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Les conséquences de la pandémie de Covid-19 seront lourdes sur la santé mentale et physique des Mauriciens, préviennent les spécialistes. Les angoisses, la léthargie, l’agacement, autant de facteurs qui risquent de s’aggraver durant le confinement, préviennent les experts contactés par Scope.

Dr Meghna Ramnarain (Psychiatre) :

“Des séquelles sur la santé mentale”

“Nous devons être conscients des séquelles qu’aura cette pandémie sur la santé mentale. Il est urgent que nos décideurs politiques commencent à étudier une approche ciblée pour gérer efficacement son impact sur notre mental. Ils devront aussi prendre soin de nos soignants”, suggère le Dr Meghna Ramnarain, psychiatre.

“Le confinement lui-même nous fait nous sentir si impuissants et piégés. Cela provoque du stress”, observe la psychiatre. “Depuis deux semaines, il y a eu une augmentation considérable du nombre de patients sollicitant une assistance en santé mentale pour des raisons allant de l’exacerbation des crises de panique, à l’indisponibilité de médicaments. En passant par la crainte de se rendre à l’hôpital ou simplement pour le besoin d’être entendu par un professionnel de la santé”.

Les autres symptômes à prendre en considération sont la mauvaise humeur, l’insomnie, l’anxiété, la colère, l’irritabilité, l’épuisement émotionnel, la dépression et le stress post-traumatique.

Dr Hemraj Shibchurn (Médecin généraliste) :

“N’arrêtez pas vos soins et traitements”

“Le confinement ne sera pas sans conséquence pour le corps et l’esprit”, avertit le Dr Hemraj Shibchurn. “À court terme surviendront des problèmes assez communs, à commencer par la prise de poids”, poursuit le médecin. Les risques seront aggravés si les Mauriciens ne font pas suffisamment attention à leur hygiène de vie. “Le corps a besoin de régularité. Il ne faut pas bousculer tous les repères”.

Chaque jour, il reçoit des appels de nombreux patients stressés ou apeurés par le virus. Néanmoins, concernant les patients atteints de maladies chroniques (diabète ou problèmes cardiovasculaires), il note une baisse des consultations. Ce qui ne manque pas de l’inquiéter. “Il est évident que les gens respectent les consignes de confinement mais le suivi de ces patients ne doit pas s’achever.”

Il est essentiel, selon lui, que les malades n’interrompent pas leurs soins. Dans cette optique, il attire l’attention sur les personnes âgées ou fragiles psychologiquement. Voire celles atteintes de troubles psychiatriques, qui doivent être surveillées de près. “Le risque est élevé, il faut rester vigilant”, conclut le Dr Hemraj Shibchurn.

Claire Gabriel (Psychologue & Coach) :

“Organiser son quotidien”

Seul ou en famille, le confinement peut impacter quiconque. “Être seul peut s’avérer pesant au-delà d’un certain temps. Il faut faire attention à ne pas succomber au laisser-aller”, souligne Claire Gabriel. Il est important, dit-elle, de planifier un emploi du temps. Par exemple, elle conseille de continuer à se lever à une certaine heure chaque matin, à se laver, s’habiller, et se fixer un agenda de travail ou des activités à accomplir tout au long de la journée. Car il ne faut pas oublier que confinement ne veut pas dire vacances. Les vacances sont une période choisie. Or, explique-t-elle, “en ce moment, le choix n’est pas donné. Il y a énormément d’angoisses et de craintes.”

Durant une longue période de léthargie, le manque de motivation et de dynamisme peut amener à la déprime ou à la dépression nerveuse. Pour la psychologue, “perdre le contrôle de sa vie n’est jamais facile et cela fait d’ailleurs partie des plus grandes peurs de l’être humain”. Préparer l’après confinement peut aider à se concentrer sur ce que l’on doit faire afin de retrouver contrôle et confort.

Concernant le confinement en famille, la psychologue explique : “Chaque membre de la famille a son propre rythme, mais aussi son propre caractère. Souvent, cela peut provoquer des étincelles. La plupart des familles n’ont pas l’habitude de vivre ensemble pendant plus de quelques jours. Il est donc primordial de se fixer des règles de savoir-vivre dès le début”. Ces règles doivent considérer les envies et désirs de chacun afin de valoriser tout le monde et ne mettre personne de côté. Il faut penser à partager les corvées ménagères, par exemple, afin que ça ne soit pas toujours les mêmes qui les fassent, et ainsi éviter un débordement de frustration. De plus, selon elle, “il est essentiel de détacher du temps pour de bons moments en famille, que ce soit pour cuisiner ensemble, jouer à des jeux de société, profiter du jardin ou encore organiser une chasse au trésor”.

Nirusha Pahladi (Nutritionniste) :

“Eviter les écarts et garder le rythme des repas”

“La période de crise que nous traversons peut influer nos habitudes alimentaires”, souligne Nirusha Pahladi. Elle recommande de garder un rythme de trois repas par jour, à des heures fixes, plus une collation légère au goûter, comme un fruit ou un laitage, pour éviter les écarts de glycémie et ainsi prévenir les envies de grignoter, qui se portent toujours sur des aliments gras, salées et sucrés. De plus, en cette période d’épidémie virale, la nutritionniste conseille de privilégier les aliments connus pour booster le système immunitaire en faisant le plein de vitamine C (fruits et légumes), de vitamine D (poissons gras, oeufs), de zinc (germes de blé), et de fer (viande rouge). Contre le stress, elle préconise de remplacer le chocolat par une poignée d’amandes pour la collation et de ne pas négliger les légumes.