Les astronautes prennent eux aussi des vacances, et il peut même arriver qu’ils les prennent à Maurice… Philippe Perrin vient de passer un court séjour ici au cours duquel il a eu la gentillesse de donner une conférence privée. Avec une humilité confondante, cet ancien pilote de chasse a raconté comment en mai 2002 il a participé au vol de la navette spatiale, puis accompli sa mission d’ingénieur principal sur la Station Spatiale Internationale.
Après sa formation d’astronaute à la Cité des Étoiles puis sa préparation à Houston (Texas) à partir de 1996, Philippe Perrin a décollé à bord d’Endeavour avec six autres personnes, pour la mission STS 111, onze jours au cours desquels il a officié comme ingénieur de bord principal.
Pendant sa mission à bord de la Station Spatiale Internationale, Philippe Perrin a effectué deux sorties extra-véhiculaires… Vêtu d’un scaphandre très équipé, qu’il compare à une sorte de mini vaisseau spatial, il a alors contribué à l’installation d’un bras robotique de la Station Spatiale Internationale, ainsi qu’à celle de boucliers antimétéorites, en compagnie de son confrère du Costa Rica Franklin Chang Diaz, ingénieur spécialisé dans la physique des plasmas et donc au coeur des recherches qui permettraient un jour d’aller sur Mars.
Dans l’histoire de la conquête de l’espace, Philippe Perrin est le deuxième Français après Claudie Haigneré à avoir séjourné sur le complexe orbital de la SSI. Aussi était-il le premier Européen à effectuer une sortie extra-véhiculaire depuis la station. Il est encore le seul étranger à être retourné plusieurs fois après cette première mission sur la station spatiale internationale, en raison, nous disait-il mardi soir, de sa connaissance de la plongée sous-marine, qui l’a aidé à mieux supporter cette épreuve éminemment physique de la vie en apesanteur, dans ces contrées où la température extérieure peut atteindre quelque -150 °C…
Cette mission devait permettre en 2002 de poursuivre l’assemblage de l’ISS avec la mise en place d’un grand bras manipulateur, ainsi que de compléter l’équipement du module Destiny, le laboratoire de recherche américain. Lors de la mission STS-111, la navette a emmené en soute la base du bras manipulateur robotique fabriquée par les Canadiens, que Philippe Perrin a lui-même mise en place lors d’une de ses deux sorties dans l’espace. Un petit film documentaire montrait mardi soir, lors de la conférence organisée à la résidence de l’ambassadeur de France, cette opération particulièrement délicate.
Extrait de la Terre
Au-delà de ses aspects techniques, cette mission a duré onze jours, dont huit à bord de la station spatiale. Cette navette qui décolle comme une fusée et atterrit comme un avion, est partie de la base de lancement de Cap Kennedy en Floride. Philippe Perrin, qui a pourtant une expérience de pilote de chasse, à bord des Mirage qu’il a commandés lors de la guerre du Golfe, de pilote de ligne également, explique qu’on n’imagine pas la puissance dégagée par le décollage d’un engin de ce type, tant qu’on ne l’a pas vécu. À bord d’Endeavour, il a ainsi vécu « la sensation d’être véritablement extrait de la Terre ».
Si cet homme revenait à Maurice donner des conférences publiques à l’intention des étudiants en astrophysique de l’Université de Maurice, par exemple, et aussi à celle du grand public, il pourrait à la fois parler de l’expérience de l’humain devenu astronaute en termes physiologiques, du magnifique symbole de partage qu’est cette station spatiale où travaillent des chercheurs russes, américains et européens, des recherches inédites que permet l’espace et de leurs retombées sur notre vie quotidienne, ou encore de la fragilité de notre Terre.
Ainsi apprendrions-nous que la gloire qui auréole ces hommes de l’espace a un prix physique. S’ils sont triés sur le volet et entraînés avec beaucoup d’exigences, ils vivent une sorte de transformation physique et psychologique, pendant leur séjour sur orbite, qui est liée tant à l’apesanteur qu’au type de nourriture absorbée et aux conditions de cet espace obscur où il fait déjà très chaud. Il pourrait expliquer ce qu’est l’anxiété de la première sortie véhiculaire, ou encore la sensation de l’homme qui évolue accroché par un câble en acier à un objet volant, lorsqu’il a 450 km de vide sous ses pieds…
Il raconterait l’art de chorégraphier ses mouvements de sorte que chaque geste technique puisse être accompli sans être propulsé dans le sens inverse de celui recherché. Il expliquerait très clairement l’apport de la 3D, et l’art et la manière de se repérer instinctivement dans l’espace quand le plancher peut en deux secondes devenir le plafond, et vice-versa… Philippe Perrin a vécu aussi quand il est revenu sur Terre, le sentiment d’une urgence environnementale, nourrie par les images qu’il a eues de notre petite planète ventrue mais fragile, autour de laquelle il tournait en 90 heures. L’atmosphère qui nous protège du grand vide et du rayonnement solaire, avec ses 80 km d’épaisseur, correspond grosso modo à la peau de la pêche, par rapport à la taille du fruit…