« Les songes ne relatent pas le passé mais sont les brouillons de nos lendemains. » Ils servent en quelque sorte à « se réinitialiser » en vue de la nouvelle journée qui s’annonce et de celles qui suivront. Nous devons ce changement d’optique, par rapport au canon freudien du désir refoulé, à Tobie Nathan, père de l’ethnopsychiatrie après Georges Devereux. Il présentera son dernier livre — La nouvelle interprétation des rêves — le jeudi 28 février, à 18 h, à l’Institut Français de Maurice.
Avec La nouvelle interprétation des rêves, Tobie Nathan est venu apporter en 2011 un nouveau souffle à un domaine majeur de la psychologie et de la psychanalyse. Le rêve est en effet un élément majeur de la psyché de chaque individu, jouant un rôle fondamental dans la construction de l’identité et l’art de vivre sa propre vie. Seulement voilà, les rêves appartiennent au monde du sommeil et de la nuit et ils s’évanouissent le plus souvent dans les secondes qui suivent le réveil…
Depuis L’interprétation des rêves de Sigmund Freud publiée à l’aube du XXe siècle, la psychologie, la psychiatrie et la psychanalyse n’ont cessé de s’enrichir et de s’affiner. Les neurosciences ont aussi fait des bonds extraordinaires permettant de mieux connaître le cerveau et les maladies qui l’affectent. Une science du sommeil s’est même développée permettant d’en comprendre les phases de manière beaucoup plus approfondie. Pour écrire ce nouveau livre, Tobie Nathan a non seulement tenu compte de ces progrès, mais il s’est aussi appuyé sur les grands classiques de l’Antiquité et sur ses vastes connaissances des cultures du Sud. À travers les continents, le rêve occupe une place prépondérante, assumée et acceptée dans de nombreuses cultures, chez les aborigènes, dans l’animisme comme chez les chamans et autres voyants.
Dans ce livre qui, selon la critique française, se lit comme un roman, Tobie Nathan propose une synthèse de cette réflexion permettant de répondre à quelques questions de base : comment fonctionne le rêve ? Quelle est son utilité ? À quoi sert le cauchemar ? À qui raconter ses rêves et à qui, surtout, ne pas les raconter ? Comment les interpréter et comment les décoder ? etc. En France, Tobie Nathan a particulièrement marqué les esprits dans le domaine de la psychologie, de la psychiatrie et de la psychanalyse, dans les années 70 et 80 en devenant l’ethnopsychiatre le plus connu du pays. Fondateur avec Georges Devereux de la première revue francophone consacrée à cette démarche particulière dans l’approche des troubles psychologiques, il a pratiqué et développé des méthodes de traitement et d’analyse appropriés aux migrants installés en France.
Son ouvrage, L’influence qui guérit, apportait à ce titre une réflexion riche d’enseignements, qui vont bien au-delà de la stricte relation entre un patient et son psychologue, psychiatre ou psychanalyste. Il apportait une réflexion très utile non seulement pour ces pratiques médicales mais aussi plus généralement pour la perception et la compréhension mutuelles entre les diverses populations migrantes et française qui se côtoient à l’hôpital, dans les services sociaux, dans les cités et dans la rue.
Tobie Nathan a beaucoup publié sur cette question, engagé des programmes de recherche, enseigné la psychologie et notamment créé le Centre Georges Devereux à Paris VIII au sein du laboratoire « Psychologie, pratiques cliniques et sociales ». Tobie Nathan a pris ses distances par la suite avec la profession en devenant Conseiller de coopération et d’action culturelle dans des ambassades françaises sur le continent africain. Une expérience nouvelle et une immersion qui ont peut-être favorisé l’écriture de son nouveau livre sur les rêves, qui a été accueilli comme un événement dans la presse en France.