Il avance de surcroît : « Le commissaire de police a outrepassé les Regulations concernant le Work Access Permit »

L’Union of Artisans and Allied Workers of the Cane Industry (UAAWCI) et l’Artisans and General Workers Union (AGWU) ont écrit au Chief Operations Officer d’Alteo Milling, Sébastien Lavoipierre, pour dénoncer la démarche de la compagnie de reprendre le travail à partir du 16 avril sans consulter les syndicats. Selon Ashok Subron, cette démarche est « illégale », étant donné que nous sommes toujours sous couvre-feu sanitaire et qu’Alteo Milling est enregistrée comme « producteur de sucre », et donc ne figurant pas parmi les services essentiels prévus dans les Regulations. Dans ce contexte, les syndicats estiment que le Work Access Permit délivré par le commissaire de police, Mario Nobin, est « non valide ». Quelques employés d’Alteo Milling ont tout de même repris le travail jeudi dernier.

La lettre, signée d’Ashok Subron, de Dany Boussac et de Lall Dewnath, est adressée en copie aux ministres de l’Agro-industrie Maneesh Gobin et son collègue du Travail, Soodesh Callichurn, ainsi qu’au Senior HR Manager d’Alteo Milling, Mario Antonio. Les deux syndicats rappellent d’emblée qu’ils sont des organisations reconnues par la compagnie et que 84 personnes de sa « bargaining unit » sont concernées par cette décision. Les syndicats s’appuient sur des arguments légaux pour soutenir leur position. D’abord, qu’Alteo Milling opère sous licence de la Mauritius Cane Industry Authority, « to mill sugar cane and produce sugar ». Ils disent ainsi ne pas comprendre comment le commissaire de police, Mario Nobin, a pu octroyer un Work Access Permit à Alteo Milling pour que ses employés viennent travailler sous le couvre-feu sanitaire. Celui-ci mentionne que les travailleurs concernés doivent assurer la maintenance de l’usine afin de fournir la bagasse à la centrale thermique. L’UAAWCI et l’AGWU disent avoir pris avis de leurs conseillers légaux qui estiment que ce Work Access Permit est non valide, illégal et en violation de la Public Health Act et des Prevention and Mitigation of Infectious Disease (Coronavirus) Regulations 2020.
Les syndicats sont donc d’avis qu’il n’y a « aucune obligation » pour ses membres à se rendre au travail pendant la période de couvre-feu national, comme il leur a été demandé. Ils mettent également en garde contre « toute tentative d’intimidation » et d’obligation envers les employés concernés pour que ceux-ci reprennent le travail. Les syndicats dénoncent également la démarche d’Alteo Milling de demander des informations relatives à leur santé à ses membres. « Furthermore, we are very concerned that you have also accompanied your request to attend duty, by a ‘medical investigation form’; where you have illegally sought to get private, personal, confidential information to which you are not entitled to, under any law », écrivent les dirigeants.
L’UAAWCI et l’AGWU se disent également « choqués » que, « par un temps de crise pareil, la compagnie ait choisi de ne pas communiquer avec les syndicats ». Ces deux organisations affirment que leurs membres ne reprendront pas le travail tant qu’il n’y aura pas un dialogue et un accord concernant la demande de la compagnie, avec une évaluation des risques et des garanties sanitaires. Les syndicats se réservent par ailleurs le droit de prendre des actions légales appropriées au cas où la compagnie ferait pression sur ses membres.
Les syndicats avaient donné jusqu’à jeudi après-midi à la direction d’Alteo Milling pour ouvrir le dialogue à ce sujet. Mais tel n’a pas été le cas. Ce qu’Ashok Subron considère comme un « manque de respect » envers les syndicats reconnus de la compagnie. Entre-temps, certains employés ont repris le travail le même jour, comme il leur avait été demandé. Ashok Subron se montre aussi très critique envers le commissaire de police qui, dit-il, a « outrepassé » les Regulations du ministre de la Santé sur le couvre-feu sanitaire. « Il y a une série de secteurs concernés par le Work Access Permit, mais en ajoutant la catégorie ‘other’ au bas de la feuille, le commissaire de police a ouvert la voie à des abus. Et c’est sous cette catégorie que des compagnies comme Alteo Milling ont obtenu leur Work Access Permit », dit-il.