La conférence New perspectives on the indentured labour (1825-1925) a pris fin jeudi après-midi avec la promesse de renouveler ce type de rendez-vous prochainement et, surtout, d’entretenir les liens entre chercheurs, d’un pays à un autre, d’un État à un autre. Ces conférences ont mis en relief la complexité du travail sous contrat, ou apprentissage tel qu’il est aussi nommé. Une série de résolutions ont été prises à l’issue de ces rencontres avec trente-sept chercheurs issus de treize pays, qui se sont tenues pendant quatre jours à l’Université.
L’idée que les liens entre les différents chercheurs implantés à travers le monde doivent être entretenus pour approfondir la compréhension de l’histoire de l’engagisme est revenue sur toutes les bouches lors des conclusions de la conférence internationale qui a animé l’Université pendant quatre jours, à l’invitation de l’Aapravasi Ghat Trust Fund. Beaucoup de points communs rassemblent les pays qui ont été touchés par le travail engagé, ne serait-ce que le fait par exemple que des personnages tels qu’Adolf de Plevitz ou Manilall Doctor se sont rendus à l’époque dans plusieurs de ces pays, à Maurice et aux Fidjis par exemple, comme l’a fait remarquer le Pr Brij Lal d’Australie.
Carpanin Marimoutou a particulièrement loué le fait que des chercheurs de différentes disciplines puissent rapprocher leurs données et se compléter pour apporter une totale compréhension du sujet. Il aura été en effet inimaginable de mettre à la même table des spécialistes de la littérature et des historiens, il y a vingt ans ! Pour le professeur de l’Université de La Réunion, cette conférence représente « un nouveau départ dans la compréhension du travail engagé ».
Mauritz Hassankhan du Suriname s’est déclaré particulièrement touché par la session sur les résistances, mettant en valeur l’idée que loin d’être des victimes passives, les travailleurs engagés pouvaient décider de leur destin. Aussi au-delà des comparaisons entre l’esclavage et l’engagisme invite-t-il à garder en tête l’idée que ce sont deux formes de travail forcé.
Moultes dimensions
Richard Allen a insisté sur la nécessité d’élargir le champ de prospection à toutes les strates de la société pour les recherches à venir, par exemple en étudiant le rôle des immigrants libres, fondamental dans le système de l’engagisme. L’historien américain fait remarquer que nous sommes pour ainsi dire en train de rouvrir les nombreuses portes de l’histoire qui avaient été fermées de décennie en décennie. Il invite à apprécier le caractère multidimensionnel de l’engagisme et insiste sur l’importance des études comparées, désormais facilitées par les rencontres que cette conférence a occasionnées.
Les participants se sont mis d’accord sur l’idée de laisser davantage de place lors de prochaines conférences, aux débats pour que les points de vue et divergences s’expriment de manière plus explicite, et réduisant peut-être le temps de présentation des papiers. Si les représentants de la Guyane et des Antilles françaises ont eu un regrettable empêchement, il a aussi été remarqué que des pays comme le Japon ou la Chine pourraient à l’avenir être représentés compte tenu de leur part dans l’histoire de l’engagisme.
Le Dr Léo Couacaud a insisté sur la place particulière que devrait occuper le thème de la créolisation en contrepoint avec les études portant sur des ethnies spécifiques. À côté de ces constats fort positifs, face à la richesse des interventions et aux pas de géant de la recherche sur l’engagisme, un fait demeure particulièrement affligeant : l’histoire de Maurice n’est toujours pas enseignée dans les collèges et écoles mauriciennes !
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La route de l’engagisme en quatre points
Parallèlement aux conférences, une table ronde a réuni quelques invités à deux reprises autour du projet de Route de l’engagisme. Sandew Hira y a défendu l’idée de créer une banque de données sur l’immigration globale, tandis qu’Anwar Cuttoo et Satyendra Peerthum ont fait des propositions sur les initiatives à prendre autour de cette base de données à Maurice ainsi que tout projet relatif à l’histoire du travail engagé.
Saloni Deerpalsingh intervenait quant à elle au nom des archives du Mahatma Gandhi Institute pour la session de questions réponses. L’ambassadeur de l’Inde a pris une part active à cette réunion de travail, tandis que le ministre des Arts et de la Culture Mookhesswur Choonee a assuré les participants du soutien total de son ministère à ce projet à la clôture.
Les participants se sont mis d’accord sur quatre résolutions. Ils appellent le gouvernement de Maurice, particulièrement l’Aapravasi Ghat Trust Fund et le ministère des Arts et de la Culture, à mettre en place un réseau international pour le projet de Route de l’engagisme, spécifiquement à créer un comité scientifique international pour ce réseau et une Indentured Labour Global Database Initiative (ILGDI). La deuxième résolution vise à créer un secrétariat au service de ce réseau qui sera hébergé par l’Aapravasi Ghat Trust Fund et lancera et animera un site web et une newsletter trimestrielle. La troisième résolution se base sur la mise au point d’un plan de travail pour les douze prochains mois visant la mise en place de ce réseau en décembre 2012. La conférence invite les organisateurs et toutes les parties prenantes à mettre en place ces résolutions.