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Comme d’autres hommes d’affaires étrangers, des investisseurs taïwanais, dans le pays depuis quelques années, ont été pris de court par l’annonce du gouvernement de mettre tout le pays en confinement. Aussi ces derniers ont-ils dû revoir le fonctionnement de leurs opérations, qui ont été grandement affectées. Le seul moyen de tenir reste pour eux le télétravail. Mais pour combien de temps encore, se demandent-ils, ne sachant en effet pas combien de temps le confinement continuera.

« Nos opérations sont affectées depuis que le pays est en confinement. Franchement, on ne s’attendait pas à cette décision. Une fois cette décision annoncée, nous avons dû annuler toutes nos exportations le lendemain et informer nos clients étrangers de cette décision subite », explique au Mauricien Matthew Liou, président de la Taiwanese Chamber of Commerce. Selon lui, certains de ses employés avaient déjà fait état de « rumeurs » le 19 mars, ces derniers l’informant même qu’il se pourrait que le gouvernement décide de confiner tout le pays le lendemain. « Si cette rumeur est sortie du bureau du gouvernement, on aurait pu nous informer à l’avance pour que nous puissions nous préparer », dit cet homme d’affaires, installé à Maurice depuis 2017.

Quoi qu’il en soit, ces investisseurs, qui opèrent principalement dans le domaine du textile, du fret et du tourisme et des loisirs, ont été rattrapés par les événements. « Toutes nos activités ont cessé. En tant qu’entreprise engagée dans l’exportation, nous ne pouvons pas exporter les commandes de nos clients alors que nos matières premières continuaient de rentrer au pays », ajoute-t-il. Une situation « difficile à gérer », selon lui. Et de faire ressortir qu’une entreprise « ne pouvant pas générer de production, ni répondre aux attentes de ses clients, verra son cash-flow mort ».

Le secteur manufacturier, dans lequel cette entreprise est engagée, ressentira, selon lui, encore plus de difficultés. « Nous devons continuer à payer tous les coûts fixes et les salaires, même en période de confinement », note cet entrepreneur, précisant qu’il s’agit d’une vingtaine d’employés, tous des Mauriciens. La charge, dit-il, « sera lourde » et « ce sera difficile de tenir » pour les entrepreneurs taïwanais dont le nombre d’employés dépasse les 500. Un de ses membres, qui possède une entreprise à Maurice, est justement dans ce cas. « Il aura des problèmes sérieux si le confinement dure au-delà de deux semaines », dit notre interlocuteur. Une situation que vivront selon lui d’autres entreprises taïwanaises à Maurice.

Abordant le transport maritime, il avance qu’environ 600 navires taïwanais accostent à Maurice chaque année pour l’entretien et l’approvisionnement. Un chiffre qui, dit-il, ne comprend pas les autres navires en provenance d’autres pays. « À cause de ce lockdown, les navires n’ont eu d’autre choix que de quitter le pays sans s’approvisionner », dit-il avec regret. D’autant que ce confinement, pour Matthew Liou, affecte à la fois l’industrie du transport maritime, l’activité de ravitaillement des navires et la pêche. Depuis que le pays est confiné, Matthew Liou explique que les investisseurs comme les employés travaillent de chez eux. « Les activités ne fonctionnent pas et nous n’avons pas le choix : nous devons rester chez nous. Heureusement que nous avons notre ordinateur portable et une bonne connexion à l’Internet, ce qui nous permet de travailler », dit-il.

Il fait cependant part de sa crainte que l’économie mauricienne ne tombe en récession, tout en reconnaissant évidemment que le monde entier se retrouve dans la même situation. Selon lui, en cas de récession, les entreprises exportatrices devront alors revoir leur stratégie, notamment de savoir si elles doivent ou non quitter Maurice. Malgré tout, dit-il, les entreprises taïwanaises se focalisant davantage sur le marché local « pourront mieux résister » et « resteront plus longtemps ». Dans le même souffle, il rappelle que les Taïwanais ont investi « bien avant le coronavirus » et sont donc au pays « depuis très longtemps », certaines depuis même environ trois ans, précise-t-il.

Quoi qu’il en soit, le Covid-19 aura mis à mal le monde des affaires. Est-ce pour autant que les entrepreneurs en tireront une leçon ? Selon notre interlocuteur, « tout peut arriver dans la vie d’une entreprise » mais durant ce temps de crise, « on ne peut pas faire grand-chose ». De même, il juge « difficile de dire si nous avons sous-estimé le virus », ajoutant toutefois que Maurice « doit prendre toutes les mesures de précaution nécessaires, et même plus que les autres pays d’Afrique ». Seul problème, selon lui : « Les mesures de précaution doivent être appliquées avec plus de prudence et plus de sérieux. Toutes les couches de la population doivent être prises en compte. »

La Taiwanese Chamber of Commerce à Maurice est une plateforme réunissant les hommes et femmes d’affaires taïwanais de Maurice pour l’échange d’informations et d’opinions. Elle répond aux appels des entreprises taïwanaises désirant investir à Maurice et celles voulant mieux connaître le marché mauricien et l’environnement des affaires. En ce moment, la Chambre de commerce taïwanaise comprend 15 membres engagés dans le secteur manufacturier, le transport maritime, le détail, le tourisme et la construction.