Intervenant à la Conférence mondiale des cols blancs, qui s’est tenue du 19 au 20 avril dernier à Genève, en Suisse, le secrétaire général de la Confédération des travailleurs des secteurs privé et publics (CTSP), Reeaz Chuttoo, y a dénoncé la vulnérabilité et la surexploitation des travailleurs non-manuels (cols blancs) à Maurice. Il a accusé le gouvernement de violer la Convention N° 29 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur le travail forcé.
Dans son intervention, Reeaz Chuttoo a soutenu qu’avec la transformation technologique, les différences entre les cols bleus (travailleurs manuels) et les cols blancs (travailleurs non-manuels) s’estompent progressivement, surtout avec la transition progressive de la République vers une économie de services. Pendant longtemps, les syndicats ne s’occupaient que des travailleurs manuels. « D’autre part, les travailleurs cols blancs n’éprouvaient pas jusqu’ici la nécessité de s’organiser dans des syndicats cars ils croyaient que les problèmes de non-respect des droits fondamentaux, de licenciements abusifs et d’exploitation ne les toucheraient pas », a-t-il ajouté.
Ainsi, a poursuivi l’intervenant, les techniciens, les ingénieurs, les clerks et autres secrétaires, entre autres travailleurs cols blancs, se sentent de plus en plus démunis de par leur vulnérabilité face aux nouveaux défis qui se posent désormais à eux : heures supplémentaires, les problèmes psychosociaux qui en découlent, le burn-out et surtout l’incapacité à se faire entendre du patronat.
C’est dans ce contexte de l’avènement de la troisième révolution industrielle à Maurice, a déploré Reeaz Chuttoo, que se situe cette surexploitation des cols blancs. Cette troisième révolution industrielle est fondée sur le couplage des technologies de l’Internet et des énergies nouvelles. La deuxième révolution industrielle est, elle, fondée sur le pétrole et les énergies fossiles, tandis que la première est liée à l’utilisation de la technologie de la machine à vapeur pour faire rouler les machines et les usines en remplacement des ateliers et des manufactures.
« Kan mo inn prezant ka Moris, bann partisipan dan sa konferans-la finn dakor ek mwa ki ena enn violasion Convention 29 de l’Organisation internationale du travail (OIT — voir encadré) lor travay force ki enn konvansion fondamantal de l’OIT ki Moris inn ratifie », a déclaré au Mauricien le syndicaliste.
Reeaz Chuttoo s’est notamment appesanti, lors de son intervention, sur l’article XVI (5) (a) (b) de l’Employment Rights Act (ERiA) qui fait provision pour le paiement d’un « global package », qui par définition comprend tous les paiements en cash et en espèces, y compris celui des heures supplémentaires. « Aujourd’hui, de très nombreux travailleurs, dont la plupart sont des cols blancs, sont employés sur des contrats « global package » qui comprennent déjà le paiement des heures supplémentaires qu’ils sont obligés de faire sans aucun préavis, en contravention de la Convention 29 de l’OIT », s’est-il indigné.
Pour soutenir ses dires, le syndicaliste a cité, entre autres, le cas d’Airmate, une filiale de la compagnie d’aviation nationale Air Mauritius. « Nou pe sirtou konteste bann kontra global ki obliz ban travayer col blanc fer overtime parey kouma existe dan Airmate. Akoz dan kontra global ena heur siplemanter obligatwar ki considere kouma travail force sou Convention 29 », a-t-il ajouté pour Le Mauricien. « De nou retour a Moris, nou pou denons gouvernement morisien pou violasion de la Convention 29 », a-t-il promis.
Des affiliés d’IndustriALL Global Union de 18 pays du monde entier étaient réunis à Genève, en Suisse, pour la Conférence mondiale des cols blancs, les 19 et 20 avril derniers. Les 52 participants, dont 22 femmes, venus de 28 syndicats (dont la CTSP) ont reconnu la nécessité d’organiser les travailleurs cols blancs dans un monde qui s’automatise de plus en plus.