Grâce à son fort potentiel de croissance, le continent africain offre aujourd’hui à l’île Maurice une excellente opportunité de réaliser son 2e miracle économique, comme c’était le cas dans les années 80 et 90, avec l’Asie et l’Inde. C’est ce qu’a soutenu, hier matin, le Chief Executive de la Bourse de Maurice (SEM), Sunil Benimadhu, lors de son intervention à la conférence organisée à l’hôtel Intercontinental par la Society of Financial Analysts of Mauritius (SFAM) en collaboration avec le CFA Institute. Clairette Ah Hen, Chief Executive de la Financial Services Commission (FSC), organisme régulateur des services financiers non bancaires, a abondé dans le même sens, affirmant que Maurice est stratégiquement bien positionnée avec une approche pro-business pour être la plateforme incontournable ciblant le marché africain.
Sunil Benimadhu, qui porte également le chapeau de président en exercice de l’association africaine des Bourses de valeurs, a d’emblée mis l’accent sur les potentialités du continent africain et de la bonne perception dont jouit de plus en plus ce dernier au sein de la communauté des investisseurs. L’Afrique, a-t-il indiqué, est source d’environ 25 % des ressources mondiales (pétrole, cuivre, or, diamant confondus). Les ressources du continent sont ciblées par les pays développés aussi bien que les grands pays émergents pour satisfaire leurs besoins de développement. De nombreux pays africains, a poursuivi le Chief Executive de la SEM, ont fait la démonstration de leur engagement à restructurer leurs économies et à apporter les réformes appropriées comme démontrées par le rapport Doing Business de la Banque mondiale.
Plusieurs fonds privés de participation au capital des entreprises visant principalement les marchés boursiers africains ont été lancés ces dernières années et, selon Sunil Benimadhu, il faut s’attendre à ce que ces fonds gagnent en popularité. Faisant état d’une étude menée par Paul Collier de l’Université d’Oxford et couvrant environ 950 entreprises africaines, le Chief Executive de la SEM a relevé que le retour sur capital est en moyenne 11 % de plus que celui enregistré en Amérique latine voire en Asie. Sunil Benimadhu a ajouté que les Bourses africaines sont parmi celles qui ont enregistré les meilleures performances entre 2000 et 2010.
Clairette Ah Hen a également fait mention, dans son allocution, des ressources naturelles africaines, soulignant que l’Afrique est le deuxième plus gros continent, avec une superficie d’environ 30 millions de kilomètres carrés et occupant 22 % de la surface des terres. La Chief Executive de la FSC qui a eu l’occasion de visiter plusieurs pays africains dans le cadre de ses engagements professionnels, a indiqué avoir constaté que, malgré la crise, l’Afrique a poursuivi sa croissance avec des développements dans différents secteurs.
Le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) en Afrique, a déclaré Sunil Benimadhu, présente de réelles opportunités d’investissement. Il a laissé entendre qu’environ 600 millions d’Africains ne possèdent pas un téléphone portable et que 94 % des Africains n’ont pas accès à l’internet. « Infrastructure is the second sector of immense opportunities », a-t-il ajouté en mettant surtout l’accent sur le développement du secteur énergétique. L’agriculture, l’agro-industrie, l’exploitation des ressources minières et les services financiers sont aussi très prometteurs.
Révolution économique
Maurice, ont fait ressortir Sunil Benimadhu et Clairette Ah Hen, doit pouvoir tirer profit de cette révolution économique qui s’opère en Afrique. « Mauritius is an African country and is, excluding South Africa, the only International Financial Centre in the region », a fait comprendre la Chief Executive de la FSC. Selon elle, Maurice offre un cadre de vie sécurisant, un cadre régulatoire très en faveur du business et ses infrastructures physiques sont bien développées. Sunil Benimadhu est d’opinion que de nombreuses entreprises mauriciennes sont conscientes que la prochaine phase de leur croissance reposera sur l’expansion de leurs activités dans d’autres pays, dont l’Afrique. Les banques locales devraient participer dans les grands projets de développement touchant l’Afrique.
« Mauritius should sign double-taxation treaties with more African countries and strive to become the platform linking Asia to Africa, United States/Europe to Africa but also Africa to Africa », a plaidé le Chief Executive de la SEM. À ce propos, Clairette Ah Hen indiquera que sur les 36 accords de non-double imposition signés par Maurice, 13 le sont avec des pays africains (Mozambique, Seychelles, Madagascar, Namibie, Rwanda, Swaziland, Tunisie, Botswana, Lesotho, Sénégal, Afrique du Sud, Ouganda et Zimbabwe), alors que cinq autres sont en voie d’être signés (Malawi, Nigéria, Égypte, Ghana et Kenya) et deux en attente d’être ratifiés (Congo et Zambie). La Chief Executive de la FSC a aussi annoncé que 16 des 36 Accords de Promotion et de Protection des Investissements ont été conclus avec des pays africains.
La Bourse de Maurice a déployé une stratégie pour l’internationalisation du marché et pour se positionner comme un acteur de choix sur le plan africain. Outre le fait d’avoir aidé des Bourses africaines à se structurer, la SEM a revu ses règlements et ses règles de cotation en vue d’attirer des fonds globaux et augmenter sa visibilité au plan international et surtout créer une plateforme pour la cotation de produits structurés orientés avec l’Afrique.
« Mauritius has to create value beyond being just a gateway », a souligné Clairette Ah Hen. Pour cette dernière, Maurice ne doit pas être perçue comme un colonisateur de l’Afrique mais comme un facilitateur du développement de ce continent. Clairette Ah Hen a, dans ce contexte, appelé les opérateurs économiques locaux à toujours diversifier leurs portefeuilles de produits et à maintenir la bonne réputation de Maurice comme une « safe jurisdiction ». Pour cela, a-t-elle conclu, le respect des normes et de l’éthique est primordial.
Notons que la conférence organisée par la SFAM était la première des CFA Institute Travelling Conference Series, trois autres conférences du genre étant prévues à Johannesbourg, Cape Town et au Kenya. Elles sont animées par Joachim Belenbach, président du Earth Resource Investment Group, Richard Hokenson, fondateur de Hokenson & Company, Cliff Quisenbeery, Chief Investment Officer de Caravan Capital Management, et Michael McMillan directeur Ethics and Professional Standards du CFA Institute.