La Redacted Version des conclusions du Forensic Audit de nTan Corporate Advisory Pte Ltd, dont la version officielle a été rendue publique ce matin et est disponible sur le site web de la Banque de Maurice, confirme dans les détails les révélations publiées dans les colonnes des publications du groupe Le Mauricien Ltd, soit Le Mauricien, lemauricien.com et Week-End, depuis le 3 janvier dernier, au sujet du méga scandale financier du groupe BAI. Outre l’écroulement de l’empire Dawood Ajum Rawat sous le poids d’un Ponzi Scheme de Rs 25 milliards, le rapport des Singapouriens pointe un doigt accusateur sur les auditeurs externes du groupe BAI, en particulier la lourde responsabilité sur les épaules de KPMG et dans une certaine mesure la firme BDO également. Les régulateurs du secteur des services financiers, notamment la Financial Services Commission et la Banque de Maurice, ne sont pas exempts de reproches dans cette fraude massive commise par le groupe BAI. Lors du point de presse, ce matin, le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, entouré des Board Members et du Top Management, a concédé cet « oversight majeur ».
Les quelque 90 pages du rapport de nTan, comprenant également une chronologie du groupe BAI, dont le Chairman Emeritus est Dawood Ajum Rawat, depuis 1920, décrivent une séquence d’événements les uns plus accablants et plus « deceitful » que les autres avec la chute de cet empire en 2015. La conclusion la plus catégorique des consultants de Singapour est : « BA Insurance and Bramer Property Fund were operating Ponzi-like schemes for the larger part of the Review Period. The instruments used in these Schemes were the Super Cash Back Gold policies and BPF Preference Shares, offered by BA Insurance and BPF respectively, which promised high returns at low risk to lure investors to put their funds in these financial products. »
Comme il a déjà été révélé dans ces mêmes colonnes, au cours de la période allant de 2010 à 2014, le groupe de Dawood Ajum Rawat a collecté des fonds de Rs 51,6 milliards comme suit :
– Rs 45,8 milliards sous forme de primes des Policy Holders ;
– Rs 1,6 milliard de dividendes et de Net Interest Income ;
– Rs 600 000 millions de Bank Borrowings ; et
– Rs 3,6 milliards sous forme déguisée d’injections de capitaux avec les découverts bancaires fictifs du 31 décembre 2009 de la Banque des Mascareignes.
De cette somme, il y a Rs 31,2 milliards distribuées comme paiements aux Policyholders, Rs 4,5 milliards d’Operating Expenses et de commissions, Rs 5,1 milliards de paiements pour d’autres avoirs, Rs 7,2 milliards d’investissements dans des Related Parties et Rs 3,6 milliards dans des Convertible Redeemable Preference Share dans des sociétés comme Acre Services, BGSL et ILSAT.
Masquer la faillite imminente
Commentant les opérations financières du groupe BAI, le rapport nTan avance à la page 10 que « the actual cash returns received by BA Insurance from its investments (Rs 1.6 billion) contributed only some 3.3 % of BA Insurance’s cash inflow during the same period. These findings are troubling because they indicate that BA Insurance was almost wholly dependent on publicly-raised funds to meet its payment obligations, with negligible other cash-generating sources of income. These findings become even more troubling when one considers that BA Insurance was committed to paying out far higher returns to its policyholders than the genuine income it had earned from its investment of publicly-raised funds ».
Pour contrer et masquer cette réalité de faillite imminente, le groupe BAI a eu recours à des « questionable transactions and accounting practices » mises à nu au fil des enquêtes depuis le 3 avril de l’année dernière et accréditées dans le rapport des Singapouriens. « BA Insurance and BPF, through various questionable transactions and accounting practices, created the illusion of growth in asset value and profitability, in particular by recognising substantial accounting gains on the Related Party Investments. This illusion of profitability led the public into thinking that these companies were sustainable and financially strong. No doubt this, in turn, lured the public into investing more funds and/or re-investing the matured proceeds in the financial products offered by BA Insurance and BPF, thereby repeating the vicious cycle and perpetuating the Schemes of BA Insurance and BPF », maintiennent les consultants de nTan.
Décortiquant les différents bilans financiers, nTan Corporate Advisory Pte Ltd arrive à la conclusion qu’entre le 31 décembre 2010 et le 31 décembre 2013, les pertes accumulées étaient supérieures aux avoirs du groupe BAI de Rs 12 milliards, contre Rs 1,2 milliard précédemment. « Through its various schemes, the BAI Group was able to conceal its massive losses and obscure its true financial position. However, the accumulated deficit continued to grow such that in 2015, the BAI Group inevitably collapsed under the weight of its huge losses and the unsustainable liabilities », ajoute-t-il.
Quelques paragraphes auparavant dans cette même page 76 du rapport, les Singapouriens confirment que la banqueroute du groupe Rawat était consommée depuis 2010. Mais que pour leurrer encore le public, les cerveaux du groupe avaient eu recours à une privatisation déguisée avec pour conséquence que « the public was misled for several years and continued to pour funds into the BAI Group ». « In order to be able to continuously attract more investors to raise more funds from the public, the BAI Group projected an image of being sustainable, profitable and financially strong by executing questionable transactions and adopting questionable accounting practices, which resulted in substantial fair value gains of some Rs 12 billion and accrued interest income of some Rs 5 billion being recorded in the relevant financial statements of BA Insurance and BPF during the Review Period. In fact, the BAI Group was “balance sheet insolvent” by 2010. This was concealed from the investing public by the privatisation of BA Investment in 2010, which allowed BA Investment to avoid the publication of its 2010 consolidated financial statements in Mauritius », poursuit le rapport rendu public ce matin.
Related Party Investment  « unrecoverable »
Un autre aspect du rapport est axé sur les Related Party Investment du groupe BAI, considérés comme étant « unrecoverable ». Le rapport nTan établit une liste des « significant assets on BA Insurance, Bramer Property Fund’s and Bramer Bank’s financial statements » d’un montant de Rs 29,7 milliards comme suit :
– Rs 6,9 milliards dans ACRE Services, Ilsat et BGSL ;
– Rs 5,1 milliards dans BA Kenya sous forme d’actions ordinaires ;
– Rs 326 millions dans Apollo Bramwell ;
– Rs 488 millions dans Bramer Bank ;
– Rs 115 millions dans des actions de préférence de Bramer Bank ;
– Rs 553 millions dans des actions ordinaires avec aucun droit de vote dans Bramser ;
– Rs 422 millions dans des actions de préférence d’Iframac ;
– Rs 450 millions dans KLAD Investments ;
– Rs 4,8 milliards dans des filiales de BramCorp ;
– Rs 450 millions dans BA Investment ;
– Rs 2,5 milliards dans des Hospital Property ;
– Rs 638 millions dans Bramer House ;
– Rs 3,1 milliards dans BA Insurance ;
– Rs 315 millions dans Greensboro avec Diplomat Gardens ;
– Rs 2,5 milliards de Receivables sous forme de HP Book de Courts ;
– Rs 568 millions de facilités de crédits par la Bramer Bank au groupe BAI.

De ces Rs 29,7 milliards d’investissements dans ces Related Party Transactions, les Forensic Auditors sont d’avis qu’une somme comprise entre Rs 7 et Rs 9 milliards est récupérable, principalement avec la vente de Britam au Kenya et la clinique Apollo Bramwell. Les Rs 20 à Rs 22 milliards restants « inn al dan dilo », comme dirait l’autre.
Responsabilités des régulateurs
Comme indiqué dans les précédentes éditions du Mauricien, tout un chapitre est consacré aux responsabilités des régulateurs de même que des auditeurs externes du groupe BAI. Au paragraphe 96 du rapport, la Financial Services Commissions en prend pour son grade. « BA Insurance’s high exposure to its related parties was not unknown to the FSC, and had also invited concern from the IMF in its 2007 and 2012 reviews. It is unclear how BA Insurance was able to proceed on its interpretation of the related party exposure limit. Could this be due to the fact that the FSC placed undue reliance on the “BAI” name and the assurances given in that name ? » dénonce le rapport des Singapouriens, qui se permet de s’interroger de l’indépendance du régulateur dans le cas particulier.
La société d’audit KPMG est également pointée du doigt dans cette version revue et corrigée du rapport nTan. Le laxisme des auditeurs externes et de la FSC a permis au groupe BAI d’exécuter l’opération Daylight Robbery en puisant de la poche des Mauriciens la somme de Rs 35 milliards entre 2010 et 2014. « Given that the issues identified by KPMG had surfaced as early as in FY2010, it is most regrettable that remedial steps were not taken more timeously. If KPMG had taken a stricter stance against BA Insurance in FY2010 (for instance, by reporting the problems it had identified to the FSC), the FSC might have been able to intervene at an earlier stage to prevent further policyholders’ funds from being drawn into the Scheme. Instead, BA Insurance had free rein to raise some Rs 35 billion from FY2010 to FY2014 in policyholders’ funds to fulfil the funding purposes of the BAI Group and which perpetuated the Scheme », note le rapport.
De son côté, la société BDO est épinglée au chapitre des comptes de Bramer Property Fund Ltd. « It is unclear if BDO had : (1) critically assessed the BPF Roadmap with underlying assumptions including inter alia that : (a) BPF would be able to recover its investment properties and Related Party Investments at book value ; and (b) BA Investment had the financial wherewithal to cover any shortfalls of BPF ; and properly assessed the information and underlying assumptions adopted in the BPF Roadmap when determining whether BPF was a going concern during BDO’s conduct of the FY2014 audit. We note that BDO issued an unqualified (or “clean”) audit opinion on BPF’s FY2014 financial statements ».
Pour rappel, le rapport nTan, en attendant la version finale, comprend sept chapitres, soit une introduction, les cinq autres consacrés au Modus Operandi du groupe BAI, soit le Ponzi Scheme, aux opérations de BA Insurance, de Bramer Property Fund, à Bramer Bank, à Dawood Rawat avec ses proches et associés s’appropriant frauduleusement de Rs 17,7 milliards. Le dernier chapitre constitue un véritable réquisitoire contre le groupe BAI et tous ceux qui ont accepté de « ferm lizie lors BAI » pendant toutes ces années, notamment « Had it not been for the privatisation of BA Investment by Seaton in 2010 and the subsequent delisting of BA Investment from SEM, BA Investment, as a company listed on SEM, would have had to file its audited consolidated financial statements with the relevant authorities in Mauritius on a timely basis. This would have revealed to the public in Mauritius the loss of some Rs 3.3 billion for FY2010 and that BA Investment’s liabilities exceeded its assets by some Rs 1.2 billion as at 31 December 2010 » ou encore « Did the KPMG and BDO (respectively the auditors of BA Insurance and BPF) fully discharge their fiduciary and/or statutory duties ? Perhaps if they had qualified their audit opinions, this would have curtailed the ability of BA Insurance and BPF to raise fresh funds from the public ».
Affaire à suivre…