Pour la première édition du Festival Villas Caroline Musique des îles, l’établissement hôtelier de Flic-en-Flac a présenté, durant deux jours, vendredi et samedi dernier, à ses convives, des artistes de talent — mauriciens aussi bien que réunionnais — qui ont donné un concert d’une belle facture. Parmi ces artistes le public ont apprécié ceux qui brillent déjà sur la scène locale et réunionnaise, comme Damien Elisa, Tritonik, Karen Laridain, Fusional Mind, Hans Nayna, Robin et Lorkes Tapok. Mais la voix et la présence scénique d’une jeune chanteuse auront retenu l’attention de plus d’un amateur de musique…
Le talent n’attend pas le nombre des années, dit-on. Emelyn — de son vrai nom Emelyne Marimootoo — avait tout pour séduire le public. Arborant fièrement des dreadlocks, la jeune chanteuse, 21 ans, n’est pas encore une chanteuse populaire, certes, mais elle déjà connue et reconnue par des professionnels : n’a-t-elle pas un peu cela dans le sang, étant une des cousines éloignées d’une grande figure de la musique à Maurice, Alan Marimootoo ?
Le public de la Villas Caroline, en tout cas, a été d’emblée conquis par la voix de celle qui chante ce qui la dérange, ce qui l’attriste, qui compose ses textes (car elle n’est pas qu’interprète) afin d’attirer l’attention sur des faits sociaux qui la dérangent, aussi bien que sur notre patrimoine culturel sans cesse menacé, sur l’esclavage et le mauricianisme, mais aussi, plus intime, comme le single « Lao » qui parle de la perte d’un être cher…
Elle et son groupe de musiciens aiment l’éclectisme, sachant déjà qu’en musique le moyen sur de durer, c’est de toujours se renouveler, évoluer en symbiose avec d’autres styles et influences, pour créer son propre style. Aussi, aux sonorités de la ravanne, maravanne, triangle, se mêlent, harmonieusement, les accords d’une guitare électrique qui ne détonnent pas, d’autant que c’est ceux de Manu Desroches, accompagnateur d’Eric Triton !
« J’ai toujours rêvé de pouvoir faire de la musique mon métier »
Si ses prestations sont très prisées, c’est par son talent autant que par sa simplicité. Qualité rare dans le milieu de la musique à Maurice où chaque racleur de guitare se prend pour Bob Marley… Née dans une famille exerçant le métier de journaliste et d’enseignant, Emelyn compte aussi des parents d’artistes. Cette habitante de Pointe-aux-Sables se trouvait devant un choix cornélien.
Très jeune encore, attirée déjà par les Sirènes de la musique, elle pratique tout naturellement le chant et la danse. « Je me souviens encore que, quand j’avais à peu près 5 ans, mes journées se résumaient à écouter des cassettes en boucle, danser et chanter. Au collège, je participais à tous les ‘music day’ sans exception. J’ai toujours rêvé de pouvoir faire de la musique mon métier. Après mes études secondaires, je n’ai pas voulu m’inscrire tout de suite à l’université pour ne pas me conformer à la norme. Ainsi, durant trois ans, j’ai voyagé, découvert d’autres univers. Je sortais aussi pour aller dans des « jams » autour de l’île. Je jouais et chantais un peu partout pour gagner mon argent de poche». Elle suit aussi des cours de danse contemporaine sous la houlette de Jean-Renat Anamah.
Son aventure musicale commence, dit-elle, vers l’âge de 17 ans. «Je chantais un peu partout dans les bars pendant le week-end et parfois même après les heures de classe. Avec des amis, on faisait des reprises tout en essayant d’y apporter un peu d’originalité. »
«Je n’oublie pas mes racines»
Sa musique, Emelyne Marimootoo la décrit comme de la world music.  « Avec mon groupe, on utilise des instruments du séga tipik, ravanne, maravan, triangle, mais aussi la guitare, la calebasse, etc. Donc, on peut dire que c’est un mélange du séga modernisé avec des influences africaines aussi bien qu’occidentales pour accompagner mes textes engagés». Elle dit avoir choisi le séga tipik parce que «je trouve cela magique de jouer de ces instruments traditionnels qui nous relient directement à nos ancêtres, aux esclaves. Lorsqu’on joue du séga tipik, c’est comme voyager dans le temps… C’est aussi la lutte pour la continuité de quelque chose, de la culture d’une musique qui n’est pas assez valorisée, la lutte pour que chaque Mauricien comprenne ce qui est important et qui doit être préservé», dit-elle.
Ses influences, elle en compte beaucoup. «Sur la scène locale, il y a Menwar, Eric Triton, Richard Beaugendre, Kaya. Il y a aussi Oumou Sangare, Ali Fakar Toure, Danyel Waro, Norah Jones, Susheela Raman et tant d’autres »…
Elle dit ne pas être branchée compétition. « Ce n’est pas du tout mon truc. » Comme beaucoup, elle croit que des chanteurs de talent obtiennent une bonne visibilité et audition par le biais des réseaux sociaux.
En attendant, Emelyn consacre son temps à « développer mon talent, travailler sur moi-même, m’améliorer sur le plan vocal et scénique, me faire connaître à travers les lives, les festivals, etc., ensuite viendra le temps où l’on pourra parler d’album qui sera le fruit de tout ce travail ».