Roberto Lotoah et Ludovic Prodigue sont les deux jeunes hommes qui avaient été reconnus coupables par la justice du viol et aussi de tentative d’assassinat, pour le premier, de la petite Anita Jolita, âgée alors de deux ans. Le 5 juillet prochain, cela fera 10 ans que s’est produit ce crime odieux qui avait bouleversé tout le pays. Depuis, le cas de la petite fille de Cité Tôle — dont le corps fut balancé à la mer —  est devenu une référence et refait surface quand surviennent d’autres affaires d’abus sexuels, allant jusqu’au crime sur des enfants.
Après être retourné en mai dernier à Cité Tôle pour un constat sur l’évolution de cette poche de pauvreté 10 ans après la mort d’Anita Jolita et rencontré sa mère, Maria, qui vit loin de là dans des conditions précaires, Week-End s’est rendu à la prison de Melrose. Nous y avons rencontré Roberto Lotoah et Ludovic Prodigue, lesquels purgent une peine de 40 et 26 ans respectivement.
L’un s’exprime avec aisance, il est posé et ses propos sont cohérents. Il a 30 ans. L’autre est plutôt introverti. Il croise tantôt les bras, tantôt les mains. Le regard figé, il donne l’impression d’être perdu dans ses pensées. Il a 24 ans. Les deux jeunes hommes assis, l’un en face de l’autre, ne se regarderont quasiment pas pendant leur rencontre avec Week-End. La présence du Welfare Officer qui les accompagne ne les dérange pas pour autant.
Mais Roberto Lotoah, le plus âgé, et Ludovic Prodigue ne sont plus comme au début de leur amitié, quand ils se sont rencontrés à Cité Tôle il y a dix ans. À la prison de Melrose, ils purgent leur peine dans deux ailes différentes et ne se voient pas souvent. Quelques minutes plus tôt, ils sont entrés dans la grande pièce dépouillée où nous les attendons. On ne peut y accéder sans passer par des portes sécurisées. Malgré la sobriété des lieux, cette pièce n’est pas hostile. Elle est imprégnée de la lumière du jour qui passe par le toit transparent et en éclairant le sol rouge lui confère aussi une certaine chaleur.