMM. Son leader a, à cet effet, évoqué « un piège que tendrait le Premier ministre à l’opposition visant à l’endormir pour après organiser des élections générales entre décembre et février », mais il a dit que son parti a déjà pris les précautions et que, dès samedi dernier, lui et ses plus proches collaborateurs ont déjà commencé à plancher sur la liste des candidats et la mise à jour du programme électoral. Quant à l’affirmation faite par Navin Ramgoolam, vendredi, à l’effet qu’il n’y aura pas d’élections anticipées, le leader du MMM a déclaré que « se pas li ki décidé, si li perdi so majorité, li oulé li pa oulé, pou éna élections anticipées ».
Il a d’ailleurs maintenu qu’il y a « une demi-douzaine de membres de la majorité qui sont mécontents et mal à l’aise avec la situation actuelle marquée par l’arrivée des transfuges, la corruption, la politique des petits copains », comme l’illustre, dit-il, le dernier cas de la nomination de Baraj Narroo à la présidence du CEB, ce qui, soutient-il, est révélateur de la « panique » dans laquelle est Navin Ramgoolam. C’est dans la même perspective qu’il a situé la toute dernière nomination de Christian Léopold comme PPS.
Interrogé sur les déclarations de la députée Aurore Perraud, indiquant qu’elle était sollicitée par le MMM, Paul Bérenger a répondu avoir noté qu’elle est restée discrète sur l’identité de ceux qui l’ont soi-disant approché et a dit ne pas être étonné que des personnes aient eu vent du « malaise » qu’elle a exprimé. Quoi qu’il en soit, le leader de l’opposition a estimé que la manière dont elle-même et sa colistière Mireille Martin se comportent « pa fer honneur à bann femmes ».
Quant aux propos tenus, cette semaine, par Arvin Boolell souhaitant une reprise du dialogue entre le Premier ministre et le leader de l’opposition sur la réforme électorale, le leader de l’opposition a précisé que le MMM s’est toujours bien entendu avec celui qui est qualifié de « pur sang travailliste », mais qu’il reste à savoir ce que le ministre a véritablement en tête. Paul Bérenger a même évoqué l’émotion qu’avait exprimé Arvin Boolell en 1997, lorsqu’il avait été révoqué du gouvernement et que le MMM avait quitté l’alliance avec le PTr. Toujours est-il que le leader de l’opposition a, une nouvelle fois, exclut toute alliance avec le PTr, tout comme il a répété qu’une alliance n’a pas été discutée avec le MSM.
Le mot de la fin du leader de l’opposition a été pour Madagascar et cet accord obtenu aux petites heures, hier matin, entre tous les partis pour une feuille de route qui inclut le retour de l’ancien président Marc Ravalomanana.