Select singers, solistes, choeurs adultes et orchestre au grand complet, toutes les forces vives du conservatoire ont été mises à contribution pour ce concert exceptionnel

Le festival d’arts lyriques a aussi présenté nombre d’œuvres instrumentales, comme cette semaine au Centre culturel chinois avec « La nuit des percussions », ou encore vendredi dernier lors du concert proposé par le conservatoire national, qui était presque entièrement consacré aux compositeurs mauriciens. Outre des inédits de Jean-Claude Alleaume, disparu cette année, la véritable surprise a consisté à découvrir une œuvre tout à fait élaborée d’un de nos plus jeunes compositeurs, à savoir Jonathan Frichot.

Jonathan Frichot est
né dans la musique
et vivra pour elle

L’orchestre du conservatoire a été mis à contribution pour préparer et présenter “March of hope” pour la première fois vendredi dernier devant un public de mélomanes. Et cette œuvre courte, qui semble n’avoir négligé aucun instrument d’orchestre, porte non seulement bien son nom, mais elle ressemble aussi à son auteur : structurée, pleine d’allant et de fraîcheur. Cette marche que Jonathan Frichot a lui-même orchestrée fait penser à bien des égards à certaines musiques de film, films d’aventure ou comédies sentimentales.

Présenté par Claudie Ricaud, la directrice du conservatoire, comme un des espoirs de la musique mauricienne, le jeune homme s’est présenté, juste après son morceau, tout souriant et ému, bouillonnant de la sève de sa jeunesse, devant un public enthousiaste. À l’origine, “March of Hope” est en quelque sorte une commande puisqu’il l’a préparé et interprété pour une messe spéciale de l’église Saint-Patrick, qui venait accompagner l’inauguration d’une salle d’œuvre à la paroisse Saint-Patrick, et avait déjà composé une fugue pour quatuor à cordes.

« Cette fugue, nous explique Jonathan, n’a jamais été jouée en public et est complètement différente. Elle est plus libre… Dans “March of Hope”, je voulais favoriser l’expression de la fierté et de la joie par la musique. Et puis, comme elle était destinée à l’église à l’origine, j’y ai mis aussi le son des cloches. » Sa troisième composition sera résolument festive puisqu’il la prépare pour Noël.

Les nuances apportées à sa “Marche de l’espoir” passent cependant par des phases moins toniques, censées illustrer les difficultés des projets à aboutir, les aléas de la vie en quelque sorte. Mais la tonalité dynamique de l’ensemble est fondamentalement positive. La richesse instrumentale et thématique de ce morceau fait que nous avons été surpris d’apprendre qu’il ne dure que trois minutes.

Il faut savoir que cette marche est aussi le morceau que Jonathan Frichot a présenté pour son SC sur les conseils avisés de Claudie Ricaud. Cette dernière ne tarit pas d’éloge sur cet élève aussi brillant au collège qu’au conservatoire. Jonathan est aujourd’hui en troisième cycle de musique, mais les enseignants du conservatoire ont commencé à le remarquer depuis quelques années déjà en deuxième cycle.

Depuis les genoux du grand-père

Il prépare actuellement son SC et il a pris la matière « musique » avec un seul de ses semblables, ce qui l’amène à présenter l’étude d’une œuvre du répertoire, à travailler sur les musiques du monde, notamment de la Chine, de l’Inde et de l’Amérique latine, de composer deux œuvres et enfin d’enregistrer leur interprétation. « Jonathan est assidu, précise la directrice du conservatoire, et il a toujours été très discipliné. » Ce sens de la discipline pourrait lui assurer le meilleur pour l’avenir. Notre interlocutrice nous confie aussi en passant que parmi les élèves du conservatoire qui apprennent la composition, cinq ou six sont particulièrement prometteurs. D’autres aussi se montrent particulièrement doués pour les arrangements et l’orchestration.

Le goût pour la musique de Jonathan a commencé vers quatre ou cinq ans, sur les genoux de son grand-père, qui avait un clavier Yamaha et ne manquait jamais de faire jouer son petit-fils le matin avant le départ pour l’école. À 7 ou 8 ans, le jeune homme aborde l’enseignement musical formel à travers le chant en intégrant une chorale avant, plus tard, de passer à l’apprentissage du piano, qui ne le quittera plus désormais.
Quand on lui demande s’il veut faire de la musique son métier, il nous confie qu’il est passé par plusieurs phases. Il voulait en effet être pianiste au début puis il s’est imaginé chef d’orchestre, et maintenant il rêve de devenir compositeur et de travailler en tant que tel pour le cinéma. Une chose est sûre, et il nous l’affirme avec aplomb : « Je ne peux pas vivre sans la musique. C’est tout pour moi ! » Alors, avis aux papys et aux mamies : n’hésitez pas à transmettre vos passions à vos petits-enfants !

Trois siècles de composition mauricienne

Bien sûr, les trois grandes minutes de bonheur offertes grâce à Jonathan Frichot n’ont pas éclipsé les autres morceaux qui ont été joués lors de ce concert, comme une sympathique adaptation pour chœurs et orchestre de Roseda, de Ti Frer, suivie d’un medley de ses meilleurs morceaux, que l’assistance n’a pas hésité à fredonner. Cette attention particulière à notre musique populaire a été précédée par Simple aveu, Sous la feuillée et Andante religioso, de Francis Thomé, compositeur du XIXe né à Maurice pour connaître ensuite un succès tout à fait remarquable en France par la suite, avec à son actif quelque 450 œuvres.

Une formation des cuivres mise en valeur par le programme du soir…

Claudie Ricaud a beaucoup contribué à faire redécouvrir ce musicien à Maurice, où il était pour ainsi dire tombé aux oubliettes de l’histoire. Le XXe siècle mauricien s’est manifesté à travers plusieurs œuvres du père Jean-Claude Alleaume, disparu cette année, dont un concerto pour piano en mi mineur, totalement inédit et tout à fait remarquable, qui a connu ce soir-là sa première scène publique. Jean-Claude Alleaume a composé beaucoup de musique sacrée. Il enseignait au conservatoire et a bien marqué les chorales paroissiales de son oreille absolue et de son exigence, s’attachant à ce que le répertoire religieux soit correctement interprété dans les églises, quitte même parfois à interrompre un cantique en plein service pour que la chorale le reprenne mieux ensuite !

Festival lyrique oblige, les solistes du conservatoire ont présenté aussi des extraits
d’oeuvres lyriques qui ont un lien avec un Mauricien, Léon Carvalho en l’occurrence,
qui a dirigé l’Opéra Comique et le Théâtre lyrique à Paris, des salles qui ont alors connu l’apogée de leur popularité