Les représentants des îles membres de la Commission de l’océan Indien ont engagé depuis ce matin une réflexion profonde sur la possibilité de transformer le sud-ouest de l’océan Indien en un corridor commercial compétitif pouvant donner un coup de pouce aux échanges commerciaux intra-COI et avec les pays d’Afrique. Le tout en positionnant la région comme un hub commercial de référence capable d’agir comme un pont entre l’Asie et l’Afrique.
Cette réflexion se situe dans le cadre de la tenue d’une conférence deux jours sur le développement des services logistiques dans la région organisée à l’hôtel Le Labourdonnais par la Mauritius Export Association (MEXA) et la Commission de l’océan Indien (COI). « Je pense que le commerce dans le sud-ouest de l’océan Indien doit être renforcé. La région peut devenir un hub commercial si les problèmes d’accès à des services logistiques efficaces sont résolus et si on parvient à éliminer les barrières nationales au commerce », a déclaré Guillaume Hugnin, président de la MEXA.
La gestion efficace des services logistiques demeure pour M. Hugnin « le nerf de la guerre ». Ceci compte tenu des contraintes auxquelles les îles du sud-ouest de l’océan Indien ont à faire face : situation géographique, conditions imposées par les autres partenaires commerciaux, dont des barrières tarifaires et non tarifaires, conditions climatiques délicates et tout récemment, l’émergence des actes de piraterie.
Devant une telle situation, a indiqué le président de la MEXA, on ne doit pas s’étonner de voir que l’approvisionnement des entreprises en matières premières prend plus de temps, le délai d’acheminement des produits finis vers les marchés d’exportation soit plus long (entre 35 et 40 jours pour les marchés européen et américain) et le transport des produits fabriqués dans les îles vers les marchés africains proches soit aussi affecté en raison des liaisons maritimes, voire aériennes limitées.
« Improving logistics and transport has a snow-ball effect, it does not only improve the competitiveness of an industry like ours but also the overall economy of a country, be it a region », a fait ressortir Guillaume Hugnin.
Du côté de la COI, on reconnaît également que l’insularité, l’isolement, l’éloignement des marchés, la fragilité économique de certains États, les catastrophes naturelles, entre autres, sont des facteurs handicapants. La qualité des infrastructures, des offres régionales, estime la commission, sont des éléments clé de l’essor économique de la région et de sa compétitivité commerciale. Le secrétaire général de la COI Callixte d’Offay a indiqué que la commission apportera tout son soutien au développement des infrastructures en vue de créer un corridor commercial compétitif dans la sous-région. Raison invoquée : un besoin d’améliorer les échanges commerciaux entre d’une part les pays membres de la COI, qui représentent actuellement entre 3% et 4 % de leurs échanges totaux, et d’autre part, entre les îles de l’océan Indien et l’Afrique.
« On ne doit pas se replier sur nous-mêmes. Il faut faire preuve d’audace », a déclaré Callixte d’Offay.
Le secrétaire général de la COI est d’avis que le corridor commercial ne doit pas se limiter au développement transport maritime, mais inclure également l’expansion des services aériens, des moyens de communication à travers les TIC. « Il faut raccorder nos îles aux autoroutes de l’information », a-t-il indiqué.
Callixte d’Offay a laissé entendre qu’un des volets majeurs de la stratégie de coopération Afrique-Union européenne pour la période 2011-2013 porte sur le développement des transports maritime et aérien dans la région. Il a annoncé que la Banque africaine de développement soumettra bientôt un rapport final sur les besoins spécifiques en infrastructure pour la région du sud-ouest de l’océan Indien. Ce document lui permettra par la suite de définir ses champs d’intervention prioritaire dans le domaine du financement des infrastructures. M. d’Offay a dans la même foulée lancé un appel aux autres bailleurs de fonds tels l’Union européenne, la Banque mondiale, l’Agence française de développement pour qu’ils se manifestent.
Le ministre du Commerce et de l’Industrie, qui a ouvert la conférence, a demandé aux pays membres de la COI de conjuguer leurs efforts pour donner une nouvelle impulsion au commerce régional tout en visant une amélioration de l’efficience et la réduction des coûts à travers le développement de la logistique. « Aucun pays ne sera épargné si la crise actuelle se traduit par une récession économique. Il faut donc tout mettre en oeuvre pour dynamiser les échanges commerciaux intrarégionaux. C’est à travers une coopération accrue qu’on jettera des bases solides pour la transformation de la régional en un hub commercial au même titre que Dubaï et Singapour », a déclaré Cader Sayed-Hossen.
Le ministre fera état d’un « embarrassing discomfort » devant le classement de Maurice (82e sur 155 pays) dans le World Bank Logistic Performance Index de 2010. Cela alors que dans d’autres classements établis dans le rapport Doing Business Maurice occupe des rangs satisfaisants. Les autorités, a ajouté Cader Sayed-Hossen, sont conscientes de l’importance d’avoir des services logistiques bien développés. Des comités conjoints des secteurs public et privé ont été institués pour se pencher sur la question.