« À Maurice, on pense qu’on est interculturel mais on est davantage multiculturel ». C’est l’avis d’Allia Syed Hossen-Gooljar, présidente, au sein du MACOSS, du comité organisateur d’une conférence sur l’interculturel. Prévue hier à la mairie de Port-Louis, elle a été reportée à cause du cyclone à une date ultérieure. Pour Mme Gooljar, bien souvent, le mot interculturel est utilisé à tort et à travers sans que l’on connaisse son vrai sens. Or, « interculturel implique des interactions entre les cultures et tel n’est pas le cas chez nous », estime-t-elle, ajoutant que « s’il y a des malentendus, c’est justement par manque de dialogue ».
« On a tendance à mettre en avant des slogans tels “enn sel lepep, enn sel nasion”, “société arc-en-ciel”, “unité dans la diversité”, mais de quelle unité parle-t-on ? » lance notre interlocutrice, qui détient un certificat en Peace and Inter-faith Studies à l’Université de Maurice. Si elle concède qu’il existe une harmonie parmi les différentes cultures dans le pays, celle-ci n’est, à son sens, pas suffisamment profonde. « Sinon on n’aurait pas connu tous ces dérapages. Dès qu’un problème surgit, on est tenté d’imputer cela à une communauté particulière ».
Ce qui l’amène à dire que cette harmonie est « fragile ». « Une simple étincelle est susceptible de provoquer une explosion. On a vu cela en 1969, en 1999. Il faut travailler ce côté interculturel ». À titre comparatif, Mme Hossen-Gooljar nous renvoie aux dissensions politiques et religieuses en Bosnie dans les années 1980 « alors que les différentes religions avaient vécu en parfaite harmonie pendant bien des décennies. Quand cette entente a volé en éclats, les gens ont vu l’autre religion comme un ennemi. Pourtant, ce peuple formait une seule société ». D’où l’importance, souligne-t-elle, de constamment « travailler sur cette interaction ».
L’intérêt de la conférence est justement de promouvoir le dialogue entre les diverses cultures de l’île. A-t-on besoin, aujourd’hui plus qu’hier, de bâtir des ponts entre les cultures ? Mme Hossen-Gooljar répond par l’affirmative, estimant qu’il « existe de grands défis dans le monde moderne ». Plus de temps pour le dialogue, moins de “chacun pour soi”, « autrefois, les gens vivaient l’interculturel de manière plus naturelle. Aujourd’hui, il y a des malentendus et c’est justement parce qu’il y a un manque de dialogue ».