La prochaine réunion plénière du comité tripartite étant fixée à mardi, les négociations engagées en vue de déterminer le quantum de la compensation salariale payable à compter du 1er janvier prochain abordent un tournant crucial. En attendant ce rendez-vous majeur, la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), réclamant une compensation de Rs 500 et l’introduction d’un “direct Income Support Fund”, a réuni ses troupes dans les rues de Rose-Hill hier pour une manifestation. De son côté, le front commun syndical, regroupant sept confédérations syndicales sous la houlette de la CSG-Solidarité, présente sept raisons capitales en vue de justifier la demande d’une compensation dans la fourchette de Rs 500 à Rs 1 000 à l’intention de l’intégralité des travailleurs. D’autre part, à la veille de ces débats animés, la tension monte entre les syndicalistes et le ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, suite aux déclarations de ce dernier accusant les représentants des travailleurs de “politiser” le dossier de la compensation salariale.
À environ 72 heures de la réunion du comité tripartite, présidée par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, la CTSP a tenu un ultime rassemblement en vue permettre aux travailleurs en général de situer l’importance des étapes à venir dans le cadre des négociations pour définir le taux de la compensation salariale. « Cette manifestation avait comme objectif de dénoncer les conditions de travail précaires à Maurice, dont la question de salaires. Actuellement il y a une contradiction flagrante en ce qu’il s’agit de la compensation salariale. L’année dernière, suite à une demande de la CTSP, le gouvernement était d’accord pour ouvrir des discussions triparties en 2013 en vue d’un salaire minimal social. Me ziska zordi narye pa finn fer. Le gouvernement revient cette année en adoptant une fois de plus un vieux système pour établir le quantum », déplore Reaz Chuttoo, de la CTSP, dans une déclaration à Week-End après la manifestation.
Dans la conjoncture, la CTSP réclame une compensation salariale de l’ordre de Rs 500 à l’intégralité des travailleurs et l’introduction d’un “direct Income Support Fund” pour ceux au plus bas de l’échelle. « Nous estimons que le salaire social est de l’ordre de Rs 13 675. Donc, d’après nos études, une compensation de Rs 500 sera appropriée. Mais pour ceux touchant moins de Rs 3 975, la situation est complètement différente. Ces travailleurs font face à une réelle pauvreté et ne peuvent prétendre à un pouvoir d’achat. Donc, sans pouvoir d’achat nous ne pouvons calculer la perte du pouvoir d’achat de ces travailleurs. Par conséquent, nous réclamons la mise en place d’un direct Income Support Fund pour venir en aide à cette catégorie de travailleurs », poursuit le syndicaliste, qui prévient que d’autres manifestations suivront si la CTSP n’obtient pas satisfaction.
“Signes de panique”
Si du côté de la CTSP les attaques contre le gouvernement se font sur un ton relativement “cool”, le le ton est monté d’un cran entre les représentants du front commun syndical et Xavier-Luc Duval. Certaines déclarations publiques du ministre des Finances dernièrement devaient mettre le feu aux poudres avant le rendez-vous de mardi. Dans les rangs des syndicalistes, on affirme que ce sont des signes de panique de la part du grand argentier. « Xavier Duval panique après l’échec dans sa stratégie de divisionnisme avec le soutien de certains syndicalistes. Maintenant que la quasi totalité des mouvements syndicaux, à l’exception de la CTSP, se sont réunis autour de la CSG-Solidarité, le ministre des Finances déroute », déclare le syndicaliste Ashok Subron à Week-End. « La compensation salariale dépend effectivement d’une question politique affectant 550 000 travailleurs. Donc, dans ce cas de figure, il est normal que le mouvement syndical fasse de ce issue une affaire politique », affirme Ashok Subron.
En marge de la rencontre de mardi, le front commun syndical a transmis ses recommandations, placés sous le thème “for a transition towards a decent national minimal wage”, au ministre des Finances et au leader de l’opposition, Paul Bérenger. Les syndicalistes font d’abord remarquer que leurs propositions font suite à des informations communiquées par le Comité technique au cours des séances de ces dernières semaines et ayant trait à la perte de pouvoir en 2013 et les 10 dernières années, la valeur du panier de la ménagère, les dépenses moyennes des familles mauriciennes et l’inégalité des revenus pour ces trois enquêtes. Dans la conjoncture, le front commun syndical — constitué de la Confédération Syndicale de Gauche-Solidarité (CSG-Solidarité), la Confederation of Independent Trade Unions (CITU), la National Trade Union Confederation (NTUC), la Confederation of Free Trade Unions (CFTU), la Mauritius Trade Union Confederation (MTUC), le Mauritius Labour Congress (MLC) et la Fédération des Syndicats du Service Public (FSSP) — réclame une compensation salariale de Rs 1 000 pour ceux touchant moins de Rs 5 660 par mois, tant dans le secteur privé que public.
Les échanges au cours de l’assemblée générale spéciale des délégués syndicaux, jeudi à Port-Louis, a également débouché sur une demande d’une compensation de Rs 500 pour ceux touchant plus de Rs 13 330.
Les raisons du front commun syndical
En vue de justifier le barème de Rs 500 à Rs 1 000, les représentants des travailleurs s’appuient sur sept raisons clés, dont le salaire minimum national. « One of the two references to determine the salary compensation is the threshold upon which to apply the rate of increase in the cost of living. We are of the view that the threshold itself should be based on a reference national minimal salary, which we estimate at Rs 13,330. By using a national minimal wage as a reference for the payment of a salary compensation in 2014, the country will create the necessary transition towards addressing on the one hand weakening of purchasing power of the majority of employees, specially in the private sector, and on the other hand addressing the widening and worsening of income revenue gap witnessed during the last 15-20 years », expliquent les membres du front .
Ces derniers ajoutent que leur estimation de Rs 13 330, comme référence d’un salaire minimum, se fonde sur plusieurs indicateurs. « The survey conducted by the CSO estimates the poverty line for an average household to be Rs 13,330. The government itself has established other references of minimum salaries : the ceiling for NPS payment by employers in the private sector is Rs 13,470, the ceiling for income tax payment is Rs 20,769.23. Furthermore, the CSO has established that the average income per income earner per household was Rs 14,680 and the average expenditure per income earner was Rs 11,965 in 2012. The average of the averages of income and expenditures leads to the Rs 13,322.50 », ajoutent-ils.
Plus loin dans le document, les syndicalistes affirment que le seuil de Rs 13 330 aurait dû, objectivement, être basé sur la valeur du coût du panier utilisé par Statistics Mauritius pour déterminer la hausse mensuelle et annuelle du coût de la vie. « If the basket is deemed appropriate for various scientific reasons by CSO, it means that the basket contains the basic necessities and the pattern of consumption of the average Mauritian family (households). A reasonable mythology of salary compensation would have been to index the rate of inflation to the current cost value of the basket and to grant an automatic grant of a uniform salary compensation to all workers every year. It is clear that the methodology of salary compensation applied in the last 20-30 years has lead to under-compensation of the a great proportion of the labour force », écrit le front commun syndical.
L’autre raison sur laquelle s’appuient les syndicalistes : les chiffres alarmants révélés par Statistics Mauritius dans la dernière enquête sur le budget des ménages pour 2012 avec la confirmation que la tendance dans l’inégalité des revenus s’est aggravée de 2006 à 2012. Le “GINI Coefficient”, qui est l’un des indicateurs de mesure de l’inégalité des revenu, s’élevait à 0,388 en 2006 et est passé à 0.413 en 2012.
Patronat : entre Rs 200 et Rs 250
Par rapport à 1996, lorsque le coefficient de Gini était de 0,387, les chiffres, selon les syndicalistes, démontrent que l’inégalité sociale est désormais à son plus pire niveau pour les 20 dernières années. De son côté, le partage de la richesse, attribué à 20% de la “poorest section of the population”, est en déclin. En 2006, le partage était de 6,1%, alors qu’en 2012 il est descendu à 5,4%, ce qui est la proportion la plus faible depuis 20 ans. En revanche, le partage de la richesse “appropriated by the top 20% of the population” est en augmentation. Il est passé à 47,4% en 2012, comparativement à 45,6% en 2006 et 44,2% en 1996. Dans des analyses plus profondes, le front commun syndical avance que le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté est en augmentation. La proportion de personnes pauvres a augmenté de 8,5% en 2006-07 à 9,8% en 2012, le nombre de personnes pauvres passant ainsi de 104 200 à 122 400. Par rapport à 2001, alors que le pourcentage de personnes pauvres était de 8,2%, les chiffres montrent que le niveau actuel de pauvreté est à son pire point à Maurice depuis 20 ans. En outre, plus de 20% des ménages (68 200 ménages) gagnent un revenu inférieur au seuil de pauvreté des ménages (Rs 13 300) établie par Statistics Mauritius pour un ménage moyen comprenant 2 adultes et 2 enfants âgés de moins de 16 ans.
La Mauritius Employers Federation souhaite de son côté le paiement d’une compensation de Rs 200 pour ceux touchant jusqu’à Rs 6 500, une compensation de 2,8 % pour ceux touchant entre Rs 6 501 et Rs 8 900 et une compensation de Rs 250 pour ceux touchant entre Rs 8 901 et 20 000. Dans la conjoncture, la MEF lance un appel aux entreprises qui ont les moyens de faire un effort en accordant une compensation en fonction de leur capacité. Cependant, le patronat ne s’est pas prononcée sur les salaires dépassant Rs 20 000. Les représentants des employeurs affirment que la situation économique est plus difficile cette année. La MEF soutient que, l’année dernière, le PIB était de 3,3 %, l’inflation de 4,3%, l’investissement de -0,8% et le chômage de 8,1 %. Permettant, selon elle, le paiement d’une compensation de Rs 300 pour ceux touchant jusqu’à Rs 7 000, de 4,3 % pour la tranche variant entre Rs 7 000 et 8 000 et Rs 345 pour ceux touchant plus de Rs 8 000. Cette année, le PIB est à 3,2 %, l’inflation à 3,7 %, l’investissement -0,1% et le chômage à 8,3 %.