Nouvelle tension entre les infirmiers et le ministre de la Santé. Cette fois, c’est une guerre ouverte que se livrent les syndicats et Anil Gayan qui, dit-il, «ne l’impressionnent pas». Alors qu’il estime qu’il existe des procédures pour que les infirmiers fassent états de leurs revendications, les syndicalistes déplorent que leurs doléances tombent dans l’oreille de sourds. D’où les manifestations de rue en dernier recours.
Ce qui devait être une journée de réjouissances a vite été refroidie, le ministre de la Santé, invité d’honneur aux différentes cérémonies, ayant choisi de régler ses comptes avec les infirmiers à l’occasion du Nurses’ Day jeudi dernier. Anil Gayan n’est pas passé par quatre chemins. Il affirme avoir de l’admiration pour le métier d’infirmier, mais lorsqu’il s’agit de considération, c’est une autre affaire. «Même les manifestations syndicales, qui ne m’impressionnent pas, n’y feront rien».
C’est dire que le ministre rumine les récentes protestations des syndicats devant les locaux de son ministère contre les mesures du PRB et les transferts punitifs, entre autres. Par ailleurs, il ne digère pas les nombreuses doléances qu’il dit avoir reçues du public à propos «du manque de compassion et de professionnalisme des infirmiers». C’est ce qu’il a fait ressortir dans ses deux discours à l’occasion du Nurses’ Day, dont le plus virulent a été à Réduit en présence de la présidente de République, Ameenah Gurib-Fakim, et du ministre de la Fonction publique, Alain Wong.
Visite surprise
Anil Gayan devait soutenir que lors d’une visite surprise un soir à l’hôpital Brown-Séquard, il a été si choqué par ce qu’il a vu qu’il préférait «ne pas l’évoquer sur cette plate-forme». Or, les infirmiers osent parler de transfert punitif, s’insurge-t-il, déplorant par ailleurs qu’ils manifestent en uniforme. «Cela, alors que le règlement le prévient et qu’il y a une circulaire qui explique que marcher dans la rue avec son uniforme est interdit car il peut être un transmetteur de virus». D’où son opinion que certains infirmiers n’ont pas de conscience professionnelle.
S’il soutient être «trade union neutral», il est aussi un fait que «les manifestations de rues ne m’impressionnent pas.» Il affirme qu’il a eu, au début de sa prise de fonction, des rencontres et discussions avec les différents syndicats. Il ne cache pas son amertume que les contenus de ces discussions ont été ébruités dans la presse et qui, plus est, en disant le contraire de ce qu’il avait dit.
Le ministre de la Santé soutient être à l’écoute de ses employés, affirmant  que le récent rapport PRB ne peut qu’être bénéfique à la profession. Il cite en exemple l’amélioration des conditions de travail des infirmiers, dont la formation et la révision des allocations ainsi que la révision de la structure des promotions. «S’il y a des mécontentements dans ce domaine, ce n’est pas en descendant dans la rue qu’ils seront réglés», martèle le ministre, qui estime que «éna procédures pou suivre».
Déterminé à continuer la lutte
Ce que concèdent les syndicats, qui déplorent cependant le manque de communication avec le ministère. Ram Nowzadick, président de la Nursing Association, visiblement secoué jeudi après les propos du ministre en ce jour de fête pour les infirmiers, explique que «le discours d’Anil Gayan reste à son image. Depuis deux ans, nous avons témoigné de sa façon de faire. Mais s’il y avait une réelle communication, nous n’en serions pas là. Nous n’aurions pas eu à descendre dans la rue. Si vraiment il avait de la considération, nous ne ferions pas de manifestations car nos revendications aujourd’hui restent lettres mortes.»
Alors que le ministre a été catégorique en indiquant qu’il ne reviendrait pas sur la question, le syndicaliste se dit déterminé à continuer la lutte pour le maintien des retention allowances des infirmiers et la mise en place d’une structure de promotion pour les employés ainsi que des salaires décents. «Pour l’avancement de la profession médicale, il est important qu’il y ait une symbiose entre les différents départements concernés, allant du top management au grass bottom. Pour parvenir à cette symbiose, il est primordial qu’il y ait un dialogue.»
Mais un dialogue de sourds ne mènera nulle part. «Nous devons trouver une oreille attentive pour nous écouter et c’est le rôle du ministère», dit Ram Nowzadick.