La deuxième conférence nationale du Collectif Urgence Toxida (CUT) s’est achevée jeudi. Après les opiacés, en 2009, cette fois, la thématique gravitait autour de l’approche envers les bénéficiaires des programmes de réductions de risques (RdR), notamment le traitement de substitution à la méthadone et le programme d’échanges de seringues (NEP). Officiant à la clôture de la conférence, le secrétaire du CUT et directeur de PILS, Nicolas Ritter a relevé qu’« Il est vrai que divers progrès ont été réalisés, ces dernières années. Mais s’il y a le Global Fund dans la lutte contre le sida, qui a permis de mettre en chantier nombre de projets. En revanche, il n’y a pas de fonds mondial pour injecter dans la lutte contre la drogue… »
« Une des choses qui est ressortie de la présente conférence, devait faire déclarer N. Ritter, est que Maurice est le premier pays du continent africain à avoir démarré le programme d’échanges de seringue qui a commencé depuis 2006. Ce n’est là pas vraiment une fierté, mais il convient aussi de rappeler que Maurice est également le deuxième pays d’Afrique où, depuis 2002, les anti-rétroviraux sont gratuits ! »
Poursuivant dans la même lignée, M. Ritter devait ajouter : « Certes, avec l’arrivée du Global Fund, pour injecter des fonds dans la lutte, nombre d’avancées ont pu être réalisées. Mais malgré tous ces progrès, des éléments demeurent des parents pauvres, dont la prise en charge, par exemple, ou encore, que malgré des équipements, on ne peut toujours pas avoir de charge virale… » Et, plus important, a souligné le directeur de PILS, « le fait qu’il n’y ait malheureusement pas de Fonds mondial destiné à la lutte contre la drogue ! » Rappelant de ce fait que le vecteur principal de l’épidémie au virus du sida, à Maurice depuis 2002, est surtout la seringue souillée des Usagers de Drogues Injectables (UDI).
La toxicomanie étant le corollaire principal dans la problématique, nombreux sont les malades vivant avec également le sida. Ce qui a amené les travailleurs sociaux engagés dans les deux domaines à joindre leurs efforts. D’où les plaidoyers et la mise en place des mesures de RdR que sont le traitement de substitution des opiacés à la méthadone et le programme d’échange de seringues. Ceux-ci aident, en effet, à endiguer la propagation du sida dans la communauté des UDI.
La deuxième conférence du CUT était axée très spécifiquement sur les moyens de rendre plus accessibles les mesures de RdR aux bénéficiaires. « En effet, à ces programmes devraient impérativement s’y associer une approche humaine, faite d’écoute, de non-jugement et d’accompagnement. Telle est la principale recommandation qui émane de la 2e Conférence du CUT », note Nathalie Rose, coordinatrice de l’Ong.
Dans le même souffle, continue notre interlocutrice, « il faut absolument que la force policière et les acteurs de la réduction des risques arrivent à collaborer de manière consistante pour surmonter l’affrontement chronique entre l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) et les bénéficiaires du service d’échange de seringues. Lors de la deuxième journée, l’inspecteur Navin Mohesh de l’ADSU a parlé de la réforme policière qui contient une composante importante en termes de formation et il a été suggéré lors des discussions plénières, que des formations spécifiques à la réduction des risques y soient incluses. »
Autre problématique qui pointe à l’horizon : celle du rajeunissement inquiétant des toxicomanes, filles et garçons. À l’issue de la conférence, il a été trouvé qu’il est important d’inclure dans la stratégie de RdR des programmes spécialement orientés vers les jeunes et le besoin d’adapter ceux-ci aux femmes.
La deuxième conférence du CUT s’est tenue au centre des conférences de Mer Rouge les 20 et 21 derniers. Plus de 150 participants venant de la société civile, du gouvernement et du secteur privé, ainsi que des usagers et anciens UDI, eux-mêmes utilisateurs des programmes de méthadone et d’échange de seringues ont pris part à cette conférence. « La forte participation d’acteurs régionaux et internationaux sont également à noter. Trois délégations du Kenya, pays qui s’apprête à mettre sur pied des programmes de réductions des risques, étaient présentes pour apprendre de l’exemple mauricien », précise N. Rose.
Bénéficiant du soutien de la Open Society Institute, une dizaine d’experts internationaux se spécialisant dans la RdR, ont participé à la conférence du CUT. Parmi, Greg Denham, du Law Enforcement and Harm Reduction Network (LEAHRN) en Australie, qui a également eu une rencontre avec les officiers de l’ADSU, et le Dr Catherine Ritter, de Suisse, spécialiste de la réduction des risques dans le milieu carcéral, qui a rencontré le personnel de la prison de Beau-Bassin.
La clôture de la conférence s’est faite sur une note d’émotion et de musiques, avec la participation du groupe Musical Democracy et surtout, Richard Beaugendre. Quand cet artiste a repris Fleo, son « tube » depuis l’épisode Paradi An Dey, l’an dernier, puisqu’il sert de générique de fin au document, toute l’assistance a repris en choeur le refrain. Les bénévoles présents pour le bon déroulement de la conférence ont été salués par les organisateurs pour leur engagement et leur disponibilité.
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