Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Manou Bheenick, a réaffirmé hier après-midi que la banque centrale n’a pas d’objectif précis quant à l’évolution du taux de change de la roupie et qu’elle met tout en oeuvre pour que le marché monétaire puisse fonctionner librement. C’était lors de son intervention à l’hôtel Le Labourdonnais à l’occasion d’une conférence organisée conjointement par la Financial Markets Association (FMA), qui regroupe les cambistes et responsables de trésorerie de diverses institutions, et Thomson Reuters, fournisseurs d’informations à caractère financier et de systèmes et solutions pour les cambistes.
Devant un parterre composé d’une centaine de professionnels spécialistes du marché monétaire, Manou Bheenick s’est appesanti sur le fait que toute intervention de la BoM sur le marché des devises a pour but principal de « corriger les excès ». Selon le gouverneur de la banque centrale, « we have no exchange rate target », avant de rappeler, dans le même souffle, que les multiples interventions de la BoM, dans le cadre de la reconstitution de ses réserves en devises, ont permis de combattre une trop forte appréciation de la roupie (tant décriée à un certain moment par les exportateurs locaux). La BoM a ainsi vu ses réserves en devises se multiplier par quatre pour atteindre environ USD 4 milliards. La justesse de la politique adoptée par les autorités bancaires, a poursuivi Manou Bheenick, est confirmée par l’évolution de l’indice du taux de change, le Mauritius Exchange Rate Index (MERI). L’indice, a-t-il précisé, s’est maintenu plus ou moins, sur une « straight line » depuis plusieurs mois. Et le gouvernement d’ajouter : « We have no reason to be unhappy. »
Cependant, le No 1 de la BoM n’a pas manqué de faire état de la situation difficile qui prévalait au deuxième trimestre de 2010 lorsque les autorités bancaires avaient noté des activités inhabituelles sur le marché des devises et une « étrange volatilité » du taux de change de la roupie. Quelques cambistes, a-t-il précisé, manipulaient le marché. Déjà, à ce moment, le niveau de confiance dans le secteur bancaire en général était à un niveau plutôt bas, surtout après la crise financière globale. Tout en reconnaissant que « the theory of efficient market does not work in a small market » comme celui de Maurice, il explique que la BoM a dû s’interposer pour devenir le fournisseur de devises de la corporation responsable de l’importation de produits pétroliers. Manou Bheenick a laissé entendre que la BoM est prête à « step back » si elle considère que les conditions sont retournées aujourd’hui à la normale. Il a, en outre, indiqué que la banque centrale envisage d’émettre des directives en vue de réguler les activités des cambistes et de sanctionner ceux trouvés coupables de mauvaise conduite.
Évoquant ensuite la situation d’excès de liquidités sur le marché monétaire, Manou Bheenick a annoncé que la BoM a eu à puiser dans ses propres réserves pour essayer de régler ce problème épineux. À travers ses propres titres, la BoM a ainsi épongé Rs 25 milliards et ses nombreuses interventions sur le marché représentent actuellement 7% du Produit intérieur brut de Maurice, soit 350 fois le taux attribué pour les interventions de la Réserve Fédérale sur le marché américain pour booster le marché des États-Unis après le déclenchement de la crise financière. « We cannot continue on this trend », a argué Manou Bheenick. Ce dernier a parlé les mesures prises pour éponger l’excès de liquidité, les incitations offertes aux entreprises pour émettre des obligations, des titres émis par l’État et indexés sur l’inflation, entre autres.
Il s’est par ailleurs exprimé sur la récente émission de titres destinés exclusivement à des investisseurs individuels. « Le développement d’un marché secondaire pour les titres émis par le gouvernement est une priorité pour la BoM », a dit Manou Bheenick, qui reconnaît toutefois que le marché monétaire manque de profondeur. La banque centrale, a-t-il ajouté, est disposée à accorder des permis à de nouvelles banques qui ciblent d’autres segments du marché.