La foule présente au Centre Swami Vivekananda à Pailles, hier soir, a vécu un moment privilégié à l’occasion de l’unique concert du maître qawwali et de ghazal pakistanais Rahat Fateh Ali Khan. Dès son entrée en scène, il a entraîné son auditoire dans son univers, dans une communion parfaite, la menant presqu’en transe.
C’est devant une salle comble que Rahat Fateh Ali Khan s’est installé sur scène entouré de son choeur et de ses musiciens. Une quinzaine au total. Point d’artifice ! Le maître est vêtu de noir de même que son saxophoniste. Les autres ont opté pour des vêtements de couleur safranée. Dans le fond de décor sobre de la scène, rehaussé par une lumière changeante au fil des morceaux proposés, seule la voix de Rahat Fateh Ali Khan, celle de son choeur et le son pur des instruments se font entendre dans cette atmosphère qui devient vite presque mystique dès qu’il entonne les premières notes.
Formé par son oncle Nusrat Fateh Ali Khan, le chanteur a été à la hauteur de sa réputation, manipulant les ragas à sa guise, revisitant même des classiques tels Dam mast qalandar ; n’est-ce pas là le fruit d’un travail rigoureux tel que lui a inculqué son oncle ?
Rahat Fateh Ali Khan introduit dans sa musique des instruments à vent tel le saxophone ou encore à cordes telle la guitare. La batterie est aussi très présente dans sa prestation. Il poursuit sur la base du travail de son défunt oncle, amenant ainsi plus loin, cette musique pakistanaise et hindoustanie dans la World music.
Et de faire rêver chanteurs et musiciens amateurs locaux présents dans la salle. À l’instar de cet accordéoniste, qui à l’heure de la pause, affirme avec extase devant l’harmonie du groupe : « Si mo gagn enn lorkes koum sa, li pou enn mervey. »
L’auditoire n’est certainement pas restée insensible à la prestation du virtuose bien qu’elle ne se soit pas beaucoup manifestée ouvertement. À part quelques sifflements et applaudissements, plutôt timides, seules les lueurs dans les regards et quelques lèvres en mouvement en accord avec la voix du chanteur traduisaient l’émotion, et ce malgré toute la puissance que dégageait l’artiste. Elle est restée imperturbable jusqu’à la fin alors que rien ne l’empêchait de se laisser porter par l’entrain et la danse. L’on pouvait cependant deviner les orteils battant la mesure dans les chaussures ou encore, les mélodies faisant valser les esprits.
Dans la pénombre de la salle, les écrans lumineux des smartphones se sont fait remarquer. Nombreux sont-ils à avoir choisi de saisir un moment ou une mélodie de cette soirée inoubliable en vidéo ou en audio. Cependant, malheureusement, certains ont décidé de quitter la salle avant la fin du concert afin de ne pas être pris dans les embouteillages.
Dans l’ensemble le concert aura été un sans faute. Les arrangements musicaux étaient d’un haut niveau. Cependant, certains ont déploré « le son un peu trop bruyant dans la salle ». Plusieurs personnes s’en sont plaintes à l’ingénieur de service mais apparemment il était difficile de faire autrement.
Cet unique concert de Rahat Fateh Ali Khan est une initiative privée et fort louable de l’agence Spelmedia. Afin de faire profiter à un maximum de Mauriciens de cette richesse culturelle internationale, une démarche similaire des autorités culturelles publiques serait la bienvenue comme ce fut le cas avec notamment le concert de Sonu Nigam qui avait attiré une grosse foule au stade Anjalay, à Belle-Vue !