Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a réaffirmé, hier, devant un parterre composé majoritairement d’opérateurs économiques, que l’estimation du taux de croissance de l’économie mauricienne pour cette année est maintenue à 3,6 % ou 3,7 % et que le « worst case scenario » d’un taux de croissance de 1,7 % prévu par la Banque mondiale est basé sur une contraction des économies européennes. Xavier-Luc Duval a également insisté sur l’indépendance du comité de politique monétaire (MPC) de la Banque de Maurice, plus particulièrement des cinq professionnels qu’il a nommés sur ce comité. Il a, par ailleurs, invité le secteur privé à considérer l’opportunité de créer un Corporate Council on Africa pour une coordination des actions ciblant l’Afrique.
Intervenant à l’ouverture d’une conférence organisée, au centre Swami Vivekananda, par la Stock Exchange Commission (SEC) sur l’internationalisation de la Bourse de Maurice et l’exploitation des opportunités en Afrique, le ministre des Finances a choisi de remettre les choses en perspective concernant les prévisions de croissance économique pour 2012. Il a aussi voulu réfuter les critiques concernant l’indépendance des membres du MPC après que le gouverneur de la banque centrale, Manou Bheenick, s’est retrouvé en minorité lors du vote concernant la baisse du taux d’intérêt directeur à la dernière réunion du comité en question. Selon le Grand argentier, il y a beaucoup d’inexactitudes dans l’interprétation d’un récent rapport de la Banque mondiale (BM) sur les perspectives économiques de Maurice pour 2012, rapport dans lequel la BM prévoit que le taux de croissance cette année baisserait de 200 points de base pour s’établir à 1,7 % en cas de contraction des économies des principaux partenaires (Europe et États-Unis plus précisément) de Maurice.
Valeur du jour, a soutenu Xavier-Luc Duval, le ministère des Finances anticipe une croissance de 3,6 %/3,7 % pour cette année. De son côté, la Banque de Maurice, a-t-il indiqué, a annoncé une estimation de 3,8 % alors la Mauritius Commercial Bank prévoit une croissance de 3,6 %. Les deux institutions de Bretton Woods, à savoir le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont estimé à 3,7 % le taux de croissance pour cette année. « Comme vous pouvez le constater, toutes ces prévisions convergent. Bien sûr, les choses peuvent changer quelque peu. Personne ne dispose d’une boule de cristal pour prédire comment les événements vont évoluer. Certainement, toute dégradation de la situation dans les économies européennes et américaine aura un impact sur notre économie vu que nous dépendons de ces marchés pour environ 65 % de nos recettes d’exportation », affirme M. Duval. « Même avec un taux de croissance de 1,7 %, a-t-il poursuivi, on doit se réjouir ».
Le ministre des Finances soutient que les derniers indicateurs montrent que les principaux partenaires européens de Maurice ne sont pas en récession. La France va enregistrer une croissance de 0,2 %, le Royaume Uni de 0,8 % et l’Allemagne de 0,3 %. Par contre, l’Italie sera en repli. Quant aux États-Unis, leur croissance est estimée à 1,8 % et, dans la région, l’Afrique du Sud afficherait un taux de 5,5 %, selon le ministre. « Le scénario de récession en Europe s’est estompé. Il n’y a pas de tsunami en Europe. La confiance remonte petit à petit chez les consommateurs européens ». Pour lui, l’estimation de croissance de 1,7 % pour Maurice « n’est pas d’actualité ».
Xavier-Luc Duval a quand même laissé entendre que le gouvernement s’est déjà préparé pour le pire, en faisant provision dans le budget d’un National Resilience Fund de Rs 7 milliards. Le gouvernement, dit-il, fera de son mieux pour maintenir l’économie sur la bonne trajectoire. Parlant des autres indicateurs, il a soutenu que le taux d’inflation tomberait à environ 4,5 % cette année (6,5 % en 2011) et que la balance des paiements laisserait un excédent d’environ Rs 2,5 milliards.
Indépendance du MPC
Se référant ensuite aux commentaires sur la récente décision du MPC en faveur d’une baisse de 50 points de base du taux d’intérêt directeur et aux critiques sur la nomination de certains de ses membres, le ministre des Finances a soutenu que le comité est totalement indépendant et qu’il « respecte ses décisions ». Les cinq membres qu’il a personnellement nommés, dit-il, sont des « well known and respected people » qui agissent en toute indépendance. Alain Madelin, affirme-t-il, est un ancien ministre des Finances de la France qu’il n’a jamais rencontré auparavant. Sylvana Tenreuro est une Associate Professor à la London School of Economics, Pierre Dinan est un économiste très respecté, Nishan Degnarain est un économiste et consultant formé à Harvard alors que Kamal Taposeea est un ancien CEO de Barclays Maurice. Le Grand argentier déclare que le ministère des Finances s’attendait à une baisse plus forte du taux directeur mais considère que la réduction du taux d’intérêt aura une incidence positive sur le coût du service de la dette des entreprises, surtout des PME.
Dans une déclaration à la presse à l’issue de son intervention officielle, Xavier-Luc Duval a soutenu que le gouverneur de la BoM « est un ami » et qu’il le rencontre régulièrement.
Par ailleurs, le VPM a axé la dernière partie de son intervention sur les opportunités offertes par l’Afrique. Le gouvernement, dit-il, travaille sur une feuille de route en vue de mieux cibler les marchés africains et intéresser les investisseurs étrangers à passer par la plateforme financière mauricienne pour structurer leurs investissements en Afrique. Il a, dans le contexte, parlé de la tenue de conférences à portée régionale, de l’augmentation du nombre de traités de coopération avec des pays d’Afrique, de campagnes médiatiques, entre autres. Le Grand argentier a, dans la foulée, proposé au Joint Economic Council (JEC) l’institution d’un Corporate Council on Africa où les secteurs public et privé pourront ensemble discuter des actions permettant à Maurice de saisir les opportunités en tant que passerelle vers l’Afrique.