Le Dr Amode Daoudjee Ismael, éminent médecin de La Réunion et passionné du peuplement de son île, a donné une conférence vendredi soir au Taher Bagh, à Port-Louis, sur l’histoire des premiers musulmans du Gujarat, Inde, qui se sont établis à La Réunion au temps de l’immigration indienne. « Les premiers arrivés dans l’île avaient l’esprit d’entreprise », a-t-il relaté en parlant de cette communauté religieuse.
Le Dr Amode Daoudjee Ismael est né à La Réunion, comme son père. Son grand-père paternel toutefois est venu du Gujarat faire le commerce avec les habitants de l’île. Il devait par la suite y rester. « Je suis médecin de formation et j’ai exercé pendant longtemps, explique le Dr Amode Daoudjee Ismael. Étant moi-même issu de la communauté gujarati, je me suis intéressé à mes origines afin de mieux connaître ma communauté. J’ai cherché au niveau des archives et des familles, comment sont-elles arrivées à La Réunion, via Maurice », indique-t-il. Se défendant d’être un historien, il n’en demeure pas moins que le Dr Amode Daoudjee Ismael est une personnalité importante de son île, ayant siégé dès 1982 au Conseil régional de la culture de l’éducation et de l’environnement, créé par le gouvernement français.
En 1986, à l’occasion de l’année de l’Inde en France, l’idée lui est venue entre autres de parler de l’histoire des Indiens à La Réunion. « L’idée est partie de là, dit-il. Travailler, chercher, parce que nous parlions essentiellement de l’histoire de France dans nos manuels et peu de celle de l’esclavage et de l’engagisme ». De ses recherches a été montée une exposition itinérante avec deux volets : celui des engagés indiens et celui des Gujaratis. « C’est comme ça que je me suis intéressé à l’histoire des musulmans gujaratis à La Réunion », indique-t-il.
On apprend ainsi que les premiers Gujaratis sont arrivés à La Réunion vers le milieu du XIXe siècle pour commercer « avec la bourgeoisie sur place ». De grosses entreprises de Bombay et de Surat, en Inde, affrètent alors des navires pour transporter le riz, les grains, les tissus qui sont vendus à travers des comptoirs installés dans l’île. Ces navires, raconte le Dr Amode Daoudjee Ismael, repartaient avec leurs cales remplies de sucre. De nombreuses allées et venues sont ainsi effectuées entre l’Inde et La Réunion via Maurice.
Restée à La Réunion par la suite, cette communauté de Gujaratis a certes grandi, mais le nombre de membres demeure indéterminé « parce qu’à partir de 1961, il n’y a plus de statistique sur la base ethnique ou religieuse à La Réunion ». Quant à leur profession, soutient le Dr Amode Daoudjee Ismael, ils sont beaucoup à avoir continué à commercer, mais leurs affaires se sont diversifiées principalement durant les dernières 40-50 années. Les Gujaratis sont désormais présents à tous les niveaux dans la fonction publique, dans l’enseignement, dans le judiciaire, et il en est de même à Maurice.
Ces derniers, selon le Dr Amode Daoudjee Ismael, ont joué un rôle important dans la découverte des îles des Mascareignes, avec, en ce temps, l’île Maurice nommée « dina arobi » et La Réunion, « dina morar » par les Arabes. « Dina », souligne l’interlocuteur, est un mot sanskrit. « Peut-être s’agissait-il du gujarati?? Nos jeunes pourront faire des recherches plus tard pour découvrir la vérité (…) À La Réunion, on nous appelle des Arabes. Mais ce n’est pas vrai car nous sommes d’origine indienne. Pourquoi arabe?? Probablement, parce que nous sommes musulmans. Parce que nos habits ressemblent à ceux des Arabes ».