Le concert Vibrasyon Dezil se voulait un grand rendez-vous musical réunissant divers artistes de l’océan Indien. Si sur scène le pari était réussi, le public n’a cependant pas su profiter de l’opportunité qui lui a été offerte de découvrir ou redécouvrir, gratuitement qui plus est, ce qui se fait de meilleur en matière de musique dans l’Union des Comores, Madagascar, La Réunion, les Seychelles et Maurice.
Comme on dit, les absents ont toujours tort et ceux qui ont bravé le froid et la pluie apparus vers la fin du concert Vibrasyon Dezil ont eu un aperçu des meilleurs talents de la région. Cependant, on peut déplorer que la raison même de la tenue d’un tel événement n’ait pas été bien explicitée, d’autant plus que le concert clôturait les deux jours du colloque sur l’Indianocéanie où historiens et scientifiques de diverses disciplines s’étaient réunis pour réfléchir ensemble sur le devenir des îles de la région. Même si le spectacle a été dans l’ensemble une réussite, on pouvait sentir la déception de Percy Yip Tong, le directeur artistique, de ne voir que quelques centaines de spectateurs présents.
Sur scène, en tout cas, les musiciens ont su démontrer à quel point la cohabitation interîles pouvait être possible, interprétant ce qui peut être considéré comme l’hymne de la région, Koste lepep losean indien de Patrick Victor, dans les langues des pays de la région. Le tout avec un mélange d’instruments traditionnels et modernes. Mais le manque d’interaction avec le public et les temps de pause entre chaque prestation ont quelque peu atténué l’ardeur de certains spectateurs venus pour le spectacle. Cela n’a pas empêché certains de se révéler, à l’instar de la non-voyante Jane Constance, qui s’affirme de plus en plus depuis qu’elle est montée sur scène pour la première fois il y a quatre ans. En duo avec Éric Triton, elle a été tout simplement sublime avec une voix très présente et en chantant avec émotion et conviction.
Zulu, qui prépare actuellement un nouvel album, n’a fait que confirmer le potentiel de son groupe alors que Ras Nininn, qui représentera Maurice aux Jeux de la Francophonie en France en septembre, est une autre valeur sûre de la musique locale sur laquelle on pourra compter pour porter haut le drapeau de Maurice, à l’instar de Bruno Raya, qui s’est produit au Zénith à Paris il y a quelques semaines et qui entamera bientôt une tournée internationale.
Pour ceux qui ne connaissaient pas encore la musique comorienne, la prestation du trio Elisouma, formé pour la circonstance, était une excellente entrée en matière. Ces musiciens de différentes générations ont étonné par leur grande complicité, leur aisance scénique et leurs aptitudes vocales. Artiste à succès, Christine Salem, la militante du maloya à La Réunion, a aussi séduit le public, tout comme les Malgaches de Tarika Sammy qui se sont donnés à coeur joie pour faire connaître la musique de leur pays. La soirée a pris fin sous la pluie alors que le public était bercé par le duo Linzy et Bruno Raya avec leur chanson fétiche.