Dr Didier WONG CHI MAN

Professeur en lycée, Paris

Le Covid-19 a chamboulé le monde. Nos modes de vie habituels ont été mis entre parenthèses. Nous nous retrouvons dans une situation sans précédent, nous obligeant à nous adapter et à suivre les consignes gouvernementales pour le bien-être de la population.

Les vacances scolaires viennent de prendre fin et la question de la poursuite des cours, et plus précisément la continuité pédagogique, se pose. Comment organiser cette continuité alors que le système éducatif national n’était absolument pas préparé ? Comment faire en sorte que tous les élèves puissent continuer à avoir accès aux cours ? Comment gérer la distribution des cours et des devoirs ? Comment ne pas laisser au bord du chemin certains élèves ? Comment gérer le temps de travail à la maison ? Est-ce que tous les élèves et les étudiants ont à disposition un ordinateur, un smartphone ou un accès à Internet en illimité ? Autant de questionnements qui interrogent le fonctionnement de cette pédagogie à distance.

Qu’est-ce que la continuité pédagogique ?

Il s’agit pendant ce temps indéterminé (le virus étant imprévisible), de GARDER LE LIEN entre l’élève et ses professeurs. Il faut comprendre que ce confinement n’est pas la prolongation des vacances scolaires. Disons d’emblée que la continuité pédagogique a son importance dans la mesure où il faut éviter à tout prix le DECROCHAGE SCOLAIRE. Ce dernier touche essentiellement les élèves qui sont en difficulté (mais pas exclusivement) et couper le lien avec l’école serait nuisible et dommageable. La continuité pédagogique consiste à s’assurer que les élèves poursuivent des activités scolaires leur permettant de progresser dans leurs apprentissages.

En France, la continuité pédagogique a été mise en place dès le début du confinement. Cela a été fait à tâtons mais on peut dire qu’elle fonctionne plus ou moins bien grâce à l’esprit inventif et l’investissement des professeurs (l’utilisation des supports technologiques : blogs, « clouds partagés », Facebook, WhatsApp et autres applications vidéo, audio, etc.). Tous les établissements scolaires français disposent de plateformes numériques de communication (pronote, vie scolaire, etc.) qui font le lien entre l’école, l’élève, les professeurs et les parents tout au long de l’année. L’espace numérique de travail dans tous les établissements publics français est devenu obligatoire et propose de multiples logiciels pédagogiques que les professeurs et les élèves peuvent utiliser. Ces outils ont été des facilitateurs pour aborder ce travail scolaire à distance. Pour assurer son bon fonctionnement, il faudrait que la continuité pédagogique mobilise les supports usuels :

– Des supports numériques ressources créés par les enseignants et les ressources éditoriales disponibles.

– Des manuels scolaires en possession des élèves.

– Les ressources disciplinaires des institutions comme le MIE, les bibliothèques en ligne, etc.

– Les échanges de mails avec les parents.

Cependant, ce qui est primordial, c’est de préparer sa mise en place en concertation avec les diverses parties. Le ministère ne peut décider seul et ordonner sa pratique. Il doit travailler avec les acteurs principaux de l’éducation à savoir : les enseignants, les inspecteurs, les formateurs, les ingénieurs et les techniciens informatiques. Tout ne sera jamais maîtrisé en si peu de temps, mais il faut absolument que tout soit fait avec méthode et cohérence afin que cette démarche fasse sens.

Maurice doit éviter quelques écueils relevés par quelques syndicats d’éducation français. Cette continuité pédagogique doit prendre en compte les facteurs qui desservent son fonctionnement. Il ne faut pas que la maison devienne une deuxième école, que les enfants pratiquent et étudient selon leur emploi du temps habituel (comme certains enseignants et parents français ont pu l’interpréter), que les enseignants agissent comme s’ils étaient présents devant les élèves et qu’on les bombarde de travaux à réaliser en minimisant les difficultés connexes. En revanche, il faut que les cours soient adaptés par rapport à la situation car les cours à distance ne relèvent pas de la même pédagogie, ni de la même didactique, ni de la même méthodologie.

Les cours en vidéo conférence ne sont pas une priorité absolue. Néanmoins, si certains enseignants veulent l’expérimenter, ils devraient jauger tous les paramètres et risques que cela engendre : le droit à l’image, le risque que les cours circulent sur la toile du web et les réseaux sociaux, la gestion d’une classe à distance, etc. Mieux vaut sans doute privilégier des supports écrits si les supports vidéos ne sont pas maîtrisés. Il faudrait peut-être (en fonction des matières) diriger les élèves vers des sites web éducatifs, culturels, artistiques ou scientifiques pour effectuer des recherches de façon autonome et restituer un travail léger et sans trop de complexités. Il serait également plus judicieux d’utiliser ce temps de confinement pour privilégier des révisions et de s’assurer que les compétences ont bien été acquises. Ce qui est primordial comme je l’ai précisé, c’est de garder le lien avec les élèves et les rassurer. La bienveillance à leur égard doit être le maître mot. Pour cela, une communication régulière doit être établie avec chaque élève afin de s’assurer qu’il n’est pas en situation de décrochage.

Finalement, je dirai que ce temps de confinement doit aussi être un temps de partage entre parents et enfants, un temps que l’on prend pour discuter, un temps de retrouvaille peut être pour certaines familles. Ce temps familial doit à mon sens primer sur l’acharnement scolaire quotidien que vivent ou qu’ont vécu certaines familles françaises qui se sont retrouvées à faire l’école à la maison à temps plein. Favorisons alors le bien-être de l’enfant, mais gardons contact avec sa scolarité en gérant son temps de travail. Les enseignants doivent prendre en compte tous ces paramètres en ayant conscience que l’école est certes une priorité, mais l’angoisse et les difficultés qu’occasionne ce satané virus ne doivent pas mettre en péril notre psychisme et notre santé. Le confinement est déjà lourd à supporter. Alors chers enseignants, apportez un peu de légèreté

sérieuse dans votre pédagogie à distance. Apprenez à apprendre différemment.