Après le succès de la conférence sur l’Audit social le mois dernier, la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) continue sur sa lancée avec l’organisation hier d’une deuxième rencontre dans le cadre des Matinées de Sciences Po. Le thème était « Mutations en cours de l’économie mondiale et stratégies des entreprises ». C’est Roland Couture, associé gérant chez Dupont Partners, cabinet de conseil en stratégie à Paris, qui a animé la conférence hier en présence de dirigeants d’entreprise, économistes et auditeurs. Selon lui, « Maurice, qui est un pivot entre plusieurs pays, peut se servir de sa position géographique pour être l’interface des importations de la Chine et de l’Inde vers l’Afrique ».
Les thèmes abordés hier sont : compatibilités entre productivité et qualité ; valeur ajoutée et quantité ; les causes et les contours de la mutation économique et l’enjeu écologique.
L’expert en stratégie de croissance, diversification et repositionnement de marché, Roland Couture, explique que « la croissance économique au XXe siècle a entraîné une hausse dans la production, ce qui, par conséquent, a provoqué une augmentation de la consommation. Graduellement, les consommateurs sont parvenus à s’équiper de tout et n’ont plus ce besoin pressant d’acheter ». Avec la baisse des naissances et un vieillissement de la population, dit-il, les besoins en consommation ont changé, voire même baissés, ce qui a provoqué une saturation des ventes. Parallèlement, estime le conférencier, les pays en développement dotés d’un pouvoir d’achat faible, sont entrés dans la consommation. « La Chine, de par sa capacité de fabrication de produits low-tech avec un personnel à faible qualification, a permis à ces derniers de consommer plus », ajoute M. Couture. Ce qui explique, selon lui, le déséquilibre au niveau de la consommation dans un monde biface.
Afin de satisfaire les deux différents marchés, il faut proposer des produits de qualité constante à petits prix. Cependant M. Couture affirme que « la productivité a ses limites. À un moment où la concurrence fait rage, produire plus à moindre coût n’est plus suffisant. Il faut que les entreprises arrivent à créer de la valeur ajoutée pour se différencier de leurs concurrents et augmenter leurs bénéfices. Les entreprises qui réussissent sont celles qui ont su allier productivité et valeur ajoutée ». La valeur se décline sous trois registres : valeur d’estime, d’utilité et valeur technique. La valeur ajoutée, souligne-t-il, passe également par le changement dans l’offre. Deux modèles se précisent. D’un côté, la vente de la capacité et de l’autre, la vente du contenu. M. Couture souligne que « les entreprises qui se concentrent sur la vente de la capacité sont confrontées à la maturité des marchés de par la concurrence des prix et la banalisation des offres. En revanche, la vente du contenu, permet de développer une valeur ajoutée pour satisfaire un plus grand nombre de consommateurs. Facebook a su conquérir le marché de par son contenu. Les entreprises doivent basculer sur un autre paradigme de l’efficience car dès la conception du produit, la valeur ajoutée augmentera ».
L’innovation est un autre facteur de réussite. M. Couture est d’avis que les dirigeants doivent mettre en place un mode d’organisation afin de motiver l’ensemble de l’effectif pour produire des idées neuves. Seule la motivation peut contribuer à l’innovation.
M. Couture conclut que Maurice qui est un pivot entre l’Inde, la Chine, l’Europe et les États-Unis, peut se servir de sa position géographique pour adopter des stratégies pour les marchés saturés et ceux en forte croissance, de sorte à optimiser les deux. « Maurice peut également bénéficier de la croissance en Afrique où il y a un besoin important et un pouvoir d’achat très faible. Elle serait l’interface des importations de la Chine et de l’Inde vers l’Afrique », a-t-il fait ressortir.
Le Professeur Stéphane Boudrandi, directeur du développement de Sciences Po Aix s’est dit heureux de pouvoir continuer sur cette lancée avec le Centre d’Études Supérieures (CES) de la MCCI. Il souligne que « les thèmes des Matinées Sciences Po rejoignent l’actualité mondiale permettant aux entreprises de mieux s’armer face aux situations sociales et économiques difficiles ». La conférence sur les mutations en cours de l’économie mondiale et des stratégies des entreprises, ajoute M. Boudrandi, offre une vision globale et détaillée des mécanismes à l’origine des évolutions économiques en cours, des marges de manoeuvre et de nouveaux outils de stratégie pour se développer sur les marchés nationaux et internationaux.