Contrairement à plusieurs autres pays Maurice continue d’interdire la pratique du sport en individuel dans les lieux publics et ouverts. Les adeptes de runs, de marche, de vélo, entre autres, sont d’avis que les autorités auraient dû avoir réfléchi pour autoriser des activités sportives en solo à des heures précises et selon des conditions définies. Pour ces derniers, cela comporte moins de risque que d’aller au supermarché ou de voyager dans les transports en communs, par exemple. Sans compter que cela aurait eu un impact positif sur la santé, le physique et le mental des gens.

Bientôt, de nombreux de lieux seront de nouveaux accessibles à la population — salon de coiffures, quincailleries, boulangeries — suivant les directives. Toutefois la pratique des activités sportives collectives et individuelles reste interdite. S’il est évident que la reprise des sports collectifs ne doit pas être pour sitôt, l’interdiction de courir, de marcher, de pédaler, de nager, de surfer, de faire des exercices en plein air, et seul laisse dubitatif et tient d’un certain non-sens. En effet, comme cela s’est fait dans plusieurs pays, il était attendu des autorités qu’elles définissent des horaires, des espaces et des conditions dans lesquelles les activités sportives en individuel auraient pu être autorisées. Courir, nager ou pédaler seul dans un espace ouvert comporte moins de risque que de voyager à plusieurs dans des bus ou des taxis ou d’avoir à faire queue les uns collés aux autres comme cela a été vu la semaine dernière.

Bien-être psychologique et physique

Sollicité par Scope Jean-Marc Rivet, président de l’Association Rando Trail & Nature explique : « La pratique des sports extérieurs et des sports nautiques en individuel sous certaines conditions ferait du bien psychologiquement et physiquement à ceux qui s’y adonneraient. » Le kite surfer Jean de Falbaire est d’avis que « C’est vital de faire un minimum de sport pour être en bonne santé, pour prendre l’air, s’aérer l’esprit et oublier les tracas du quotidien surtout en ce moment où les Mauriciens font face à des difficultés sur les plans économiques et sociales. » Pour ce dernier, il faudrait avoir le droit de pratiquer une marche, faire une course à pieds ou autre et que les baigneurs puissent aller en mer, tout comme ceux qui pratiquent un sport nautique en individuel. Tout cela dans le respect des règles sanitaires pour ne pas propager ou attraper le virus.

Ce n’est pas uniquement ceux qui pratiquent un sport de haut niveau qui sont concernés, souligne Jean Marc Rivet. Faire une marche, se dégourdir les jambes que ce soit sur la route ou dans un champ de cannes, à la montagne, etc. soulagerait n’importe qui, même les enfants. Christopher Lagane, coureur cycliste précise que s’adonner à une activité sportive en solitaire ne dérange et n’affecte personne autour. « Il y a moins de risque d’aller faire une balade dehors à vélo que d’aller au supermarché. Faire un peu de sport et bouger fait plus de bien qu’autre chose. » Sans compter que la pratique du sport renforce le corps contre les maladies et maintien la santé. C’est d’ailleurs ce que viennent souvent rappeler les autorités dans les campagnes contre le diabète, le cholestérol, entre autres complications liées au manque d’activité physique.

Modèles étrangers

La trailer mauricienne, Sabine Busviah-Leroux cite l’exemple d’autres pays qui ont mis en place des protocoles pour les sportifs durant le confinement. « En France, les sorties sportives individuelles sont autorisées pendant un temps limité autour de chez soi. » Il en va de même pour la Suisse où « chaque personne avait le droit de faire deux heures de randonnées ou une autre activité. En Australie, le sport était aussi toujours toléré, les gens allaient toujours dans l’eau tout en respectant les distances », observe Jean de Falbaire. Ainsi, ce sont des protocoles qui ont fait leurs preuves considère Jean Marc Rivet : « Nous n’allons pas réinventer la roue. D’autant plus que ce sont des pays plus sévèrement touchés que nous. »

Lion en cage

Le nombre de sportif de haut niveau pratiquant des sports en individuel pour qui il est essentiel de continuer à pratiquer pour garder la forme à Maurice est important, constate Jean De Falbair. Il est évident que tous les squats, pompes, et séance de vélos d’intérieur ne suffiront jamais à compenser le manque à gagner au niveau physique. Après cinq semaines à s’entraîner et pratiquer sur un vélo d’intérieur, l’état d’esprit n’est plus le même selon Christopher Lagane. Au cours des semaines la motivation s’amenuise à petit feu. « Si j’ai la chance d’avoir un entraineur à la maison, et de pouvoir maintenir ma condition, d’autres sont moins chanceux et ce sera long avant qu’ils ne retrouvent leurs pleines formes. »

Selon le marcheur Jérôme Caprice, le sport, ne devrait pas être interdit. « Il convient d’encourager et non de rendre la vie compliquée à ces athlètes qui s’entraînent dur pour atteindre un certain niveau pour rendre leur pays fier lors de compétitions nationales ou à l’étranger. » En ces temps compliqués, la trailer mauricienne Sabine Busviah-Leroux est « comme un lion en cage. » En tant que sportive professionnelle habituée au grand air, être en quatre murs tout en essayant de maintenir sa condition est un vrai calvaire.

Pour toutes ses raisons, Jean Marc Rivet réitère un appel aux autorités lancé par de nombreux sportifs amateurs et professionnels : « Nous sommes conscients que le gouvernement gère plusieurs demandes simultanément, et je peux comprendre que celle de pratiquer du sport en extérieur n’est probablement pas une priorité. Comme les choses semblent être sous contrôle, et que certains secteurs d’activités s’ouvrent peu à peu il devrait y avoir une possibilité d’assouplir les règles pour autoriser la pratique du sport en individuel. »