À huit semaines de la présentation du budget 2014 à l’Assemblée nationale, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, donnera mercredi le coup d’envoi aux négociations tripartites pour le paiement d’une éventuelle compensation salariale à partir de janvier 2014. Cette prochaine édition des tripartites touchera exclusivement le secteur privé car, avec la mise à exécution des recommandations de l’Errors and Anomalies Commission de Dev Manraj, les fonctionnaires et employés des corps para-étatiques ne peuvent prétendre à une compensation salariale en janvier prochain. Néanmoins, les négociations s’annoncent rudes avec le patronat affi chant déjà la couleur. Du côté du Joint Economic Council (JEC), la position initiale favorise le processus de collective bargaining tout en rejetant l’approche de one size fi ts all.
La riposte syndicale ne se fera pas en douceur avec la Confédération Syndicale du Secteur Privé (CTSP) de Reaz Chuttoo et la General Wokers Federation (GWF) d’Ashok Subron repoussant d’un revers de la main la proposition patronale.
La réunion de mercredi devra permettre au vice-Premier ministre et ministre des Finances de tâter le pouls des partenaires sociaux par rapport au quantum de la prochaine compensation salariale. La tactique que pourrait adopter le Grand argentier lors de ce round d’observations est de laisser venir les syndicalistes tout en rappelant les répercussions de la crise économique dans la zone euro sur des secteurs comme le tourisme ou encore les exportations, sans oublier la mauvaise passe que traverse l’industrie du bâtiment.
Dans les couloirs du ministère des Finances, l’on avance en prélude aux tripartites qu’il ne faudra pas s’attendre à voir Xavier-Luc Duval dévoiler toutes ses batteries budgétaires d’entrée de jeu. Un des enjeux économiques majeurs qui devra retenir l’attention dans le cadre des préparatifs budgétaires concerne le niveau des investissements dans le pays depuis le début de cette année.
Les statistiques publiées en fi n de semaine par la Banque de Maurice au sujet du Foreign Direct Investment (FDI) pour le premier semestre de 2013 font actuellement l’objet d’étude au ministère des Finances. Les Rs 4,7 milliards d’investissements directs étrangers représentent une hausse de Rs 700 millions par rapport à la période correspondante l’année dernière. Le FDI pour le secteur de l’immobilier, dont l’Integrated Resort Scheme (IRS), est de l’ordre de Rs 2,9 milliards, soit la part du lion.
Les investissements directs étrangers générés par les autres secteurs sont sous la barre de Rs 1 milliard, soit Rs 632 millions pour la construction et Rs 483 millions dans la fi lière des fi nances et des assurances. L’année dernière, les fi nancial and insurance activities avaient contribué Rs 4,3 milliards en une année sous forme de FDI. Une mauvaise performance du secteur des fi nances et des assurances pourrait avoir des répercussions néfastes sur le volume global de FDI comme ce fut le cas en 2011, soit en dessous des Rs 10 milliards.
Du côté du patronat, les résultats d’un récent survey organisé par la Mauritius Employers Federation (MEF) pourraient être présentés en guise d’introduction à la situation dans les entreprises lors des tripartites. Depuis ces derniers mois, des compagnies privées ont été sondées sur les perspectives de croissance dans leurs différents secteurs au cours des prochains six mois aussi bien que de leur capacité à fi nancer toute éventuelle augmentation salariale.
L’argumentation que comptent développer les représentants du patronat à l’ouverture des tripartites est axée sur le fait que “during the last four years, the Mauritian economy has underperformed. Growth has been below the initial target and even this year we started with 4% and now we are at 3,2% and we may well end the year with a bare 3%.” Cette analyse tient en ligne de compte des prévisions “d’une croissance économique mondiale extrêmement fragile.”
Déterioration palpable
“Le fait brutal est que dans tous les secteurs économiques, la croissance est moins conséquente qu’il y a quatre ans sauf dans le Seafood Hub, où la contribution au Produit intérieur brut est de 1,5%. La détérioration est palpable dans le secteur de la construction avec une décélération de 6,7% et pouvant même atteindre 9%. 2014 ne s’annonce nullement mieux dans ce même secteur. Les investissements sont toujours en berne”, poursuit un porte-parole du secteur privé s’appuyant sur des réactions recueillies auprès des opérateurs économiques qui se préoccupent également de la dégradation du Current Account Deficit.
“La plus grande inquiétude se situe au niveau de la montée du chômage. Nous sommes déjà au-dessus de la barre de 8% avec un taux de chômage de 27% parmi les jeunes. Ce dernier est l’un des défi s majeurs dans la conjoncture mais l’une des contradictions sur la voie de la réforme économique se résume à un manque de cohérence entre les aspirations de Maurice en tant que high income economy et les actions de réforme incontournables”, soutient-on dans le privé en soulignant que même si Maurice a grimpé de neuf places au Global Competitiveness Index du World Economic Forum, la notation allouée à Maurice est restée la même.
“Pour intégrer la catégorie de high income economy, Maurice doit être en mesure d’intégrer le groupe des Top Ten dans le classement d’Ease of Doing Business. Ce n’est pas le cas actuellement. Et quid de l’innovation et du red tape de la bureaucratie”, avance-t-on dans ces mêmes milieux, affirmant que le message sera transmis à qui de droit au moment opportun.
Au sujet de la question de la compensation salariale, la position du patronat se défi nit comme suit : “Nous privilégions le mécanisme du collective bargaining au lieu de la formule de one size fi ts all. Le facteur déterminant est la capacity to pay des entreprises.” Le porteparole du secteur privé maintient que “même si certaines compagnies sont en mesure de payer une compensation salariale, un plus grand nombre fait face à des diffi cultés. En plus de cela, le taux d’infl ation est inférieur à 5%.” “
L’économie est actuellement dans une phase de transition et il ne faut pas mettre en danger le secteur fragile des PME avec ses 54% des emplois disponibles. La solution idéale passe par le collective bargaining car il ne faut pas oublier que la contribution du secteur privé au PIB est de 80%, de 79% des emplois et 73% des investissements”, conclut-on du côté du patronat.