Le Rotary Club de Beau-Bassin/Rose-Hill s’est intéressé samedi dernier à l’« érosion des valeurs qui font la force de notre société ». Monique Dinan, ancienne rédactrice en chef de La Vie Catholique, Malenn Oodiah, sociologue, et Jocelyn Chan Low, historien, ont posé des « constats sévères ». Ce dernier est intervenu sur « bann relizie roder bout… Kot sakenn rod pou so group ». C’était à la salle Eddy Norton aux arcades Sunassee, Rose-Hill.
Parler de valeurs ou de morale, c’est d’abord faire « l’effort de relativiser ». Peut-on parler d’« érosion morale » à comparer à une société esclavagiste ? Toutes proportions gardées, une certaine rigueur scientifique tamise le regard accusateur que l’on aurait sur la société actuelle. Il faudrait éviter « la nostalgie du bon vieux temps et l’oubli des fléaux ». C’était en somme l’introduction donnée par l’historien Jocelyn Chan Low, samedi. Sauf que certaines nouvelles dynamiques meuvent la société. Et vraisemblablement, l’exposé de l’universitaire s’est surtout axé sur ces phénomènes, plutôt récents, qui tranchent avec le devoir de retenue.
Bien sûr, Jocelyn Chan Low s’est bien appesanti sur les thèmes qui font déjà l’essentiel de l’actualité : « société », « crise économique/civilisation », « hypersexualisation et consumérisme », « recul dans le taux de mortalité », « famille éclatée », « pop culture (ndlr : surtout celle importée) ». Ce sont là des variables déjà établies. Là où le bât blesse : plus qu’une « érosion de valeurs », c’est une érosion des constantes. Comme par exemple, que certaines voix se portent garant de ces « valeurs » d’une manière universelle, impartiale, apolitique.
Le « constat sévère » de Jocelyn Chan Low porte sur la normalisation d’une « pratique politique clientéliste », mais surtout, le copinage des religieux aux anti-valeurs. « Nou pe trouv bann relizie roder bout. Sakenn rod pou so group… Eski se sa larelizion ? » Et d’évoquer l’ampleur de la culture « triange kot zot (les politiques) servi nou, nou ousi nou servi zot ». « Se kwa larelizion ? Eski Bondie li zis pou enn group ? » Crise économique, oui. Crise de civilisation, peut-être. Mais surtout, « crise de l’autorité morale ».
Relativisme
Chacun son opinion, chacun son dieu. Jocelyn Chan Low revient sur le concept de « relativisme moral » où il n’y a plus de référence, « kot sak dimounn invant so moralite ». Le « clientélisme », s’il convient à « mes codes moraux » satisfait une notion de l’éthique qui peut diverger de « tes codes moraux ». « Plus de solidarité », notamment, pour Jocelyn Chan Low, tout est devenu « relatif », c’est-à-dire, modulable pour satisfaire des critères spécifiques à « son » bon vouloir, « sa » notion de confort. Les « valeurs » ne sont plus « universelles ».
Le sociologue Malenn Oodiah rejoint Jocelyn Chan Low. Son idée du « relativisme » : « La cupidité, le gagner à n’importe quel prix », le « tout-à-l’égo » (ndlr : parallèle au tout-à-l’égout), le « narcissisme, kot nepli ena “nou”, ena zis “mwa” ». Et de relever un certain paradoxe : que l’on entende souvent « avan, pa ti ena boukou zafer me nou ti ere » alors que « dezir ek plezir pe pran plizanplis plas et l’on perd la notion du bonheur simple ».
Monique Dinan, ancienne rédactrice en chef de La Vie Catholique, tend pour sa part vers une synthèse des « valeurs ». « Kan dir valer, pou mwa, bizin dir Amour ! », fait-elle ressortir. « Sa mem mo retenir de mo lexperians lavi ». Tout reposerait sur un apprentissage de l’amour plus éclairé, depuis la naissance aux différentes étapes de la vie. Résoudre « l’érosion », c’est opter pour une éducation parentale. « Fer konpran bann paran ki bann diferan staz devlopman zot bann zanfan… Kouma bizin les li afirm li mem… Pa nek pran rotin ! Kouma bizin les li develop sa lamour pou li mem avan, pou li kapav kontan lezot li ousi. »
La conférence-débat était organisée par le Rotary Club de Beau-Bassin/Rose-Hill en partenariat avec la mairie. Elle était présidée par Geerish Bucktowonsing, vice-président du club de la région, et a vu la présence du maire, Toussaint André. La prochaine activité rotarienne, la marche Never Walk Alone 2013, contre la violence domestique, aura lieu le dimanche 24 février.