Le musicien de jazz et harmoniciste Olivier Ker Ourio est venu mettre son empreinte dans l’espace musical mauricien, grâce aux deux concerts donnés à Maurice les 5 et 8 octobre derniers. Venant avec trois pointures du jazz et invitant deux Mauriciens à s’associer à l’aventure, il a offert des shows enchanteurs et hypnotisants où la concentration du public était à son comble.
Le 8 octobre, à l’Institut Français de Maurice (IFM), le spectateur n’avait d’autre choix que de s’envoler avec les musiciens dès le premier morceau, inspiré par un maloya du génial chanteur réunionnais Alain Péters, Panyé su latet mi santé. Installé en France de longue date, l’harmoniciste Olivier Ker Ourio (OKO) n’oublie pas ses origines réunionnaises et se fait toujours un devoir de les associer à Maurice. Il a d’ailleurs fait tous ses commentaires en kreol mauricien du début à la fin du concert, précisant que ses confrères Jallil Auckbaraullee et Philippe Thomas l’avaient beaucoup aidé.
Ce premier morceau est venu souligner notre cousinage avec l’île soeur. Sa mélodie pointue et aguichante magnifiée par l’orchestration a fait défiler les paysages de l’imaginaire, soutenu en fond par le halètement cadencé de l’organiste Emmanuel Bex, puis le morceau s’est éteint comme des vaguelettes sur une plage dans un dialogue par petites touches entre l’harmonica d’OKO et la guitare de Jérôme Barde.
Ces premières minutes ont placé la barre suffisamment haut pour qu’on se sente tout de suite très heureux d’être présent. Jallil Auckbaraullee a opéré aux percussions souriant jusqu’aux oreilles du début à la fin du concert. Il avait à ses côtés le batteur plein de finesse et d’énergie Mathieu Chazarenc. Notre trompettiste national Philippe Thomas a fait son entrée sur scène dès le deuxième morceau pour un moment particulièrement vivifiant du concert, où il a fait de la dentelle sur cuivre en solo. Le génial organiste Emmanuel Bex amène avec lui tout un univers qui l’habite dès qu’il se retrouve face au public. Visage tourné au ciel, corps littéralement tendu vers le son, il semble aller chercher des émotions rares dans leurs retranchements les plus secrets.
Magic Tree, le titre et morceau principal du dernier album qu’Olivier Ker Ourio a enregistré entre autres avec Emmanuel Bex, fait référence au banian de son enfance, dans lequel il se cachait pour observer le monde, et qu’il évoque sur la pochette : « De sa cime, on jouissait d’une vue panoramique de la ville de Saint-Denis et au-delà, de l’océan Indien et ses horizons sans limites. Lors de mes séjours dans l’île, je rends des visites de courtoisie à ce vieux Monsieur. Il me tend les bras. Je m’abrite au creux de ses branches. Et le temps disparaît. »