Le Premier ministre et leader du Parti Travailliste, Navin Ramgoolam, n’a pas accordé d’investiture à la moitié des ministres du Cabinet sortant et cela sans oublier le carton rouge administré au Chief Whip, Rihun Hawoldar, au fidèle Balkissoon Hookoom ou encore au converti politique Abdullah Hossen, qui est officiellement le porte-parole du Labour. Des élus sortants, et non des moindres, pas moins de quatre ministres et une Private Parliamentary Secretary (PPS), représentant deux circonscriptions rurales, soit Piton/Rivière-du-Rempart (N°7) et Montagne-Blanche/Grande-Rivière-Sud-Est (N°10), n’ont pas obtenu la faveur de leur leader pour les prochaines élections générales.
Les premières réactions sont assez mitigées, le ministre Vasant Bunwaree n’ayant pas fait le déplacement à une réunion des agents de Mahébourg/Plaine-Magnien (N°12) ou encore le ministre des Administrations régionales, Hervé Aimée réclamant un changement du candidat travailliste à Savanne/Rivière-Noire (N°14) contre sa collaboration sur le terrain. Un peu plus tôt au cours de la semaine écoulée, le trésorier du Labour, Ah Fat Lan Hin Choy, qui n’a pas obtenu les faveurs de son leader pour le ticket à Grande-Rivière-Nord-Ouest/Port-Louis Ouest (N°1), avait laissé éclaté sa colère de manière ostensible.
L’annonce de la liste des candidats de l’Alliance de l’Unité et de la Modernité (PTr-MMM) permet d’établir le bilan des casualties ministériels, soit onze ministres sur un conseil de 23 membres se retrouvant avec des tickets de quai, donc out pour les prochaines élections générales. Deux circonscriptions rurales méritent attention.
D’abord à l’Est, au N°10, aucun des trois parlementaires sortants, et de surcroît ministres du gouvernement, Rajesh Jeetah, Cader Sayed-Hossen et Jim Seetaram, n’ont bénéficié de l’investiture de l’Alliance PTr-MMM. Le cas du ministre de l’Enseignement supérieur, Rajesh Jeetah, ne constitue nullement une surprise au vu des reproches, pour ne pas dire de scandales retenus contre lui dans l’exercice du présent ministère ou même lors du précédent avec l’épisode du lait Amul.
Pourtant, Rajesh Jeetah a été à la base du dernier Labour Revival en date avec son élection lors de la partielle de décembre 2003 à Piton/Rivière-du-Rempart (N°7) pour le siège laissé vacant par sir Anerood Jugnauth devenu alors président de la République. C’est en faisant campagne pour Rajesh Jeetah que Navin Ramgoolam, alors leader de l’opposition, avait eu l’idée maîtresse du transport gratuit pour les étudiants, annoncée et mise à exécution par le gouvernement de l’Alliance Sociale après les élections de juillet 2005.
Sous le précédent gouvernement de Navin Ramgoolam, Cader Sayed-Hossen avait été propulsé au rang de Monsieur Démocratisation de l’Economie. À la cassure du gouvernement PTr-MSM en août 2012, il intègre le conseil des ministres avec le porte-feuille du Commerce. Aujourd’hui, il est emporté par le tsunami politique avec son colistier devenu transfuge, le ministre Jim Seetaram.
Hier après-midi Rajesh Jeetah et Cader Sayed-Hossen ont participé à une réunion conjointe des agents du PTr et du MMM à Caroline dans le cadre de la mobilisation en vue du congrès des femmes de ce matin à Pailles et du congrès électoral du 14 avec la présence de Navin Ramgoolam et de Paul Bérenger dans la circonscription.
Intervenant lors de cette réunion, Rajesh Jeetah a déclaré au sujet de son élimination de la liste de candidats que « éna boukou tristesse. Kifer bizin koz manti. Mé bizin swiv lider. Bizin aksepté ». Auparavant, il a remercié l’électorat du N°10 pour sa collaboration sous ce présent mandat et a présenté ses excuses pour tout manquement.
Cader Sayed-Hossen s’est appesanti sur le fait que, « avek PTr ek MMM ansam, péna simé perdi éleksyon ». Des membres de l’assistance n’ont pas apprécié l’absence de Jim Seetaram. Les trois candidats désignés, Ajay Gunness, Wachill Maghoo et Rajendra Mungur, se sont adressés à l’assistance.
À un certain moment, le ministre Deva Virahsawmy, dont l’ancrage familial à Piton/Rivière-du-Rempart remonte à des générations, semblait pouvoir échapper au couperet. Au final, la fraîcheur politique du Senior Magistrate Raj Pentiah a été privilégiée aux dépens du ministre de l’Environnement dans la bataille, visant à contrer tout come-back du doyen de la classe politique, sir Anerood Jugnauth. Le N°7 est l’autre circonscription où les trois députés sortants, Deva Virahsawmy, Prathiba Bholah et Balkisoon Hookoom, ont été tout simplement éliminés de la couse avant le départ.
À l’Ouest, le cas de Hervé Aimée est à suivre. Son écart de la liste de candidats n’est pas une surprise, même si jusqu’à tout récemment il a semblé vouloir faire amende honorable. Le ministre des Administrations régionales rumine encore une vieille animosité avec la famille Jhuboo, du temps où Bika Jhuboo était le Chief Whip du précédent gouvernement de Navin Ramgoolam de 1995 à 2000.
La contestation d’Hervé Aimée est plus nuancée et se résume à un changement de candidat travailliste à Savanne/Rivière-Noire contre sa participation à la campagne électorale. Il déclare qu’Ezra Jhuboo ne fait pas partie de la famille travailliste. Est-ce une raison suffisante pour Hervé Aimée de se rallier au MSM, comme veulent le faire accroire les dernières spéculations ? Difficile à dire à ce stade !